Le grand syndicat Unifor demande une aide d’urgence pour le secteur de la fabrication de meubles, après les récentes fermetures des entreprises Meubles South Shore et Bestar.
«C’est le tissu industriel qui est en train de s’en aller», s’est exclamé en entrevue, jeudi, Daniel Cloutier, directeur québécois d’Unifor, qui est affilié à la FTQ.
Jeudi matin, Martin Tardif, porte-parole de l’entreprise de fabrication de meubles Bestar, a confirmé que l’usine de Lac-Mégantic avait fermé ses portes depuis mercredi matin.
«Fabriquer des meubles au Canada, c’est extrêmement difficile», a-t-il commenté, rapportant un contexte économique ardu depuis 2021.
«La société a tenté de trouver preneur. On n’a pas trouvé d’offre satisfaisante pour le moment», a ajouté M. Tardif.
Il s’est dit «de tout coeur avec les familles» et les travailleurs qui perdent ainsi leur emploi.
Unifor, qui représentait encore 120 travailleurs dans cette usine de Lac-Mégantic, rappelle qu’au début de la semaine, c’est une autre entreprise du secteur de la fabrication de meubles qui avait été ainsi frappée, soit South Shore, à Sainte-Croix et Coaticook.
Unifor représentait également les 65 travailleurs de l’usine de Sainte-Croix et les 25 de Coaticook,, chez Meubles South Shore, a précisé M. Cloutier.
«C’est absolument pas un hasard. En fait, dans les deux cas, et dans plusieurs autres entreprises de meubles qu’on représente, quand les Américains ont commencé à fermer leurs frontières et à augmenter les tarifs envers les meubles chinois et vietnamiens, on est devenu le déversoir pour ces meubles-là, dans une situation de dumping», explique le syndicaliste.
Les bas prix ont attiré les consommateurs et l’industrie d’ici en a pâti.
Unifor représente également des travailleurs chez Tafisa à Lac-Mégantic, un important fournisseur de panneaux pour Bestar. Et le syndicat craint aussi des répercussions sur ces emplois.
Les demandes
Unifor demande donc au gouvernement du Québec de développer des programmes de soutien et de «travailler sur le prix du bois».
«Pour nous, il s’agit d’une autre illustration de la nécessité de bâtir une nouvelle stratégie industrielle pour le secteur de la transformation des produits du bois», plaide le grand syndicat.
«C’est dommage que ça prenne des fermetures et des faillites d’entreprises comme celles-là pour finalement entendre le gouvernement du Québec parler de crise. Parce que la crise, on la vit depuis déjà un long moment», lance M. Cloutier.
Et il demande au gouvernement canadien d’accélérer son enquête sur le dumping de meubles de bois, lancée il y a 10 jours.
Le 20 avril, en annonçant son enquête, le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, avait affirmé que «le Tribunal aura 270 jours pour déterminer si l’augmentation des importations de ces produits cause, ou menace de causer, un dommage grave aux fabricants canadiens de produits du bois et pour recommander au gouvernement des mesures appropriées».
M. Cloutier ne voit pas pourquoi ça prendrait 270 jours pour conclure que l’industrie d’ici est affectée par ces importations.
Aussi, il le presse d’accorder une aide d’urgence, tant pour l’industrie que pour les travailleurs touchés.
«Dans l’immédiat, il faut être capable de supporter les entreprises qui fonctionnent encore. Il faut être capable d’évaluer s’il n’y a pas des plans de relance qui peuvent avoir du sens pour Bestar et pour South Shore. Mais il faut protéger les autres joueurs de l’industrie», insiste M. Cloutier.
Lia Lévesque, La Presse Canadienne

