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Cassie, l'ex de «Diddy» Combs, témoigne lors de son procès pour trafic sexuel

«Si les disputes étaient violentes, elles se soldaient généralement par des violences physiques et se faire traîner, bref, des choses différentes.»

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Sean Diddy Combs écoute les déclarations préliminaires lors du premier jour du procès devant la cour fédérale de Manhattan, le lundi 12 mai 2025, à New York. (AP Photo)

L'ancienne petite amie de Sean «Diddy» Combs, la chanteuse de R&B Cassie, a témoigné mardi lors du procès pour trafic sexuel de l'ancien magnat de la musique. Elle passe à la barre des témoins un jour après que l'accusation a montré aux jurés une vidéo de Combs la frappant dans un hôtel en 2016. 

Le témoignage de Cassie, dont le nom légal est Casandra Ventura, est au cœur des tentatives de l'accusation de présenter Combs comme un dirigeant puissant qui aurait exploité son statut pour orchestrer un empire d'exploitation déviant, contraignant des femmes à participer à des soirées sexuelles abusives, qu'il appelait «freak-offs», et devenant violent si elles refusaient.

«Il me frappait à la tête, me faisait tomber, me traînait, me donnait des coups de pied. Si j'étais à terre, il m'écrasait la tête», a-t-elle déclaré, ajoutant que cela lui provoquait des ecchymoses et des yeux au beurre noir.

Elle a expliqué qu'il lui était difficile de refuser les demandes de Combs, par crainte de violences, mais aussi que des vidéos de chantage prises lors des «freaks offs» soient diffusées sur Internet.

Cassie a poursuivi Combs en justice en 2023, alléguant des années de violences. Ils se sont rencontrés en 2005, alors qu'elle avait 19 ans et lui 37. Il l'a fait signer dans sa maison de disque, Bad Boy Records, et, quelques années plus tard, ils ont commencé à se fréquenter.

Elle est le témoin principal des procureurs qui accusent Combs d'avoir utilisé son statut pour orchestrer un empire d'exploitation malsaine, contraignant des femmes à participer à des soirées sexuelles abusives et devenant violent face à tout refus.

Les avocats du triple lauréat aux Grammy Awards soutiennent que, bien qu'il ait pu être violent, Combs n'a jamais basculé dans le trafic sexuel ni dans le racket, affirmant aux jurés que les actes sexuels étaient consentis.

Teny Geragos, également avocate de Combs, a avancé devant les membres du jury que les accusatrices de Combs en voulaient à son argent, ajoutant que les jurés pourraient le considérer comme un «abruti» et ne pas cautionner ses «relations sexuelles perverses», mais qu’«il n’est pas accusé d’être un abruti». 

Combs, 55 ans, a plaidé non coupable. Il est emprisonné depuis son arrestation en septembre. S'il est reconnu coupable, il risque une peine à perpétuité, ou au minimum de 15 ans de prison.

Cassie témoigne de violences et d'abus

Cassie a déclaré au jury mardi que sa relation avec Combs était très variable, allant des bons moments aux disputes et aux altercations physiques.

«Si les disputes étaient violentes, elles se soldaient généralement par des violences physiques et se faire traîner, bref, des choses différentes», a raconté Cassie. Interrogée sur la fréquence des violences de Combs envers elle, elle a répondu d'un ton calme: «Trop souvent.»

Cassie était assez émotionnelle à certains moments de son témoignage. Enceinte, elle posait parfois les mains sur son ventre.

Ils se sont rencontrés en 2005, alors qu'elle avait 19 ans et lui 37. Il l'a fait signer dans sa maison de disque, Bad Boy Records, et, quelques années plus tard, ils ont commencé à se fréquenter. Durant de son témoignage, l'accusation a montré de nombreuses photographies de Combs et Cassie prises lors d'événements au milieu des années 2000.

«Sean contrôlait une grande partie de ma vie; de ma carrière à ma façon de m'habiller, tout, absolument tout», a-t-elle témoigné.

Cassie sentait qu'elle ne pouvait pas se soustraire aux «freak offs».

Aujourd'hui âgée de 38 ans, Cassie raconte qu'elle avait à peine 22 ans lorsque Combs lui a demandé pour la première fois de participer à l'un de ses «freak offs», qui, selon elle, découlaient de son intérêt pour le voyeurisme. Véritable marathon de débauche, ces événements duraient entre 36 et 48 heures, affirme-t-elle. Le plus long aurait duré quatre jours.

Cassie a expliqué que ces rencontres impliquaient l'embauche de travailleurs du sexe et «la préparation de cette expérience pour que je puisse me produire devant Sean». Cela se déroulait en privé, souvent dans des chambres d'hôtel obscures, contrairement aux soirées blanches très publiques que Combs tenait dans les Hamptons et qui attiraient célébrités et autres intéressés.

