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Collaborer (avec l’ennemi)

La propension de nos gouvernements de fermer les yeux face à l’indéfendable, sinon collaborer directement à celui-ci.

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Chronique Me Frédéric Bérard | «Collaborer (avec l’ennemi)» Chronique Me Frédéric Bérard | «Collaborer (avec l’ennemi)» (Crédits: image tirée de l'Associated Press et montage de Noovo Info)

Il y a une certaine lurette que le monde s’effondre, brique par brique, poutre par poutre. Mais pour la première fois, de façon tangible et palpable, une prise de conscience citoyenne se fait sentir. Une volonté, d’ailleurs, d’empêcher que ce même monde ne se défasse.

Merci Camus.

Or, si le constat est translucide, reste maintenant à déterminer la stratégie afférente. Grosse job, au point où plus d’une chronique entière, sinon trente, devraient être consacrées à l’affaire. Un jour prochain, promis. Mais dans l’intervalle, allons au plus efficace et urgent: la propension de nos gouvernements de fermer les yeux face à l’indéfendable, sinon collaborer directement à celui-ci.

Rappelons la participation de notre Caisse de dépôt et placement, mandataire de l’État québécois, à même le génocide de Gaza. Des investissements, de dénoncer l’ONU, favorisant directement ou indirectement la poursuite du carnage. La réponse de la Caisse? L’ignorance. OK au bénéfice du doute. Mais après la pleine connaissance des faits?

Une blague sur l’ICE d’un chargé de cours de l’Université Laval fait polémique Par Julie-Anne Perreault | L’Université Laval a déclenché une enquête pour un courriel qu'un enseignant a envoyé à des étudiants les invitant à se joindre à l’ICE, la police de l’immigration américaine.

Vient ensuite l’info suivante: Garda World, bien de chez nous, serait derrière la machination d’Alligator Alcatraz, siphonnant de juteux contrats pouvant aller, de nous dire l’ami Romain Schué, jusqu’à…. 191 millions de dollars canadiens. C’est quand même payant, violer les droits constitutionnels. La meilleure ? Cette société a reçu, du gouvernement Legault, une aide financière publique de l’ordre de 300 millions.

Interrogé à cet égard, la réponse du cabinet : il s’agit d’une intervention de 2022, donc qui précède la participation de Garda World aux élucubrations trumpistes. Quant à Ottawa, si aucune aide directe ne lui est reconnue, restent néanmoins les fantastiques contrats attribués à l’entreprise.

Dernier truc en lice (après on arrête, promis): le ICE aurait ses tentacules jusqu’ici, dans plusieurs villes canadiennes, Montréal incluse. Les raisons et motifs? Rien de trop clair, louche comme à l’ordinaire.

Alors voilà pour la nomenclature des récentes saloperies. Et si l’on cherche de véritables résistances citoyennes, ces trois cas de figure offrent, sans trop forcer, un dénominateur commun : rendre nos gouvernements imputables de leurs faits et gestes, de leurs relations et implications.

Parce que s’il nous est impossible d’empêcher la chute démocratique du Sud, il nous est encore loisible d’exiger — de façon sévère et impitoyable — la probité et moralité gouvernementale.

Une enquête de l’ONU nous apprend les investissements de la Caisse de dépôt contribuant à un génocide ? Que l’on convoque, manu militari et sans jeu de mots, ses dirigeants et autres administrateurs en commission parlementaire pour une séance de barbecue à haute cuisson : quelle est la portée et nature de ses investissements? Depuis quand? Qui a pris ces décisions?

Et d’exiger, comme il se doit, le retrait de nos billes collectives. Parce que non, mesdames et messieurs, le Québec ne financera pas, même implicitement, des sauvageries du genre.

OPINION | L’ICE n’est pas une police; une police, ça respecte la loi Il faut arrêter de dire que les agents de l’immigration de Donald Trump (ICE) sont une police.

Idem, bien entendu, pour Garda World, tant à Ottawa qu’à Québec: c’est quoi, exactement, ces saloperies d’Alligator Alcatraz? Vous y faites quoi, très précisément? Vraiment? Alors voici le deal: ou vous renoncez à ce même contrat, ou vous perdez l’ensemble de ceux qui nous lient, ipso facto. C’est selon.

Et une fois en si bon chemin: les partis d’opposition pourraient alors presser le ministre responsable de répondre à l’ensemble des questions pertinentes en l’espèce : quelles sont les conditions de l’aide financière apportée à Garda World? Le prêt, le cas échéant, est-il depuis remboursé? Non? Good. On le rappelle. Là. Des limites, quand même, à financer la torture humaine.

Le ICE au Canada, enfin. Que le gouvernement Carney donne suite, concrètement, au discours de Davos: sortie publique formelle réclamant de Trump qu’il rapatrie sa milice. Pas la bienvenue, ici. Simple de même.

S’il est juste que nous avons, en démocratie, les gouvernements que l’on mérite, ceci pose le corollaire suivant: l’électorat détient un pouvoir inaliénable, celui de la reddition de comptes. À temps plein.

Vous connaissez Desmond Tutu, indéfectible allié de Mandela dans la lutte à l’apartheid ? L’une de ses bonnes : «Si tu es neutre en situation d’injustice, alors tu as choisi le côté de l’oppresseur.»

Au choix.

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