TORONTO — La présidente nationale d'Unifor, le plus grand syndicat du secteur privé au Canada, est soulagée de tourner la page sur cette année, mais reconnaît que l'année prochaine sera marquée par de nouveaux défis de taille.
Lana Payne a indiqué vendredi en entrevue que les droits de douane imposés par les États-Unis cette année ont causé de grandes difficultés aux membres du syndicat.
Selon elle, l'incertitude entourant le commerce planera sur les négociations contractuelles prévues pour l'an prochain.
«Nous entamons les négociations dans un contexte de grande incertitude et de grande instabilité, a-t-elle mentionné. Ce sera donc une année extrêmement difficile à cet égard.»
Les négociations contractuelles concerneront environ 95 000 travailleurs d'Unifor l'an prochain, soit près du tiers des membres, y compris les employés des trois grands constructeurs automobiles de Detroit.
Les négociateurs devront composer avec le risque de délocalisation de la production et des emplois aux États-Unis, l'administration Trump ayant recours aux droits de douane pour tenter de rapatrier des emplois industriels.
Des secteurs comme l'automobile, la sylviculture et la métallurgie ont été particulièrement touchés par les droits de douane élevés, alors même que la plupart des autres marchandises continuent d'entrer librement aux États-Unis.
Cela donne une image contrastée de la performance économique de cette année, estime Mme Payne.
«Même si les chiffres macroéconomiques peuvent sembler positifs, je dirais qu'ils cachent en réalité des problèmes très, très graves», a-t-elle affirmé.
«Des milliers de travailleurs des secteurs de l'automobile, de la sylviculture et, plus généralement, de l'industrie manufacturière, ont été durement touchés. Ils ont reçu des avis de licenciement, des équipes ont été réduites, des usines ont été mises à l'arrêt ou ont fermé leurs portes», a-t-elle ajouté.
Le secteur forestier a connu plusieurs fermetures et réductions d'activité d'usines en raison des droits de douane de 45 % imposés sur les exportations vers les États-Unis.
De son côté, Algoma Steel a annoncé le licenciement d'environ 1000 employés représentés par le syndicat des Métallurgistes unis, accélérant ainsi une transition de production planifiée à la suite des droits de douane de 50 % imposés sur les produits destinés au sud.
Le secteur automobile, également touché par des droits de douane à des degrés divers, a vu Stellantis annoncer cette année le transfert aux États-Unis de la production prévue pour son usine de Brampton, en Ontario. GM a également annoncé la suppression du troisième quart de travail à son usine d'Oshawa et l'arrêt de la production d'un véhicule de livraison électrique à son usine d'Ingersoll, en Ontario.
Outre ces mesures très médiatisées, de nombreux petits fabricants ont également été contraints de s'adapter en raison des droits de douane.
«L'année a été difficile pour les travailleurs», a souligné Mme Payne.
À ces difficultés s'ajoutent les mesures prises par les gouvernements, tant provinciaux que fédéral, pour affaiblir le pouvoir des travailleurs, a-t-elle soutenu.
L'utilisation par l'Alberta de la clause dérogatoire pour mettre fin à une grève d'enseignants, le projet de loi 3 au Québec, qu'elle juge destiné à affaiblir les syndicats, et le recours par le gouvernement fédéral à l'article 107 pour contraindre les travailleurs à reprendre le travail, surviennent tous alors que les syndicats luttent pour préserver les emplois, a avancé Mme Payne.
«Je trouve scandaleux que les gouvernements choisissent ce moment précis pour tenter d'affaiblir les syndicats, alors que ces derniers sont la voix des travailleurs à un moment où ces derniers ont plus que jamais besoin d'être entendus», a-t-elle mentionné.
Malgré ces difficultés, elle est convaincue que les grands défis peuvent être relevés par l'action collective.
«J'ai tout vu cette année, la façon dont les gens se sont unis pour se soutenir mutuellement», a fait valoir Mme Payne.
«Souvent, lorsque la situation est critique et que nous sommes confrontés aux crises les plus graves, c'est dans ces moments-là que les travailleurs se rassemblent», a-t-elle illustré.
Ian Bickis, La Presse Canadienne

