Malgré les tensions syndicales persistantes entre le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), Postes Canada et le gouvernement fédéral qui tente d'imposer des changements radicaux à la société d'État, les Canadiens peuvent s'attendre à ce que leur courrier soit livré pendant les Fêtes cette année, selon un expert.
Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a suspendu toutes les mesures de grève le 21 novembre après avoir annoncé qu'il était parvenu à un accord «de principe» avec Postes Canada sur une nouvelle convention collective.
Ce texte est la traduction d'un article de CTV News.
Bien que les termes du contrat soient encore en cours de négociation et qu'aucun accord n'ait été ratifié, les opérations normales ont repris. «À court terme, étant donné que les conflits de travail sont terminés pour l'instant, je pense que les gens peuvent compter sur la livraison de leurs lettres au cours des quatre prochaines semaines», a avancé Ian Lee, professeur agrégé en gestion à l'Université Carleton, lors d'une entrevue accordée à CTVNews.ca.
«Je ne pense donc pas qu'il y ait de grands risques, à moins d'un nouveau conflit de travail, mais je ne pense pas qu'il y en aura, d'après ce que je lis, entends ou vois.»
Les postiers étaient en grève sous une forme ou une autre depuis septembre, lorsque le gouvernement fédéral a annoncé son intention de mettre en œuvre un certain nombre de réformes de Postes Canada, dont beaucoup, selon le STTP, changeraient fondamentalement la distribution du courrier dans le pays et mettraient en péril des milliers d'emplois.
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Mais le gouvernement fédéral et Postes Canada ont maintenu que le modèle d'affaires de la société n'était pas viable compte tenu des énormes difficultés financières qu'elle a connues ces dernières années. Lors de son assemblée annuelle au début du mois, la directrice financière de Postes Canada, Rindala El-Hage, a avoué que la société d'État était «effectivement insolvable», faisant état d'une perte d'exploitation de plus d'un milliard de dollars depuis le début de l'année.
M. Lee, qui était analyste politique à Postes Canada dans les années 1980, a rappelé qu'après avoir résisté pendant des années à des réformes fondamentales, le STTP semble avoir changé d'avis cette fois-ci, compte tenu de la position ferme adoptée par le gouvernement du premier ministre Mark Carney sur cette question.
«Ils ont finalement compris (après) les commentaires du premier ministre et (du ministre des Travaux publics, Joël Lightbound) ... que c'est inévitable, et qu'ils doivent donc accepter les réformes, sinon la poste disparaîtra», a souligné M. Lee.
«Une stabilité indispensable»
Dans une déclaration envoyée par courriel à CTVNews.ca, le STTP a mentionné que sa dernière ronde de négociations avec Postes Canada avait été difficile. Le conflit dure depuis plus de deux ans et la distribution du courrier a été fortement perturbée pendant la dernière période des Fêtes, jusqu'à ce que le gouvernement fédéral ordonne aux employés de reprendre le travail.
«La conclusion d'accords collectifs provisoires que les postiers pourront ratifier en toute confiance ramènera la stabilité tant attendue au service postal public et garantira aux travailleurs les conditions de travail équitables et le respect qu'ils méritent», indique le communiqué. «Notre priorité reste la même que lorsque les négociations ont commencé il y a deux ans : des services publics solides, des emplois de qualité et un service postal public durable au service de toutes les communautés.»
CTVNews.ca a contacté Postes Canada pour obtenir des commentaires, mais n'avait pas reçu de réponse au moment de la publication.
«Non viable»
Contrairement à la grève de l'année dernière, qui a duré de la mi-novembre à la mi-décembre, la période des Fêtes, synonyme d'activité intense et de pression, n'est pas la principale raison pour laquelle elle a pris fin cette année, a fait valoir M. Lee.
«Je ne pense pas que ce soit la période de l'année, je pense que ce sont les événements qui se sont produits entre-temps, à savoir l'élection du premier ministre Carney et, surtout, les commentaires qu'il a faits.»
«Il a été très clair : cette situation n'est pas viable et nous ne renflouerons pas Canada Post indéfiniment à l'avenir.» Si l'accord de principe du STTP sur la dernière proposition contractuelle de Canada Post témoigne d'une «véritable reconnaissance de la nouvelle réalité» de l'entreprise par le syndicat, cela pourrait signifier beaucoup moins de perturbations du service à l'avenir, a indiqué M. Lee. «Tout dépend en réalité du CUPW et de ses dirigeants, et de leur acceptation ou non de la nécessité de restructurer fondamentalement, et je dis bien fondamentalement – ce n'est pas un mot à la mode – la poste», a-t-il lancé.
«En clair, cela signifie franchiser les bureaux de poste, réduire la livraison à domicile... cela signifie mettre en place un planning dynamique des tournées afin que les postiers puissent terminer leur tournée à 11 heures du matin et rentrer chez eux pour la journée. Toutes ces choses doivent être réformées.»
Bien que M. Lee pense que le courrier des Fêtes, comme les cartes de Noël, sera probablement distribué normalement par Postes Canada cette année, il a rappelé que deux ans de négociations sont difficiles à gérer pour les travailleurs et qu'il sera difficile de revenir à un fonctionnement normal pendant la période la plus chargée de l'année.
Postes Canada pourrait également avoir du mal à récupérer les clients qu'elle a perdus lors des grèves de cette année et de l'année dernière. M. Lee a déclaré que bon nombre de ces clients avaient peut-être décidé de faire définitivement appel à des services de messagerie privés.
«Je doute fort qu'ils aient encore la motivation et l'engagement nécessaires après ces deux dernières années, sachant qu'ils sont confrontés à une réduction importante et imminente de leurs effectifs, et que cela suffise à les motiver pour fournir le service et reconquérir les clients», a conclu M. Lee.
