Économie

Des jeunes Canadiens veulent s'extirper de la culture du pourboire

Plusieurs jeunes signalent que la culture des pourboires s'implante dans de plus en plus de milieux, des cliniques de physiothérapie aux bars à vin.

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Ren Alva est photographié sur le campus de l'Université de l'Alberta, à Edmonton, le 21 août 2025. Ren Alva est photographié sur le campus de l'Université de l'Alberta, à Edmonton, le 21 août 2025. (Aaron Sousa/La Presse canadienne)

De jeunes Canadiens se disent prêts à renoncer à donner des pourboires à cause de l'augmentation du coût de la vie.

Ren Alva, un étudiant d'Edmonton, raconte avoir été surpris lorsqu'on lui a réclamé un pourboire dans une ferme de cueillette de bleuets.

«Nous avons fait la cueillette nous-mêmes. Les employés de la ferme n'ont rien fait. Je ne sais même pas à qui l'argent est allé», explique-t-il.

Plusieurs jeunes signalent que la culture des pourboires s'implante dans de plus en plus de milieux, des cliniques de physiothérapie aux bars à vin.

Âgé de 24 ans, Jacob Burris, qui vit au Nouveau-Brunswick, mentionne que les pourboires qu'il verse dans un restaurant sont fondés sur la qualité du service reçu.

«On ne peut pas donner un pourboire à quelqu'un qui ne fait que son travail», lance-t-il.

Un récent sondage en ligne de la société H & R Block indiquait qu'une majorité des quelque 1790 répondants, notamment parmi ceux âgés de 18 à 34 ans, pensaient que la culture des pourboires était en train de déraper, mais ils se sentaient obligés d'en laisser un.

Le sondage a été mené en ligne du 12 au 13 février 2025. Une marge d’erreur ne peut pas être associée à un échantillon non probabiliste dans le cadre de ce type de sondage.

La multiplication des terminaux de paiement par carte suggérant le montant des pourboires n'empêche pas les Canadiens d'en laisser un, constate Yannick Lemay, spécialiste en impôt chez H&R Block Canada.

«C'est intéressant, juge-t-il. Même si l'on est moins à l'aise pour donner un pourboire, on continue de le faire parce que l'on se sent obligé.»

Aditi Roy, une étudiante de Toronto, donne souvent des pourboires, mais elle souligne que ceux qui ne le font pas pourraient se sentir coupables.

«Il est ridicule de proposer un pourboire de 20 %, affirme-t-elle. Mais si je refuse de le faire, je me sens très mal de le faire.»

En Asie, la culture du pourboire est inexistante, dit Mme Roy, qui a grandi en Chine et à Hong Kong. Au lieu, les clients paient des frais de service qui doivent être remis aux employés.

«Le Canada a besoin d'éliminer en partie cette culture du pourboire», conseille-t-elle. 

Mais ce ne sont pas tous les jeunes qui partagent cette opinion.

Milly Squires, une récente diplômée universitaire, a été serveuse pendant six ans. Elle dit avoir donné des pourboires allant jusqu'à 25 % de la facture. Elle ne le faisait pas par culpabilité, mais parce que certains restaurants ont instauré un système de partage des pourboires.

«Les serveurs doivent remettre une partie de leurs pourboires aux autres employés du restaurant, comme les hôtesses, les cuisiniers, les barmans et les commis, explique-t-elle. Si un serveur ne reçoit pas de pourboire sur une facture de 100 $, il devait payer 5 $ de ses poches aux autres employés.»

De grandes chaînes de restaurants comme McDonald's refusent les pourboires parce que servir les clients «est un travail d'équipe». Le travail individuel ne doit pas être récompensé.

M. Burris recommande l'adoption d'un système comme celui en vigueur en Europe. Le pourboire est inclus automatiquement dans la facture remise aux clients.

Mme Roy croit aussi que les pourboires doivent être remplacés par des frais de service. Elle ajoute qu'il faut toutefois s'attaquer à la racine du problème.

«Il faut donner le salaire que ces gens méritent. Ils ne doivent pas être dépendants des pourboires. La rémunération n'augmente pas, contrairement au coût de la vie. La situation économique est bordélique.»

Aaron Sousa

Aaron Sousa

Journaliste