Économie

C’est la fin des cartes de crédit «conjointes» chez Desjardins

Le détenteur principal devient l’unique responsable des dettes.

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Desjardins Une succursale de la Caisse Desjardins à Montréal, le mercredi 24 février 2021.

Desjardins apporte une nouvelle modification à ses cartes de crédit alors que le concept de codétention, qu’on appelle aussi «carte conjointe» dans le jargon des finances, disparaîtra à compter du 10 juin prochain.

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Jean-Benoît Turcotti, porte-parole pour Desjardins, a confirmé jeudi à Noovo Info que ce changement survient dans le cadre de la modernisation du système de cartes de crédit de l’institution financière.

«Nous avons revu la notion de codétention alors que le nouveau système est basé sur le concept de “Détenteur principal” et de “Détenteur additionnel”», a-t-il expliqué dans un courriel.

Qu’est-ce qui change vraiment?

À partir du 10 juin, la personne désignée comme détenteur principal devient l’unique responsable du solde de l’ensemble des cartes associées au compte.

«Le détenteur principal et le codétenteur sont solidairement responsables de toutes les dettes contractées avant le 10 juin», a précisé M. Turcotti.

Donc, si vous avez un solde de 1000$ à l’heure actuelle sur votre carte de crédit en codention, les deux parties sont responsables de cette dette et de son remboursement.

Toutes les sommes ajoutées à partir du 10 juin prochain deviennent une dette sous l’unique responsabilité du détenteur principal de la carte.

Un autre changement important : le détenteur principal de la carte sera le seul à se bâtir un historique de crédit à partir de cette carte.

Selon Jean-Benoît Turcotti, le nombre de comptes de carte de crédit détenu en codétention chez Desjardins représente un peu plus de 10 % de l’ensemble des comptes.

Des droits d’accès

Un autre changement mené par Desjardins réside dans l’accès aux informations liées à la carte de crédit.

À compter de juin, le détenteur principal de la carte - qui sera choisi par Desjardins - pourra ou non octroyer des accès au détenteur additionnel afin que ce dernier puisse, entre autres, faire des paiements sur le compte, visualiser celui-ci, voir les relevés ou encore les dernières transactions.

«Il suffira au détenteur principal de confirmer le niveau d’accès à l’information du détenteur additionnel dans AccèsD à travers une nouvelle interface simple», a commenté le porte-parole de Desjardins.

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Des cartes de crédit Des cartes de crédit sont présentées à Montréal, le mercredi 12 décembre 2012. (Ryan Remiorz/LA PRESSE CANADIENNE)

Le détenteur principal d’une carte de crédit de Desjardins sera le seul par contre à pouvoir faire certaines opérations comme l’augmentation de la limite de crédit ou la fermeture du compte.

Si le détenteur principal choisit de ne pas octroyer d’accès au détenteur additionnel, ce dernier ne pourra consulter que le solde cumulant les transactions qu’il a lui-même effectuées.

Des changements «préoccupants»

La disparition des cartes de crédit en codention comme le propose Desjardins soulève certaines préoccupations, notamment chez Johanne Le Blanc, conseillère budgétaire chez Option consommateur.

«Si on se retrouve dans un couple où il y a des situations d’abus, d’une part ou de l’autre, ça change la donne», a-t-elle confié à Noovo Info.

Mme Le Blanc estime que les couples qui se sont dotés d’une carte de crédit en codétention avec un partage solidaire de la dette l’on fait en connaissance de cause et doute que ce soit une bonne chose de leur imposer un autre système de gestion des finances sans les consulter.

«Ici, on se retrouve dans une situation où des gens ont choisi un outil de gestion, avec des règles, et là, de manière unilatérale, ils se retrouvent avec un autre outil de gestion avec des règles différentes. Il y a un impact pour la gestion des finances pour le couple», a-t-elle partagé.

Les Québécois de plus en plus endettés: la carte de crédit est «un outil de survie» en 2026 Les Québécois sont de plus en plus serrés dans leurs finances, notamment en raison du prix du panier d’épicerie et de la hausse des loyers. Et cette situation se fait sentir à l’échelle nationale chez les syndics autorisés en insolvabilité.

Johanne Le Blanc remet aussi en doute le mode de sélection du détenteur principal, celui qui va assumer la responsabilité de la dette.

«Ce n’est pas quelque chose qui va faire l’objet d’une discussion au sein du couple, ce n’est pas un choix, on l’impose. Ça se peut que ce ne soit pas le choix que le couple aurait fait», a-t-elle déploré.

La conseillère budgétaire au sein d’Option consommateur croit aussi que la nouvelle méthode de Desjardins face au crédit conjoint donne beaucoup de pouvoir au détenteur principal.

«D’une part c’est son dossier de crédit qui va en bénéficier – si la dette est bien gérée – mais il va avoir surtout le contrôle de l’information. C’est cette personne qui va décider ce que le détenteur secondaire peut voir comme information», a-t-elle souligné.

Johanne Le Blanc craint également que certains consommateurs ne prennent pas le temps de bien lire les communications de Desjardins sur le sujet.

«Ils vont se retrouver avec un nouveau produit sans en être conscients», a-t-elle affirmé.

Mme Le Blanc estime qu’il faut privilégier la communication, la fluidité et la transparence lorsqu’il est question de finances dans un couple.

«Les finances de l’un à une influence sur les finances de l’autre», a-t-elle partagé.

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La conseillère budgétaire chez Option consommateur invite d’ailleurs les couples à prendre le temps de s’asseoir et de parler de leur finance.

«Il faut parfois voir un peu plus loin. On essaie de parler de la situation financière dans le couple quand celui-ci va bien, parce que le jour où ça va mal, celui qui est responsable de la dette de la carte de crédit à 100% se retrouve avec cette dette. Est-ce que c’est ce que souhaitent les deux membres du couple?», a-t-elle expliqué.

Mme Le Blanc précise qu’il existe notamment la possibilité de faire des ententes écrites, à l’aide d’un avocat notamment, pour se protéger dans certaines situations.

«Il existe aussi d’autres produits avec d’autres institutions», a-t-elle ajouté.

Évidemment, les gens touchés par ce changement de Desjardins et qui ne seraient pas à l’aise avec celui-ci pourront contacter leur institution financière pour en discuter.

Desjardins a fait les manchettes récemment en raison de modifications à l’affichage du solde des cartes de crédit sur la plateforme AccèsD.