100 jours après avoir succédé à François Legault comme cheffe de la Coalition avenir Québec, Christine Fréchette a présenté son bilan aux Québécois dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux. Au-delà de la mise en valeur de ses réalisations, cette vidéo représente aussi un point de bascule entre la période «gouvernementale» de son mandat et la période à venir qui sera plus «électorale».
Depuis son arrivée, la cheffe caquiste a réussi à arrêter la tendance à la baisse de son parti et à remonter le taux de satisfaction à l’égard de son gouvernement. Grâce à un plan de match exécuté avec rigueur et à une série d’annonces, de projets de loi et d’investissements, elle a redonné du souffle à son parti et a porté les habits de première ministre avec succès.
Cependant, le défi de l’actuelle première ministre reste immense, car, même si Mark Carney nous a montré que c’est réalisable, il est plus qu’exceptionnel qu’un changement de visage entraîne un virage à 180 degrés dans l’électorat au point de permettre une victoire électorale. Cela nécessite un contexte très particulier, comme celui des tarifs, des adversaires qui tirent à côté de la cible et un plan de match efficace.
Pour le contexte, Donald Trump fait encore des siennes et pour les adversaires, on verra les prochaines semaines, mais je vous propose quelques éléments qui pourraient, selon moi, composer un plan d’action réussi.
Un bilan identitaire
Le bilan caquiste est contestable sur plusieurs aspects. En économie, les données globales sont peut-être meilleures qu’en Ontario, mais les échecs de la filière batterie, le déficit des finances publiques et les dépassements de coûts de SAAQClic donnent des arguments importants aux oppositions.
En santé, les réformes n’ont pas donné de résultats incontestablement positifs dans la vie des gens et en éducation, on traîne de la patte également. Bien qu’elle ait eu un bon 100 premiers jours, elle n’a pas effacé ces éléments.
Cependant, sur les questions identitaires, le gouvernement a un bilan qui est appuyé par une majorité de Québécois. Que l’on soit d’accord ou pas sur les principes, il semble y avoir un certain consensus social sur l’importance d’assurer la laïcité de l’État et de renforcer les politiques de protection du français.
C’est donc sur ces éléments du bilan que je concentrerais les messages de la première ministre en ce qui a trait aux réalisations des dernières années de son parti.
Renouveler l’équipe et la vision économique
Ça m’apparaît être l’élément le plus important actuellement pour Mme Fréchette. Le contexte des tarifs et ses effets incontestables sur l’économie québécoise amèneront la population à en faire une priorité importante de la prochaine élection.
La CAQ a convaincu les Québécois qu’ils étaient un parti économique en misant sur l’expérience de son précédent chef et des membres de son équipe. Mme Fréchette devra convaincre les Québécois qu’elle est la bonne personne pour relever ce nouveau défi économique en mettant en valeur sa propre expérience, mais aussi en misant sur de nouveaux visages qui amènent une vision et une crédibilité économique renouvelée et en rupture avec les échecs des dernières années.
Rallier le vote anti-référendum
Pour moi, la principale force de Mme Fréchette est son positionnement autonomiste. En affirmant que « haïr le Canada n’est pas un projet de société » et qu’il s’agit du « pire moment en 50 ans pour tenir un référendum », elle se positionne en rempart pragmatique contre un référendum dont 70 % des Québécois disent ne pas vouloir.
Lors des élections de 2018 et de 2022, la CAQ a été élue en allant piger dans le vote péquiste grâce à des positions fortes sur l’identité et la langue. Lors de cette élection, ce vote nationaliste sera plus divisé et une partie retournera au PQ, galvanisé par les succès de PSPP et de son équipe.
Cependant, il y a chez les libéraux et les conservateurs un électorat inquiet qui voit bien les limites de leurs partis auprès de l’électorat francophone pour les uns ou à l’extérieur de la région de Québec pour les autres et qui pourrait être séduit par un vote stratégique.
Mark Carney représentait, par sa notoriété, son expérience et son profil opposé à celui de son prédécesseur, une rupture importante avec le passé de son parti. Il a réussi à faire oublier, en quelques semaines, 10 ans de gouvernement et une usure du pouvoir qui semblait donner une victoire facile à son adversaire conservateur.
La situation de Mme Fréchette est différente, mais comparable et le contexte pourrait lui donner des ailes afin de lui permettre au moins de garder une présence à l’Assemblée nationale qui assurerait la durabilité au projet caquiste.
À la lumière des derniers mois, ce serait déjà une victoire importante.
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