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L’usure du pouvoir a eu raison de François Legault

«Et l’usure du pouvoir n’a pas beaucoup d’antidote. Les prochains mois nous diront si la CAQ le trouvera.»

Publié le 

Chronique Victor Henriquez Noovo Info 14 janvier 2026 (Montage Noovo Info et La Presse canadienne)

Plusieurs se diront: «Enfin!»

Certains seront insensibles et quelques-uns afficheront leur déception, mais rares seront ceux qui ne comprennent pas la décision que le premier ministre a annoncée.

En effet, les effets de l’usure du pouvoir et d’une certaine lassitude du public envers le discours de François Legault se font sentir depuis le début du deuxième mandat.

La défaite dans Jean-Talon a été une première étape et l’usure a poursuivi son travail durant les mois et années qui ont suivi, comme l’illustrent les chiffres de plusieurs sondages et les résultats des élections partielles comme à Terrebonne et Arthabaska.

Malgré sa claire volonté de poursuivre son mandat et son désir de compléter son legs, le PM a pris la décision qui s’imposait au lendemain d’un sondage qui le plaçait au même niveau que Québec Solidaire, à 11 % des intentions de vote.

Autopsie de la chute de François Legault et de la CAQ Le règne de François Legault s’effritait depuis plusieurs mois, voire plusieurs années... Voyez notre entrevue avec Philippe J. Fournier, expert en sondages et créateur de Qc125.

Des changements sans effet

Pourtant, personne ne peut dire qu’il n’a pas essayé. Une des forces de François Legault a d’ailleurs été, tout au long de son mandat, de s’adapter à l’humeur de l’électorat québécois. Bien entendu, il y a eu la pandémie durant laquelle il a manié avec beaucoup de prudence, et globalement du succès, l’art d’étirer la patience des citoyens pour les mesures sanitaires et les restrictions de tout genre. Il y a aussi l’adoption de la loi sur la laïcité qui a plu à l’électorat et le changement de ton envers le fédéral à l’arrivée de Mark Carney.

Dans les derniers mois, il a mobilisé son gouvernement dans un virage à droite tous azimuts. Politiques limitant le champ d’action des syndicats, loi sur les médecins, réduction de la taille de l’état sont les exemples les plus visibles de ses dernières tentatives de retrouver l’appui de la population. Un changement de narratif pourtant réussi qui a démontré que le discours n’était pas le problème, mais le porte-parole.

La confiance perdue

Le porte-parole d’une organisation est son visage, sa voix et son principal lien de confiance. Quand un public n’écoute plus le porte-parole ou qu’il ne lui accorde plus la crédibilité nécessaire, le lien de confiance s’effrite au point de ne plus exister. C’est ce qui est arrivé au premier ministre.

Les sondages nous indiquaient pourtant que les politiques proposées par le gouvernement semblaient populaires auprès du public, mais la popularité du PM a continué à dégringoler et la CAQ est tombée dernière dans les intentions de vote. Quand les actions sont les bonnes, mais qu’elles n’ont aucun effet, le verdict est sans appel.

Trouver l’antidote

Maintenant, la CAQ n’est pas « sortie du bois » ! Même si le chef change, il leur faudra trouver une personne capable d’incarner un renouveau suffisamment marqué pour que le public « oublie » les sept dernières années. Est-ce que la mission est possible ? Tout à fait ! Mark Carney l’a démontré il y a un an de cela.

Cependant, trouver un profil aussi adapté au moment et capable de faire bouger l’aiguille n’est pas la norme, mais plutôt l’exception.

L’usure du pouvoir n’a pas beaucoup d’antidote. Les prochains mois nous diront si la CAQ le trouvera.