Économie

La pénurie de carburant bouleverse les projets de voyage estivaux des Canadiens

«Pour le secteur du voyage, la route s’annonce très cahoteuse.»

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Des voyageurs s'apprêtent à franchir l'aire des départs à l'aéroport Pearson de Toronto, le 18 août 2025. LA PRESSE CANADIENNE Des voyageurs s'apprêtent à franchir l'aire des départs à l'aéroport Pearson de Toronto, le 18 août 2025. LA PRESSE CANADIENNE (Sammy Kogan)

Alors que le prix des billets d’avion ne cesse d’augmenter et que les clients risquent de voir leurs vols annulés, des experts en assurance conseillent à ceux qui ont prévu de voyager cet été de rester vigilants.

Les transporteurs aériens continuent de faire face à des coûts de carburant exorbitants, conséquence de la fermeture persistante du détroit d’Ormuz par l’Iran, qui a entraîné une flambée des prix du pétrole à l’échelle mondiale depuis la fin février.

À l’instar de leurs homologues des autres pays, les compagnies aériennes canadiennes ont regroupé certains vols et ajouté des suppléments carburant, ce qui se traduit pour les clients par des billets plus chers et une plus grande incertitude quant à la possibilité même de décoller.

Mais cette situation est désormais considérée comme un «événement connu» par la plupart des entreprises d’assurance voyage, ce qui rend plus difficile pour les clients de se protéger contre les pertes financières — sans parler de la déception — si leurs projets tombent à l’eau.

«Le prix du billet d’avion est le moindre de vos problèmes», explique Martin Firestone, président de la compagnie d’assurance Travel Secure, établie à Toronto, qui ajoute que la compagnie aérienne est tenue de vous rembourser si votre vol est annulé.

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«Mais tout cela ne sert à rien si vous devez embarquer pour une croisière ou vous rendre à une visite guidée privée que vous avez réservée et payée sans possibilité de remboursement.»

M. Firestone indique que de nombreux prestataires réputés ont décidé, vers la mi-avril ou la fin avril, d’exclure de leur couverture les perturbations liées à la pénurie de carburant. Toute personne n’ayant pas encore souscrit d’assurance annulation et interruption de voyage à cette date ne sera pas couverte si ses projets sont bouleversés en raison de cette situation.

L’entreprise canadienne Tugo mentionne le 22 avril comme date butoir sur son site web, précisant que si vous n’avez pas souscrit de couverture annulation et interruption avant cette date, ou si vous disposiez déjà d’une couverture, mais avez réservé votre voyage après le 22 avril, celle-ci ne s’appliquera pas aux demandes d’indemnisation liées à la crise du kérosène.

Manuvie a fait une déclaration similaire le 5 mai, précisant que les polices souscrites à partir de cette date ne couvriront pas les sinistres «liés à la situation actuelle (...), car celle-ci est désormais considérée comme un événement connu».

«Ils se sont couverts pour se protéger, et à juste titre, car cela pourrait représenter un nombre colossal de demandes d’indemnisation», souligne M. Firestone.

Et comme les transporteurs continuent d’annoncer des modifications à leurs itinéraires prévus, il précise que cela entraîne une avalanche d’appels quotidiens de clients inquiets pour leurs réservations estivales.

«C’est en train de se produire. La question est simplement de savoir à quel point la situation sera grave et dans quelle mesure elle affectera les vacances des gens», ajoute-t-il.

«Il faut se laisser beaucoup plus de marge de manœuvre qu’auparavant, car on ne peut plus tout planifier à la perfection. Il y a tout simplement trop de choses qui se passent et on ne sait tout simplement pas ce que l’avenir nous réserve.»

Des liaisons suspendues

Au début du mois, Air Canada a annoncé qu’elle suspendrait plus tôt que prévu ses liaisons saisonnières vers quatre destinations américaines, telles que Sacramento, Raleigh, Charleston et Austin cet été. Cette décision fait suite à l’annonce par la compagnie, en avril, d’une augmentation des frais de bagages et de la suspension d’une demi-douzaine de liaisons, invoquant des coûts de carburant qui les rendaient non rentables.

Toujours en avril, l’entreprise propriétaire d’Air Transat a déclaré qu’elle réduirait sa capacité de 6 % de mai à octobre, supprimant environ 1000 vols, en raison des chocs énergétiques provoqués par le conflit au Moyen-Orient. WestJet a également réduit sa capacité de vol d’environ 6 % en juin.

La plupart des compagnies aériennes canadiennes ont ajouté des surcharges de carburant aux forfaits vacances ou aux réservations effectuées avec des points de fidélité.

Elles ont également augmenté leurs tarifs de près de 5 % en moyenne en mars par rapport au mois précédent, selon Statistique Canada. L’agence a indiqué que les tarifs aériens avaient baissé de 3,6 % en avril, mois généralement plus calme en ce qui concerne la demande de transport aérien, par rapport à mars.

Toutefois, la hausse des tarifs aériens liée à la flambée des coûts du carburant n’a pas été prise en compte dans les données d’inflation d’avril, car ces transactions sont enregistrées au moment du vol — et non lors de l’achat du billet, a rappelé mardi Andrew Grantham, économiste principal à la Banque CIBC, dans une note adressée à ses clients. Il s’attend à ce que ces pressions se reflètent davantage dans les chiffres de l’inflation estivale.

Si une surtaxe carburant n’a pas encore été ajoutée à un itinéraire donné, il est probable qu’une compagnie aérienne envisage sérieusement de le faire dans un avenir proche, précise Will McAleer, porte-parole de l’Association canadienne de l’assurance voyage.

«Je dirais qu’il vaut mieux réserver le plus tôt possible», avance-t-il.

Une année «difficile»

M. McAleer décrit une année difficile pour le secteur du voyage, les événements mondiaux récents ayant provoqué des turbulences dans des pays comme Cuba, le Venezuela et le Mexique, ainsi qu’au Moyen-Orient.

Il a indiqué que les habitudes de voyage ont considérablement changé dans ce «monde en pleine mutation», et que les Canadiens devraient faire preuve de prudence lorsqu’ils réservent des voyages, compte tenu de la possibilité que le chaos s’aggrave.

Cela signifie qu’il faut comparer les offres d’assurance — il dit que certains assureurs n’ont peut-être pas encore classé la pénurie de carburant comme un «événement connu» donnant lieu à des exclusions — et rester flexible au cas où les plans changeraient du tout au tout.

M. McAleer indique que la majorité des projets de vacances se dérouleront probablement sans encombre cet été, mais qu’il n’y a pas de mal à atténuer ce risque autant que possible à l’avance.

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«Ce que nous avons constaté jusqu’à présent, c’est que la majorité des annulations concernera probablement les vols courts dans des destinations comme l’Europe et (…) l’Asie», témoigne-t-il.

«Donc, si vous avez plusieurs vols avec correspondance, c’est certainement un élément que je prendrais en compte et je souscrirais une assurance pour un voyage cet été.»

M. Firestone conseille aux clients de «faire preuve de patience». Il ajoute qu’il est difficile pour le secteur de prédire quand ou si la situation en Iran allait s’améliorer — et combien de temps il faudrait ensuite pour que les prix du pétrole redescendent.

«Pour le secteur du voyage, la route s’annonce très cahoteuse», conclut-il.

«À l’heure actuelle, on ne sait pas si un vol sera purement et simplement annulé, retardé ou reprogrammé. Le secteur du voyage traverse une période très agitée et il n’y a pas de lumière au bout du tunnel pour l’instant.»

Sammy Hudes

Sammy Hudes

Journaliste