De plus petite taille, la Banque Laurentienne ne pouvait pas se battre à «armes égales» contre les grandes banques canadiennes, selon son patron. L’institution sera donc scindée en deux et vendue.
La banque régionale montréalaise n’avait pas les poches assez profondes pour suivre les évolutions technologiques dans l’industrie bancaire.
«On n'était pas en mesure d'attirer les nouveaux clients, la nouvelle génération de clients, justement parce qu'on avait certaines déficiences en termes de notre offre de produits et surtout en termes de plateformes digitales», a expliqué le président et chef de la direction, Éric Provost, en entrevue mardi.
La Banque Laurentienne a annoncé, plus tôt avant l’ouverture des marchés, que la Banque Fairstone compte acquérir l’institution montréalaise dans le cadre d’une transaction de 1,9 milliard $.
Les activités de détails pour les particuliers et les PME, pour leur part, seront cédées à la Banque Nationale.
L’annonce marque la conclusion d'une longue traversée du désert pour la banque régionale, qui a tenté plusieurs virages stratégiques dans les dernières années, a réagi l’analyste Mike Rizvanovic, de Banque Scotia, dans une note. «Ça démontre la difficulté de concurrencer les grandes banques canadiennes lorsqu'on a une plus petite taille.»
L’analyste Darko Mihelic, de RBC Marchés des capitaux, voit la transaction d’un œil favorable. «Le prix d’achat (40,50 $) représente une prime de 73 % sur les actifs tangibles et est bien supérieur à notre cible de 25», a écrit l’analyste dans une note.
La fin des succursales
À terme, la Banque Laurentienne deviendra une banque uniquement commerciale, qui conservera son siège social à Montréal.
La marque sera toutefois moins visible pour le commun des mortels, tandis que les comptes des particuliers et des PME seront transférés à la Banque Nationale. Le changement ne se fera pas avant l’approbation de la transaction, un processus qui pourrait prendre environ un an.
«Les clients n’ont rien à faire, a insisté M. Provost. On va leur envoyer une lettre écrite, mais on n'enverra pas de textos ou de liens.»
«Les clients n’ont rien à faire, a insisté M. Provost. On va leur envoyer une lettre écrite, mais on n'enverra pas de textos ou de liens.»
Autrement dit, les clients de la Laurentienne devraient rester vigilants et se méfier de tout appel, texto ou courriel qui porterait sur le sujet.
Les 57 succursales et les employés qui y travaillent ne seront pas transférés à la Banque Nationale, qui n’acquiert que les clients. Environ 700 personnes perdront leur emploi.
M. Provost a assuré que les employés touchés recevraient du soutien psychologique et à la réorientation de carrière. «C’est vraiment cet élément-là qui rend cette décision difficile.»
Une petite bouchée pour la Nationale
Pour la Banque Nationale, la transaction représente une petite bouchée, selon l’analyste Mario Mendonca, de TD Cowen. Il estime le coût de la transaction à 500 millions $.
«En tenant compte de la taille de la transaction, nous ne pensons pas que ça limitera les rachats d’actions ni que ça nuira à l’intégration de la Canadian Western Bank», a-t-il réagi dans une note.
En accueillant les clients de la Laurentienne, la Banque Nationale poursuit sa stratégie de croissance au Québec, a commenté son PDG, Laurent Ferreira, dans un communiqué. L’institution doit dévoiler ses résultats financiers mercredi.
Le prix d'acquisition sera déterminé selon la valeur du portefeuille de prêts et de dépôts au moment de la fin de la transaction.
Au 31 juillet 2025, les prêts et les dépôts des particuliers totalisaient environ 3,3 milliards $ et 7,6 milliards $, respectivement. Les prêts et les dépôts des PME totalisaient environ 0,8 milliard $ et 0,6 milliard $, respectivement.
Ces données seront mises à jour lors du dévoilement des résultats de la Banque Laurentienne vendredi.
En février dernier, la Banque Nationale avait conclu l’acquisition d’une autre banque régionale canadienne, la Canadian Western Bank, une transaction d’environ 5 milliards $.
Une expertise à Montréal
Après la transaction, la Banque Laurentienne sera une institution spécialisée dans les activités commerciales. Elle conservera sa marque et son siège social à Montréal. «Ça nous permet de concentrer nos ressources, nos énergies, dans des créneaux où on performe très bien», a souligné M. Provost.
«On compétitionne à travers l'Amérique du Nord dans nos spécialités de financement d'inventaire, financement d'équipement, enchaîne-t-il. (On se démarque également) à travers le Canada pour le financement en immobilier commercial.»
L’acquéreur, la Banque Fairstone, s’est aussi engagé à installer son siège social au Québec. La Banque Nationale, pour sa part, est une banque québécoise, dont le siège social est à Montréal.
Il s’agissait d’éléments importants pour la Caisse, qui détient 8 % des actions en circulation. Le bas de laine des Québécois a fait savoir qu’il allait voter en faveur de la transaction, dans un communiqué.
L’action de la Banque Laurentienne a bondi de 6,21 $, ou 18,39 %, à 39,97 $ à la fin de la séance de la Bourse de Toronto.
L’action de la Banque Nationale, pour sa part, a monté de 3,01 $, ou 1,79 %, à 171,12 $.

