Elle organise le party piscine, l’épluchette de blé d’inde en famille, elle achète le cadeau d’anniversaire de mariage des beaux-parents, elle organise et planifie les sorties, les activités, les soupers avec les couples d’amis… Bref, elle fait du mankeeping.
Connaissez-vous ce terme? Il est devenu viral ces dernières semaines sur les réseaux sociaux (sous le hashtag #mankeeping) après avoir été formellement identifié par une chercheuse américaine et repris par le New York Times.
Le mankeeping* est défini par la professeure Angelica Ferrara de l’Université Stanford comme le «travail social et émotionnel fait par les femmes» dans les couples hétérosexuels: ce sont elles, bien souvent, qui organisent, planifient, gèrent la vie sociale de leur partenaire.
En portant cette responsabilité, elles deviennent en quelque sorte les gardiennes des amitiés de leur chum. Elles incarnent non seulement le principal soutien psychologique et affectif de leur amoureux: elles s’affairent à s’assurer qu’ils aient un filet de sécurité autour d’eux.
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Vous voyez cela comme une «tendance»? Vous croyez que c’est exagéré?
Une question simple: si vous êtes un homme, à qui vous confiez-vous? Fort à parier que c’est à votre conjointe. Alors que la réponse sera bien différente chez une femme. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la chercheuse dans sa vaste étude.
Inégalité
Les femmes ont généralement un cercle proche. Elles entretiennent leurs amitiés. Dans sa recherche, l’experte démontre que les amitiés chez les hommes sont plus difficiles et plus rares — et donc que la charge tombe dans la cour des femmes.
Cela ajoute à la tâche. C’est essoufflant. Et cela contribue à l’inégalité entre les sexes.
Je vous le demande: pourquoi le sous-investissement de monsieur dans ses relations amicales deviendrait-il la charge supplémentaire (et invisible) de madame?
Et si vous pensez que les femmes «aiment» ce genre de tâches, détrompez-vous. Ce n’est pas inné ni biologique ; c’est plutôt culturel et surtout, c’est attendu.
La question des cadeaux
L’achat de cadeaux pour les différents événements familiaux semble particulièrement représentatif de l’enjeu entourant le mankeeping.
« Je ne me souviens pas qu’il ait acheté quelque chose de personnalisé pour sa mère, confie Annie, une Montréalaise de 50 ans qui a répondu à mon appel à tous sur les réseaux sociaux. Après 25 ans, je l’ai laissé. J’en avais assez de m’occuper de lui! »
Une autre m’écrit ceci : «Ma belle-mère m’a déjà reproché que je n’aie pas rappelé à mon chum les dates de fête de ses nièces.»
Une autre encore : «Je m’occupe de tous les cadeaux de fête et de Noël, sauf les miens. Et encore là, je dois faire des suggestions très claires!»
Ne vous demandez pas pourquoi les femmes, les mères, celles qui concilient travail et famille et tentent de tout tenir à bout de bras, sont exténuées. Le mankeeping ajoute un poids, une pression. Eh oui, ça peut devenir frustrant, ça peut faire déborder le vase déjà bien plein de la liste de tâches à faire et de la charge mentale.
Dans l’intimité
Je ne vous apprends rien en disant qu’en plus, le mankeeping ne nourrit pas la passion dans un couple. C’est plutôt un éteignoir à vrai dire. Materner son homme, ce n’est pas super sexy.
Un article du New York Post, publié en juin, abordait ce point. Le titre de l’article ? «Le mankeeping gâche les rencontres pour les femmes épuisées par la charge relationnelle : “Je ne suis pas ta thérapeute”». Et dans le magazine Vice, toujours en juin, on pouvait lire que «le mankeeping fait fuir les femmes des applications de rencontres».
Derrière le phénomène, il y a un enjeu plus vaste — et il est majeur : la solitude et l’isolement des hommes. Est-ce dû à l’érosion des espaces sociaux où ils tissent des liens comme le milieu de travail, les organismes, les associations?
Si en 1990, 3 % des hommes disaient ne pas avoir d’amis proches, ce chiffre a bondi à 15 % en 2021, selon l’étude de la professeure de Stanford. Aussi, en cas d’ennuis personnels, les hommes se tournent vers leurs amis dans une proportion de 20 % aujourd’hui comparativement à 50% en 1990.
Le mankeeping n’est pas une preuve d’amour, c’est le reflet d’un état. Et c’est un signal clair pour les hommes: ils doivent être proactifs et ils doivent s’investir dans leurs relations et leurs connexions.
Parce qu’à force de nager seules, les femmes, épuisées, abandonnent. Et c’est le couple qui risque de couler.
*Le terme mankeeping rappelle l’expression housekeeping, le fait d’entretenir sa maison. On pourrait traduire le mot comme la «gestion des hommes».
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