L’incident de l’avion flydubai à destination de Tel-Aviv mercredi, où l’un des pilotes a agressé son collègue en plein vol, rappelle que le poste de pilotage est un endroit extrêmement sensible pour la sécurité aérienne.
Comment éviter qu’un pilote de ligne ne se transforme en kamikaze?
Que s’est-il passé?
L’incident a eu lieu sur un vol Dubaï–Tel-Aviv survolant le nord-ouest de l’Arabie saoudite. D’après les premiers éléments livrés par le gouvernement israélien, l’un des deux pilotes du Boeing 737 a subitement agressé son copilote.
«L’un des copilotes a poignardé, ou frappé avec une hache, l’autre pilote, un pilote indien», a affirmé sur la chaîne américaine CBS mercredi soir le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.
Une hachette se trouve obligatoirement dans chaque poste de pilotage, prévue pour les situations d’urgence où les pilotes doivent trancher quelque chose.
Quels que soient l’arme et le mode opératoire, l’agresseur a pu être maîtrisé, l’équipage a réussi à poser l’avion en urgence à l’aéroport saoudien de Tabuk, et le pilote attaqué, hospitalisé, est hors de danger.
Les Émirats arabes unis ont ouvert mercredi une enquête pour déterminer s’il y avait ou non «une intention terroriste». M. Netanyahou n’a pas de doute : pour lui, c’est «un autre crash de type 11— septembre» qui a été évité.

Comment les pilotes sont-ils contrôlés à l’aéroport?
En principe, les contrôles de sécurité qui permettent de vérifier que les passagers n’emportent rien qui puisse menacer la sécurité à bord d’un avion s’appliquent également à l’équipage. Les pilotes ne peuvent pas s’y soustraire.
En fonction de la taille de l’aéroport de départ, ils passent soit par les mêmes lieux de contrôle que les passagers, soit par des files dédiées. Cette étape doit permettre de repérer toute anomalie, si par exemple un pilote est inhabituellement nerveux ou en état d’ébriété. Les bagages destinés à la cabine de l’avion sont aussi passés aux rayons X, et les pilotes traversent des détecteurs de métaux.
Israël est une destination sensible en matière de sécurité aérienne depuis des détournements d’avion ou attentats dans les années 1970, ce qui entraîne une forte vigilance, à laquelle un aéroport aussi grand et renommé que celui de Dubaï est rodé.
Quelles sont les mesures pour empêcher l’accès au poste de pilotage?
Le 11 septembre 2001, des passagers de vols intérieurs américains avaient pris trop facilement le contrôle des commandes d’avions de ligne, pour des attentats coordonnés. Depuis, l’accès au cockpit a été rendu plus difficile, avec la possibilité pour les pilotes, s’ils sont avertis d’une menace venue de la cabine, de verrouiller la porte, toujours blindée.
Cette fois, la menace est cependant venue de l’intérieur du poste de pilotage, un cas rarissime. Le pilote agressé, l’Indien Smit Machchhar, a réussi, d’après les premiers témoignages, à maintenir l’accès au cockpit et à alerter ses collègues. Il a été salué comme un «héros» par le premier ministre indien Narendra Modi.
Comment les compagnies s’assurent-elles que leurs pilotes ne sont pas dangereux?
C’est le point le plus délicat, car il s’agit de détecter une menace qui peut n’avoir aucun signe avant-coureur évident.
L’affaire la plus emblématique est celle du crash d’un avion Germanwings dans les Alpes françaises en 2015, délibérément provoqué par un pilote. L’enquête avait montré que cet Allemand de 27 ans, sujet à la dépression, présentait des tendances suicidaires mal connues de son employeur.

L’accident, qui avait provoqué la mort de 150 personnes, avait sensibilisé les compagnies aériennes du monde entier à la nécessité d’un suivi étroit de la santé mentale des membres d’équipage. Cependant, elles communiquent peu quant à leur action sur ce sujet, pour diverses raisons, dont la confidentialité.
Dans le cas de flydubai, de nombreuses questions restent sans réponse à ce stade. Un journal indien en ligne, Firstpost, s’est par exemple interrogé sur les raisons pour lesquelles un pilote qui, d’après M. Netanyahou, est de nationalité omanaise, a pu être missionné sur un tel vol. Oman et Israël n’entretiennent plus de relations diplomatiques officiellement depuis 2000, ce qui impose des restrictions fortes aux ressortissants omanais voulant se rendre à Tel-Aviv.