Elle se sentait alors «désorientée, nerveuse, mais aussi profondément amoureuse de lui». Une grande partie de sa semaine était consacrée aux «freak offs», a-t-elle confié. «Ces "freak offs" sont devenues un travail où il n'y avait pas de temps pour quoi que ce soit d'autre qu'essayer de s'en remettre et de se sentir normale à nouveau», a-t-elle témoigné.

À chaque fois, a-t-elle dit, elle devait se remettre du manque de sommeil, de l'alcool, de la drogue «et d'autres substances», ainsi que «des relations sexuelles avec un inconnu durant des jours».

Ayant vu des images de la désormais tristement célèbre vidéo de surveillance de 2016 montrant Combs en train de la frapper, Cassie a déclaré qu'avant l'altercation: «Nous avions une rencontre appelée "freak off", et j'étais en train de partir.»

Diddy, «une personne très polarisante»

Combs est devenu de plus en plus contrôlant au cours de leur relation, a affirmé Cassie, et il devenait violent au moindre affront. «Un mauvais visage et, la seconde d'après, je me faisais frapper».

«Sean est une personne très polarisante, et aussi très charmante, a déclaré Cassie. C'est difficile de décider sur le coup de ce dont on a besoin, alors qu'il dit ce qu'il veut. Je ne savais tout simplement pas. Je ne savais pas ce qui allait se passer.»

L'Associated Press n'identifie généralement pas les personnes qui se disent victimes d'abus sexuels, sauf si elles se manifestent publiquement, comme l'a fait Cassie.

Des témoignages incriminants la veille

Une vidéo de surveillance rendue publique l'année dernière montre Combs la frapper dans un hôtel de Los Angeles en 2016. CNN a diffusé la vidéo l'année dernière, ce qui a amené Combs à présenter ses excuses. La vidéo, diffusée lundi aux jurés, montre Combs, vêtu seulement d'une serviette blanche, frappant, donnant des coups de pied et traînant Cassie dans le couloir d'un hôtel. 

Israel Florez, ancien agent de sécurité de l'hôtel, a témoigné lundi avoir croisé Combs alors qu'il répondait à un appel concernant une femme en détresse et l'avoir trouvé assis sur une chaise, le regard noir. M. Florez a témoigné que Combs lui avait proposé une liasse de billets en lui disant: «Ne le dites à personne.» Le témoin a déclaré avoir refusé l'argent et avoir dit à Combs: «Je ne veux pas de votre argent. Retournez simplement dans votre chambre.»

Plus tôt mardi, l'avocat de la défense a interrogé Daniel Phillip, un danseur nu qui affirme avoir été payé pour avoir des relations sexuelles avec Cassie sous les yeux de Combs. M. Phillip a témoigné lundi avoir cessé de voir le couple après que Combs a agressé Cassie.

L'avocat de Combs, Xavier Donaldson, a rappelé les déclarations passées de Phillip aux procureurs fédéraux pour tenter de démontrer les incohérences dans ses souvenirs des événements. 

Me Donaldson a conclu son contre-interrogatoire après avoir suggéré que Phillip avait eu le béguin pour Cassie et qu'il voulait l'isoler de Combs afin de pouvoir vivre une relation amoureuse avec elle. Phillip a nié ces accusations, mais a admis: «J’étais attiré par elle. Si elle m’avait un jour donné l’occasion de sortir avec elle, je l’aurais fait sans hésiter.»

Lundi, lors de sa déclaration liminaire, la procureure adjointe Emily Johnson a déclaré que Combs frappait Cassie fréquemment, sans provocation, et qu’il menaçait de ruiner sa carrière musicale en publiant des vidéos d’elle se livrant à des actes sexuels avec des escortes mâles lors de rencontres qu’il organisait.

Mme Johnson a affirmé que Combs avait exploité sexuellement et battu d’autres femmes, dont une femme identifiée uniquement comme Jane, que Combs est accusé d’avoir agressée après qu’elle l’ait confronté à propos de ces «coups de foudre».

Le procès de Cassie contre Combs a été réglé en quelques heures, mais il a été suivi de dizaines de poursuites similaires et a déclenché une enquête criminelle.

Le juge Arun Subramanian se dit disposé à accéder à la demande des médias de visionner ce qu'un avocat de la défense a qualifié de vidéos pornographiques, qui seront présentées au jury comme preuves dans l'affaire. Il accorde toutefois un autre jour aux parties pour présenter leurs observations.

Combs est emprisonné à Brooklyn depuis son arrestation en septembre. S'il est reconnu coupable, il risque au moins 15 ans de prison, voire la réclusion à perpétuité.