Crise commerciale, barrières interprovinciales, diversification des marchés, déficits monstres, machine administrative inefficace, dépenses hors de contrôle : le gouvernement fédéral ne manquera pas d’occupation dans les prochains mois. Après 10 années de gouvernement Trudeau, nous sommes en droit d’espérer que les nombreux ministres et secrétaires d’État fédéraux vont s’affairer à régler les enjeux dans les juridictions fédérales avant de se mêler des champs de compétences des provinces. Suis-je naïve de m’attendre à beaucoup mieux?
Le gouvernement fédéral n’a pas de leçons à donner aux provinces quant à la prestation de services à la population. Fiasco du système de paie Phénix, crise des passeports, scandale ArriveCan, ingérence étrangère, bordel complet à Immigration Canada, services ferroviaires indignes d’un pays développé…
Tout cela est de responsabilité fédérale.
Non seulement on n’a pas l’impression que le gouvernement s’est démené pour améliorer la performance gouvernementale, au contraire, il s’est lancé dans des projets coûteux en ressources financières et humaines, et ce, dans la cour des provinces. À titre d’exemple, nommons le programme de soins dentaires, programme de services de garde, conditions précises liées aux transferts en santé.
Les fiascos se poursuivent
Dernier cafouillage en lice: l’Agence du revenu du Canada a perdu le fil de nos plafonds de cotisation de CELI, tel que le révélait la journaliste économique Marie-Eve Fournier il y a quelques jours. Les informations des Canadiens ont disparu depuis un mois, et ce, sans que l’Agence n’ait communiqué quoi que ce soit de manière proactive. Surtout, ne rien dire… Ça pourrait forcer le gouvernement à agir!
J’allais oublier! Nous nous dirigeons également vers une deuxième grève en six mois chez Postes Canada. Après des années de déficits monstres, personne n’avait cru bon repenser le mandat et la structure de cette société d’État fédéral avant que nous soyons acculés au pied du mur, en année électorale.
Cette impression de désordre est d’autant plus inacceptable que les partis ne semblent jamais pressés de nous présenter des plans clairs pour y faire face. On nous sert encore et toujours des slogans…
Les libéraux nous proposent de rajouter des fonctionnaires pour gérer les enjeux et les conservateurs nous proposent des coupes paramétriques. (Je caricature à peine.)
Où est l’imputabilité?
Ce qui frappe quand on regarde ce portrait peu flatteur, c’est l’absence d’imputabilité. Les enjeux apparaissent dans les médias, les journalistes et les oppositions posent des questions, on leur répond par des slogans. 10 ans à entendre : «Nous allons continuer de travailler pour les Canadiens». Si vous vouliez travailler pour nous, vous auriez dû vous donner corps et âme pour régler les problèmes du gouvernement fédéral plutôt que de vous mêler des problèmes dans les provinces.
Je n’ai jamais travaillé à Ottawa. J’ai acquis mon expérience politique sur la colline parlementaire à Québec, mais la différence est frappante. Je peux vous dire que jamais un ministre québécois ne pourrait répondre : « Nous allons continuer de travailler pour les Québécois » lors d’une période de questions ou d’une conférence de presse. Un ou une ministre qui répète la même chose ad nauseam serait forcé d’élaborer sa pensée rapidement. Pourquoi acceptons-nous ça à Ottawa ? Peut-être que cela nous semble loin ?
Depuis vendredi, des informations contradictoires circulent concernant les contre-tarifs du Canada envers les États-Unis. La Gazette officielle à Ottawa indique que la majorité des contre-tarifs auraient été levés. Quelques heures plus tard, une publication du ministre des Finances, François-Philippe Champagne, en réponse à une publication de Pierre Poilievre, indiquait que cette information était fausse.
La Gazette mentait-elle? Allez-vous clarifier les choses? Est-ce que vos prédictions de revenus présentées dans votre cadre financier en campagne électorale tiennent toujours? Est-ce pour cette raison qu’il n’y a pas de budget ce printemps?
Je suis fascinée que des élus utilisent des slogans comme des paravents pour cacher des incuries politiques et administratives.
Ça va prendre plus que des tweets. Les gens ont droit à des explications claires et ce manque de transparence du gouvernement ne devrait faire l’objet d’aucune tolérance, surtout avec le nombre de défis auquel ce pays doit faire face en ce moment.

