Société

Aéroport de Mirabel: 50 ans plus tard, une mémoire régionale toujours bien vivante

«Comprendre Mirabel, c’est poser la question du pourquoi, en essayant de prendre du recul et de considérer les points de vue de chacun.»

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Mirabel IJL Henri Prévost, président d’Histoire et Archives Laurentides, et Suzanne Laurin, géographe de Saint-Benoît, animaient la période de questions à la suite de la conférence sur les 50 ans de l’aéroport de Mirabel. (Christophe Godon/Initiative de journalisme local)

Au cœur des Laurentides comme dans la province tout entière, l’histoire de l’aéroport de Mirabel continue de résonner dans la mémoire collective. À l’occasion de son 50e anniversaire, une conférence tenue récemment a permis de revisiter cette page marquante du territoire, entre rappel historique et réflexion sur les enjeux actuels.

Par Christophe Godon, Initiative de journalisme local, Infos Mirabel

Devant un public attentif, la géographe Suzanne Laurin a proposé une lecture à la fois documentée et personnelle de cette saga. Elle-même issue d’une famille touchée par l’expropriation, elle a rappelé qu’avant même la construction de l’aéroport, une partie de la ferme familiale avait été réquisitionnée par Hydro-Québec pour l’implantation d’un poste électrique. Cette expérience aura été déterminante dans son parcours.

«Comprendre Mirabel, c’est poser la question du pourquoi, en essayant de prendre du recul et de considérer les points de vue de chacun», a-t-elle expliqué.

Au cœur de son intervention: l’ampleur exceptionnelle de l’expropriation liée à Mirabel, mais aussi la complexité des choix politiques et économiques qui l’ont accompagnée. «Les deux enjeux fondamentaux, c’est l’intégrité territoriale et l’occupation du territoire. Tout le reste vient se greffer à ça», a-t-elle résumé.

Loin de se limiter aux besoins immédiats de l’aéroport, la prise de contrôle d’un vaste territoire répondait également à une logique de réserve foncière, dont certaines portions ont par la suite été rétrocédées ou revendues. «Peu importe où elle se produit, l’expropriation demeure un geste violent, parce qu’elle s’attaque au droit de propriété», a rappelé la conférencière, soulignant les impacts durables sur les communautés.

La conférence a aussi permis de revenir sur les fondements du projet. «Dès le départ, la construction de l’aéroport reposait sur une décision politique, et non sur une analyse des besoins de l’industrie aérienne», a-t-elle affirmé, évoquant un décalage qui a marqué l’évolution du site.

Au fil de la présentation, les multiples dimensions de l’histoire de Mirabel ont été abordées : ambitions nationales, enjeux de planification, transformations économiques et reconversion progressive du site. Si le projet initial n’a pas atteint les objectifs envisagés, la zone aéroportuaire s’inscrit aujourd’hui dans une nouvelle dynamique, notamment dans les secteurs aéronautique et logistique.

Des échos jusque dans les débats actuels

La période d’échanges avec le public a également permis d’ajouter des perspectives. Un participant a notamment évoqué avoir consulté des plans initiaux de l’aéroport qui auraient inclus une zone destinée à des activités liées à la navette spatiale, illustrant l’ampleur des ambitions envisagées à l’époque.

La conférencière a par ailleurs insisté sur le rôle essentiel des archives et du travail des sociétés d’histoire. «Sans les fonds d’archives et les sociétés d’histoire, il aurait été impossible de faire cette recherche», a-t-elle souligné, rappelant l’importance de préserver ces traces pour mieux comprendre le passé.

Plus largement, les discussions ont fait ressortir une sensibilité toujours présente face aux grands projets d’aménagement du territoire. Dans le contexte actuel, notamment avec les réflexions entourant le développement d’un train à grande vitesse dans le corridor Québec–Ontario, certains citoyens expriment des préoccupations, souvent teintées par l’expérience passée ou transmise au sein des familles.

Sans remettre en cause ces projets, la conférence a mis en lumière l’importance d’un dialogue ouvert et d’une attention particulière aux impacts humains. Elle a aussi rappelé que la mémoire des événements passés peut contribuer à enrichir les réflexions actuelles.

À Mirabel comme ailleurs dans la région, la mémoire ne se limite pas à commémorer. Elle invite à comprendre, à transmettre et à accompagner les transformations du territoire avec lucidité.