Tout le monde est en colère. Contre les injustices, le trafic, les infrastructures qui tombent en ruines, les tarifs, l’inflation, le manque de logement, la pénurie de médecins, la rareté des places en garderie, le contexte géopolitique, la crise climatique et l’inaction des dirigeants.
Rien ne va plus.
J’écoutais la conférence animée par Martine St-Victor à C2MTL hier matin, une conférence qui portait sur la perte de confiance de la population envers les institutions (incluant les médias) et cela m’a frappé de plein fouet: c’est vrai qu’on est tous en crisse.
Dans mon entourage, sur les réseaux sociaux, dans les transports en commun, dans les commerces, je croise souvent des gens sur le point de péter leur coche. Pas vous?
Je suis moi-même animée d’une insatisfaction qui mène à une sorte de méfiance. Je me surprends à serrer les dents ou les poings, à froncer les sourcils, à pousser de longs soupirs et à fusiller du regard.
Ma patience s’étiole et s’envole comme les aigrettes des pissenlits dispersées par le vent l’été.
On dirait que rien ne fonctionne, que tout s’écroule, du système de santé aux relations diplomatiques en passant par l’économie, l’environnement, l’éducation, le réseau routier.
Mettre le feu partout
Je ne compte plus le nombre de fois où je cesse de lire les nouvelles ou de parcourir les réseaux sociaux pour cause de colère: ici un manque d’empathie, là un manque de financement et là encore, un écart, une erreur, un oubli, une escalade.
Le manque d’écoute, entre citoyens, entre élus, de gauche comme de droite, peu importe la culture, la classe sociale, le statut, le genre, est grandiose. N’a-t-on jamais autant si peu écouté l’autre, toutes époques confondues?
Enlisé dans notre colère individuelle qui devient collective, on perd nos repères: qu’est-ce qui mérite vraiment notre indignation au juste? Ce n’est pas vrai qu’on doive grimper aux rideaux pour tout, et pas tout le temps, et certainement pas avec la même ferveur.
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C’est comme si on avait égaré notre faculté à discerner ce qui devrait vraiment faire l’objet de notre colère. En cas de doute, on met le feu et puis c’est tout. On gérera après.
Individualisme et anonymat
Je me demande comment ça se fait qu’on soit tous plongés dans ce sentiment d’être non respecté, lésé, méprisé, un sentiment qui appelle la colère. Est-ce la faute de la sphère politique qui instille un climat où la peur, l’animosité, l’agressivité peuvent occuper l’espace?
Est-ce la faute des réseaux sociaux et de leurs algorithmes malveillants? Ou alors, faut-il pointer du doigt l’individualisme, la course folle à la productivité, à l’anonymat ou cette impression qu’on peut tout dire, qu’on peut tout exprimer, qu’on a tous une opinion à distribuer? «Moi, j’ai le droit…»
Je n’ai pas de réponse.
Acte hostile
Chose certaine, la perte de confiance envers les gouvernements, les médias, les dirigeants d’entreprises, les ONG et les plus nantis, elle, est réelle: le baromètre de la firme Edelman l’a une fois de plus démontré cette année. On assiste à une crise de confiance encore plus accrue qu’en 2024.
Chiffre étonnant tiré de ce grand sondage international: quatre répondants sur dix considèrent qu’un acte hostile est légitime pour changer les choses. Autrement dit, attaquer quelqu’un en ligne, poser un geste violent, faire de la désinformation, endommager la propriété publique ou privée, c’est correct si on considère, selon notre schème de valeurs, que c’est fondé.
Chez les jeunes (18-34 ans), ce taux passe de 40 % à 67 %. On n’est pas sorti de l’auberge, pourrait-on dire…
Et ensuite?
Quel virage faudra-t-il faire, en tant que société, pour que ça aille mieux? Je tente une piste: s’il y avait plus de messages positifs, de messages d’espoir, de messages tournés vers le progrès et le bien-être collectif, peut-être y aurait-il plus de lumière, même juste un peu?
C’est ce que je nous souhaite, collectivement, pour cette deuxième moitié de 2025.
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