Chroniques

MAGA et Venezuela

«Propulsant les vidéos de citoyens ou expatriés manifestement heureux de la chute du premier dirigeant, les MAGA défendront ainsi l’opération bulldozer.»

Publié le 

Chronique Bérard 6 jan (Montage Noovo Info et Associated Press)

Parmi les intrigues névralgiques de nos sociétés actuelles figurent, indubitablement, l’exceptionnelle capacité de dissonance cognitive du trumpiste moyen. Peu importe les mensonges, les duperies et les duplicités du gourou, les fidèles se hâteront à submerger les réseaux sociaux de flots de gadoue réflexive en soutien au Grand Boubou. La dernière en lice : la justification derrière l’invasion du Venezuela et du kidnapping — oui, c’est le terme juste — de son président, Nicolás Maduro.

Propulsant les vidéos de citoyens ou expatriés manifestement heureux de la chute du premier dirigeant, les MAGA défendront ainsi l’opération bulldozer. Comme si ces bonnes gens se souciaient (ou avaient même une idée), il y a quatre jours à peine, du sort de sa population.

À les écouter, rien à voir — ou si peu — avec le pétrole convoité, malgré les aveux du Donald lui-même. Idem quant au prétexte de la drogue invoqué par Washington, cet automne, afin de couler maintes embarcations vénézuéliennes, en pleines eaux internationales, le tout évidemment sans arrestation, accusation ou procès, bref, sans preuve aucune.

Pas grave, de clamer le trumpiste moyen :

  • Le président défend son pays. Il protège son peuple. La drogue fait des ravages.
  • OK ! OK ! Mais les preuves qu’il s’agit bel et bien de narcotrafiquants ?
  • Ben voyons. Ce sont les États-Unis. Ils sont au courant.
  • Donc aucune chance que Washington mente ? Rien dans l’Histoire à cet effet ?
  • Occupe-toi donc du Canada, à la place ! On est dans la merde solide !

Bon.

Le plus courageux rappellerait ici à son interlocuteur le cas de Juan Orlando Hernandez, ex-président du Honduras condamné en 2024, après un procès américain, à 45 ans de prison. Son crime ? Avoir participé activement à un réseau international de stupéfiants, ayant fait importer aux États-Unis plus de 400 tonnes de coke. 400 tonnes, oui. Avec en bonus, selon la preuve reconnue, un généreux pot-de-vin à El Chapo, grand prince de la poudre blanche. Résultat des courses ? Une grâce complète accordée par le locataire de la Maison-Blanche. Son explication ? Ceci : « S’il y a des trafiquants de drogue dans votre pays […], on n’envoie pas forcément le président en prison pour 45 ans ».

«Je suis un homme honnête»: Maduro plaide non coupable à New York «Je suis toujours le président de mon pays», a déclaré Nicolas Maduro lors de sa comparution devant le tribunal de New York, lundi.

Good to know.

Retour au Venezuela. Que Nicolás Maduro tombe, voilà une excellente nouvelle, du moins pour quiconque consulte les rapports sur les droits de la personne afférents à son régime. Que le peuple, notamment les 8 millions ayant fui les atrocités et machinations, soit soulagé, pas de surprise non plus. Sauf que la fin, malgré ce qu’en dit le vieil adage, ne peut systématiquement justifier les moyens employés.

Particulièrement en matière géopolitique. L’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations Unies prévoit que :

Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

Voilà, en quelques mots, la présente affaire : un État (puissant) occupe (sans droit) les eaux internationales limitrophes à un autre, torpille pendant des mois (sans droit, bis) des embarcations civiles quittant ses rives, débarque ensuite militairement, tue une quarantaine de bougres, kidnappe son président en titre, et déclare que le pays (conquis ?) sera dorénavant géré par ledit conquérant. L’illustration parfaite, donc, que souhaite prévenir la Charte en question, adoptée aux suites de la Seconde Guerre mondiale. Pour limiter l’unilatéralisme. Pour éviter le pilage de ressources, leurs prétextes et autres faux-fuyants. Pour s’empêcher une humanité assujettie, sans ambages ni garde-fous, au seul appétit des puissances malveillantes.

Nicolás Maduro n’était pas encore en cellule que Donald clamait, déjà, la possibilité d’un tour semblable au Groenland, Cuba, Colombie et Mexique. Émoustillés devant cette nouvelle démonstration machiste du « président de la Paix », de multiples abonnés québécois de TikTok le supplieraient, me souffle-t-on, de venir également envahir le Canada, histoire de nous délivrer, à notre tour, des griffes d’un tyrannique régime.

À se donner des coups de pelle dans le front.