Économie

Des dirigeants autochtones déçus du budget fédéral

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c856bd139233fbd9284ee47c67df1d032cd8c98421a75285d192d2b6661a8c15.jpg La cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Cindy Woodhouse Nepinak, prend la parole à l'Assemblée générale annuelle de l'Assemblée des Premières Nations (APN) à Winnipeg, le mercredi 3 septembre 2025. (John Woods | La Presse canadienne)

Le budget fédéral ne prévoit pas les investissements en santé et en éducation dont leurs municipalités ont désespérément besoin, ont déclaré mercredi certains dirigeants autochtones, au lendemain du dépôt du dernier plan financier par les libéraux à la Chambre des communes.

Le budget a gelé le financement annuel de base pour les services de santé et les services sociaux destinés aux Autochtones, ainsi que pour les travaux liés aux traités. Ottawa explique que cela représente une réduction de 2 %, alors que la plupart des agences fédérales subissent une réduction de 15 %.

La cheffe nationale Cindy Woodhouse Nepinak, de l'Assemblée des Premières Nations, a affirmé que ce gel aura de graves répercussions sur les communautés à fort taux de natalité et que le budget ne propose aucun plan pour combler les lacunes en matière d'éducation, qui freinent la croissance économique des communautés autochtones.

«Malheureusement, le budget d'hier ne prévoit aucun investissement intergénérationnel pour combler les lacunes en matière d'éducation qui persistent au sein des Premières Nations», a-t-elle souligné devant journalistes mercredi matin.

«Au lieu de réduire les écarts socioéconomiques entre les Premières Nations et les Canadiens non autochtones, ce budget ne fera qu’aggraver la situation.»

 

Mme Woodhouse Nepinak a rappelé que plus de la moitié des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation, il y a dix ans, portaient sur l’éducation.

«Ce budget était une occasion de rétablir la confiance. Malheureusement, il n’a pas été à la hauteur», a-t-elle déploré.

Elle s’est dite heureuse de constater que le gouvernement respectait ses engagements en matière de logement pour les Autochtones et a salué l’annonce d’un investissement de 2,3 milliards $ sur trois ans pour l’accès à l’eau dans les réserves et de 10,1 millions $ sur trois ans pour des consultations sur des grands projets accélérés. Elle a toutefois accusé Ottawa de poursuivre une logique d'«effet de retombée économique» qui ne favorise pas la réussite des jeunes.

«Le moyen le plus efficace d’assurer l’avenir des enfants des Premières Nations et de l’économie canadienne est d’investir dans l’éducation», a-t-elle affirmé, ajoutant que les chefs ont invité le premier ministre Mark Carney à s’adresser à l’Assemblée nationale le mois prochain.

Les Inuits s'inquiètent de la conception de la souveraineté territoriale

Le président de l'Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed, a salué les promesses d'investissements dans l'Arctique contenues dans le budget, et notamment le soutien apporté à la création d'une université inuite.

Il a toutefois indiqué que les Inuits s'inquiètent du fait que le document présente la politique arctique sous l'angle de la sécurité et de la souveraineté nationale sans expliquer comment les peuples autochtones de la région s'y intègrent.

«Nous voulons être partenaires du gouvernement du Canada et de tous les Canadiens pour défendre la souveraineté arctique, protéger nos frontières et faire tout notre possible, en cette période difficile, pour assurer la prospérité du pays», a-t-il dit.

«Nous demandons simplement que la façon dont nous interagissons avec le gouvernement fédéral soit clairement examinée.»

Il a ajouté que le précédent gouvernement Trudeau avait mieux collaboré avec les peuples autochtones que l'actuel.

«Ce n'était pas seulement le montant des fonds alloués à une initiative qui importait, mais aussi la façon dont les peuples autochtones titulaires de droits travaillaient avec le gouvernement du Canada à la réalisation d'ambitions et d'objectifs communs», a-t-il précisé.

Il a souligné que le budget mentionne des objectifs en matière de logement pour le territoire du Nunavut, mais pas spécifiquement pour les Inuits, dont plusieurs vivent dans d'autres régions du Canada.

«Malheureusement, le budget, dans sa conception de la souveraineté territoriale, ne tient guère compte des communautés et des familles inuites», a pointé M. Obed.

Le président de l'Inuit Tapiriit Kanatami a ajouté qu'il était particulièrement préoccupant que le budget ne ventile pas le financement entre les trois principaux groupes autochtones du Canada: les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Il a expliqué que cela entraînerait de longues discussions avec les ministères et d'éventuelles batailles juridiques concernant la répartition des fonds entre les groupes.

«Cela détourne le travail de mise en œuvre spécifique vers des activités générales de lobbying et de négociations, beaucoup plus chronophages», a-t-il affirmé.

L'organisation s'est également dite «troublée» que le budget ne renouvelle pas le financement destiné à l'élimination de la tuberculose dans le Nord et ne prévoie pas de financement pour les années à venir pour les enfants inuits pris au piège des querelles de compétence entre les gouvernements au sujet des services.

Les Métis craignent les compressions budgétaires

La présidente du Conseil national des Métis, Victoria Pruden, s'est également dite déçue que le financement du budget ne soit pas ventilé par groupe autochtone.

«Ce budget est vraiment insuffisant en ce qui concerne l'identification des investissements spécifiques aux Métis et le financement dédié fondé sur leurs distinctions, ce à quoi nous étions habitués dans les budgets précédents», a-t-elle expliqué.

«La simple mention du terme 'Métis' dans ce budget est moins fréquente que ces dernières années. Nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher nos efforts.»

Mme Pruden a indiqué que son organisation avait eu des «discussions encourageantes» avec le gouvernement depuis la publication du budget concernant la façon dont les Métis peuvent s'intégrer aux nouveaux programmes d'emploi, de logement et de promotion des exportations. Elle a également exprimé sa crainte que les Métis soient touchés de manière disproportionnée par les compressions budgétaires fédérales.

«Nous restons de bonne foi, compte tenu des premières discussions que nous avons eues, mais nous avons insisté sur le fait que nous devons absolument savoir comment nous serons affectés», a-t-elle affirmé.

«Nous savons que, lorsque l'économie est confrontée à l'incertitude, à des difficultés et à des politiques budgétaires conservatrices, les plus vulnérables d'entre nous risquent de connaître une augmentation de l'itinérance, de la pauvreté et du chômage.»

La Fédération des Métis du Manitoba a salué le budget, qui respecte les engagements antérieurs en matière de logement et de protection de l'enfance.

Dylan Robertson

Dylan Robertson

Journaliste