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Discours d’ouverture: opération réussie pour Fréchette

La nouvelle première ministre avait tout un jeu d’équilibriste à faire pour sa rentrée parlementaire.

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Chronique AY (Montage Noovo Info et La Presse canadienne)

La priorité pour Christine Fréchette, c’est de se définir elle-même plutôt que de laisser aux autres le loisir de le faire. Disons-le, elle a bien réussi son coup, tant avec son discours d’ouverture qu’avec le petit lapin qu’elle a sorti de son chapeau: le premier projet de loi qu’elle déposera visera à renouveler la clause dérogatoire pour protéger le projet de loi 96, loi renforçant la Charte de la langue française.

Sur le fond des choses, rien de révolutionnaire ni même de très nationaliste. On ne fait que reconduire ce qui existe déjà. Mais cette proposition avait l’avantage indéniable de mettre le nouveau chef libéral, Charles Milliard, sur la défensive en cette journée de rentrée parlementaire. En effet, la position du chef libéral n’était, jusqu’à présent, pas très claire.

Dans les prochaines semaines, les caquistes vont pousser les libéraux à expliquer plus en détail sa position sur les enjeux identitaires (langue, immigration, laïcité), car ils font le pari que l’offre politique libérale ne sera pas assez costaude pour plaire à l’électorat francophone et aux régions. Et si en bonus, le chef peut se mettre en porte à faux avec son caucus montréalais en tentant de plaire aux régions comme il l’a déjà fait, la CAQ ne boudera pas son plaisir !

Christine Fréchette identifie ses priorités La session parlementaire s’est ouverte mardi à Québec. La nouvelle première ministre Christine Fréchette a identifié ses cinq priorités dans son discours inaugural.

En soulignant cette différence sur l’enjeu de la langue, la première ministre souhaitait se définir comme une «bleue», n’en déplaise aux péquistes qui tentent de la définir comme une «rouge pâle».

Un discours équilibré

La nouvelle première ministre avait tout un jeu d’équilibriste à faire pour sa rentrée parlementaire. Marquer une différence avec son prédécesseur, tout en montrant de la cohérence quant à l’offre politique de la CAQ. Elle a établi ses priorités : Coût de la vie, économie, services, infrastructures et identité. Si l’on compare avec les priorités de François Legault (économie, environnement, santé, éducation et fierté), on voit bien le compromis entre changement et continuité.

Elle devait également apporter des idées nouvelles alors que beaucoup de choses avaient déjà été dites ou annoncées… Certes, ceux et celles qui suivent la politique de façon assidue n’ont pas appris grand-chose aujourd’hui, mais rappelons-nous qu’encore un grand nombre de Québécois ne savent même pas encore qui est Christine Fréchette. Il est donc normal qu’elle martèle ses messages.

Sur le ton, elle a su donner sa couleur à cet exercice. Elle avait invité plusieurs personnes dans les tribunes du salon rouge afin de mettre des visages sur certaines propositions touchant le portefeuille et l’économie.

Pas de surenchère identitaire ou de déclaration incendiaire, elle nous a beaucoup parlé de collaboration, de partenariats et de solutions.

Est-ce que ce sera suffisant pour rétablir la marque caquiste ? La pente est très raide, mais elle a bien utilisé cette occasion de communication et, de tous ses discours jusqu’à présent, c’était le plus abouti.

Un gros menu pour une courte session

Autre constat de ce discours : il y a beaucoup de choses à accomplir en très peu de temps. Certaines mesures ne sont pas législatives, donc n’ont pas besoin des travaux des commissions parlementaires pour être livrées.

C’est le cas par exemple de l’appel d’intérêt pour le troisième lien, de la réouverture du PEQ ou du remboursement de la taxe de bienvenue pour les premiers acheteurs. Mais la première ministre souhaite faire adopter plusieurs projets de loi, notamment celui touchant l’hospitalisation des personnes souffrant de troubles mentaux, la loi « Gabie Renaud » et la constitution du Québec.

En ayant un menu législatif ambitieux, elle pourra peut-être mettre l’odieux sur les épaules des oppositions et crier à l’obstruction. Elle n’a pas grand-chose à perdre.

La prochaine étape importante sera un éventuel sondage. Si Mme Fréchette n’a pas réussi à faire bouger l’aiguille, ce sera bien difficile pour elle de recruter des candidatures. Elle souffrira donc de la comparaison avec les autres partis, qui en annoncent, eux, presque quotidiennement. Elle a bien réussi ses premières semaines, certes, mais pour garder son parti dans le jeu, elle est, comme l’était jadis Martin Matte, condamnée à l’excellence.

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