Pierre Karl Péladeau tente à nouveau de modifier le plan de vol de la direction de Transat.
Le deuxième actionnaire en importance du transporteur aérien québécois revient à la charge, lundi, avec une nouvelle sortie publique pour critiquer la stratégie de l’entreprise et présenter ses propositions aux actionnaires.
La société d’investissement de M. Péladeau, Financière Outremont, demande la tenue d’une assemblée extraordinaire d’ici le 6 février, dans un communiqué publié avant l’ouverture des marchés.
Financière Outremont affirme qu’il y a de «graves lacunes» dans la gestion de la société. Elle aurait proposé des mesures pour «redresser la situation» dans une lettre envoyée le 17 novembre.
«Nos propositions ont systématiquement été rejetées par le Conseil d'administration, et l'absence de réponse constructive à notre lettre a mis en évidence l'urgence d'un changement», allègue la société d’investissement, qui détient «environ» 9,5 % des droits de vote.
La présidente du conseil d’administration de Transat, Susan Kudzman, présente une lecture différente des échanges avec M. Péladeau.
«Bien que nous ne commentions généralement pas nos échanges avec des actionnaires particuliers, plusieurs membres du conseil ont récemment rencontré M. Péladeau et son équipe pour étudier des pistes constructives, notamment d'éventuels ajustements à la composition de son conseil d'administration», déclare Mme Kudzman dans un communiqué publié plus tard lundi.
Elle défend la stratégie de Transat. «Le Conseil et l'équipe de direction ont un plan clair et structuré pour la société, et nous sommes convaincus de la trajectoire que nous poursuivons pour créer de la valeur à long terme.»
Transat indique que le conseil d’administration analyse la requête de Financière Outremont. La société montréalaise compte répondre «en temps opportun».
Des changements demandés
Dans une présentation de 26 pages destinée à convaincre les actionnaires, Financière Outremont accuse le conseil d’administration d’être «pléthorique (trop d’administrateurs) et inefficace». Elle propose de réduire sa taille de 11 à 6 administrateurs.
M. Péladeau veut obtenir un siège au conseil d’administration. Sa société suggère également la candidature d’André Brosseau, qui est vice-président du conseil de Québecor, l’entreprise de la famille Péladeau.
Elle présente également la candidature du grand patron de la firme de sondage Léger, Jean-Marc Léger.
L’actionnaire mécontent demande également une restructuration du bilan de la société et le lancement d’un examen stratégique. Le document ne détaille pas comment une telle restructuration serait élaborée.
Plus important actionnaire avec près de 11 % des votes, le Fonds de solidarité FTQ n’a pas souhaité réagir, puisque Transat est une société cotée en Bourse.
La Caisse, qui a une participation de plus de 5 %, souhaite rencontrer M. Péladeau afin qu’il expose les détails de son plan, a fait savoir l’institution dans une déclaration écrite.
Pas un «connaisseur»
M. Péladeau fait valoir ses faits d’armes chez Québecor, comme une démonstration de sa capacité à guider un virage stratégique chez Transat.
L’expert de l’aéronautique Mehran Ebrahimi se questionne à savoir si M. Péladeau serait la meilleure personne aux commandes de la société.
«M. Péladeau interroge l'entreprise dans un secteur où il n'est pas nécessairement un connaisseur», commente le directeur de l'Observatoire international de l'aéronautique et de l'aviation civile de l'UQAM, en entrevue.
Le professeur souligne que le domaine de l’aéronautique est complexe. Fortement réglementée, l’industrie ne pourrait pas suivre le même plan de match qu’une société de télécommunications.
Le lourd endettement de Transat, contracté pour maintenir la société à flot durant la pandémie, préoccupe l’analyste Konark Gupta, de Banque Scotia.
Dans un contexte difficile, la stratégie de l’entreprise irait toutefois dans la bonne direction, selon lui.
«Nous sommes un peu moins inquiets à propos de l’évaluation, tandis que la direction prend des mesures pour assainir son bilan et améliorer sa capacité de générer des profits», a-t-il affirmé dans une note en septembre après la publication des plus récents résultats.
Un actionnaire insistant
Ce n’est pas la première fois que M. Péladeau tente d’influencer la destinée de l’entreprise.
Il avait évoqué publiquement son intérêt d’acquérir le transporteur en 2019. Il avait finalement abandonné le projet au printemps 2021.
En juin dernier, l’homme d’affaires a tenté de faire dérailler l’entente entre Ottawa et Transat afin d’alléger la dette de l’entreprise, contractée durant la pandémie auprès du fédéral. M. Péladeau a été débouté par les tribunaux.
M. Péladeau semble déterminé à mettre la main sur Transat «d’une manière ou d’une autre», avance M. Ebrahimi. «Ce qui me surprend, c'est comment cette personne insiste autant, alors que personne (dans l’entreprise) ne veut de lui.»
Après avoir reculé à l’ouverture, l’action de Transat a pris de l’altitude pour terminer la séance en hausse de 0,41 $, ou 18,64 %, à 2,61 $ à la Bourse de Toronto.

