Un constructeur automobile chinois a présenté six de ses modèles de véhicules électriques lors d’un cocktail VIP très médiatisé, organisé pour donner un avant-goût des voitures qui, espère-t-il, circuleront bientôt sur les routes canadiennes. Dongfeng Motor Corp vise à faire son entrée sur le marché canadien l’année prochaine, avec son mini-VUS Vigo et sa sous-compacte Nammi Box 01, dont les prix devraient tous deux être inférieurs à 35 000 $.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
L’événement, qui a rassemblé des centaines de personnes au Port de Montréal, visait à susciter l’engouement autour d’une marque automobile chinoise encore peu connue des automobilistes canadiens.
«Nous travaillons d’arrache-pied pour proposer des modèles que nous estimons abordables pour le marché canadien», explique Julie Mazorra Fernandez, directrice de North World Industry, qui se chargera de la distribution des véhicules Dongfeng au Canada.
«L’idée d’amener ces modèles ici est de recueillir les commentaires des Canadiens sur ce qu’ils pensent de ces autos, ce qui est très important.»
— Julie Mazorra Fernandez, directrice de North World Industry
Dongfeng, dont le siège social est situé à Wuhan, figure parmi les cinq plus grands constructeurs automobiles de la Chine. L’entreprise s’est lancée dans le secteur des véhicules électriques il y a 20 ans et fabrique des véhicules depuis plus de six décennies. Le constructeur chinois est présent dans plus de 100 pays et a vendu plus de 1,2 million d’autos et de VUS l’année dernière. Dongfeng s’emploie actuellement à faire homologuer ses véhicules en vue de leur vente au Canada, qui devient une destination de choix pour les constructeurs chinois.
«Les autos Dongfeng sont très populaires en Europe», soutient Fabio Moretti, président de North World Industry. «Elles connaissent une croissance très rapide sur le marché parce que la qualité est bonne et que le prix est avantageux. Quand les gens commencent à essayer le véhicule, ils s’exclament : “Ouah, c’est vraiment bien!”»

Le constructeur automobile chinois a déjà conclu des partenariats avec des constructeurs tels que Nissan et Stellantis, et indique qu’il envisage de produire au Canada et de nouer des liens commerciaux, ce qu’Ottawa encourage activement. Dongfeng précise qu’il pourrait s’implanter au Québec, où se trouve la plus grande proportion de conducteurs de véhicules électriques au Canada.
«Le Québec n’a pas de constructeur automobile», explique Mme Mazorra Fernandez. «Et c’est la première province à s’être ouverte à l’idée des véhicules électriques.»
Les ventes de véhicules électriques montent en flèche au Canada
De nouveaux chiffres de Statistique Canada montrent que les ventes de véhicules à zéro émission ont augmenté de près de 20 % en mai par rapport à mai 2025, ce qui représente 18 000 véhicules de plus sur les routes canadiennes cette année. Les ventes ont grimpé en flèche depuis que le gouvernement fédéral a rétabli en février les incitatifs à l’achat de certains véhicules électriques. La guerre en Iran, qui a fait grimper les prix de l’essence, a également attiré davantage de clients.
Le premier ministre Mark Carney et le président chinois Xi Jinping ont conclu une entente en janvier visant à réduire la taxe de 100 % imposée par le Canada sur les véhicules électriques, en échange de la suppression par la Chine des droits de douane sur les produits agricoles. Cette entente permet à 49 000 véhicules électriques chinois d’entrer au Canada cette année, assujettis à un tarif de 6,1 %.
La semaine dernière, Lotus – une entreprise détenue par le groupe chinois Geely – a annoncé l’expédition de ses premiers véhicules électriques Eletre vers le Canada dans le cadre de cet accord; d’autres véhicules devraient faire leur apparition dans les salles d’exposition des concessionnaires et dans les rues des villes au cours des prochains mois. C’était la première fois que des véhicules électriques de propriété chinoise et fabriqués en Chine étaient mis en vente au Canada.
D’autres véhicules électriques chinois pourraient bientôt faire leur apparition
Les entreprises chinoises BYD et Chery devraient également s’implanter au Canada sous peu; BYD a d’ailleurs déjà obtenu ce qu’on appelle l’«approbation de l’annexe G», un programme de préautorisation permettant aux constructeurs automobiles étrangers d’importer des véhicules neufs conformes aux normes canadiennes de sécurité des véhicules automobiles. BYD a testé les performances de ses véhicules sur les routes canadiennes dans les conditions climatiques difficiles du pays.

Leif Quraeshi et Gaëlle Everard, deux Montréalais, ont pu avoir un avant-goût de ce que c’est que de posséder une BYD. Ils vivent une partie de l’année au Mexique et y ont acheté une Shark, une hybride rechargeable disponible dans ce pays depuis mai 2024.
«Nous sommes vraiment impressionnés par la façon dont elle s’intègre parfaitement à notre vie», explique M. Quraeshi. «Il y a toujours un certain enthousiasme à l’idée d’adopter une nouvelle marque, quelque chose qui se démarque des grands constructeurs automobiles avec lesquels nous avons grandi. Alors, quand tous ces nouveaux modèles et ces nouvelles entreprises font leur apparition, l’attrait est très fort.»
Ils possèdent cette auto depuis un mois et demi maintenant et affirment que lorsqu’ils conduisent leur auto immatriculée au Mexique au Canada, elle attire beaucoup l’attention.
«C’est vraiment une curiosité, et on a un peu l’impression d’être des vedettes quand les gens nous arrêtent.»
— Leif Quraeshi
Des experts en renseignement et en cybersécurité ont mis en garde les propriétaires potentiels de voitures chinoises au Canada, soulignant que ces véhicules pourraient poser des problèmes de sécurité nationale et de protection de la vie privée, les comparant à des téléphones intelligents sur roues qui recueillent des données telles que les contacts du cellulaire, les données de conduite et les enregistrements des caméras embarquées.
«Pour nous, cela n’a jamais fait partie de nos préoccupations, car avec nos vies déjà si connectées, je pense que nous avons franchi le Rubicon sur ce point: ces données sont déjà là, et je ne crois pas que cela constitue une atteinte supplémentaire à la vie privée à laquelle nous ne sommes pas déjà exposés», dit M. Quraeshi.

Dongfeng vend déjà des véhicules électriques sur des marchés comme l’Espagne, où les lois sur la protection des données sont strictes, et entend se conformer à toutes les réglementations canadiennes.
Les chiffres d’Affaires mondiales indiquent que 6531 véhicules électriques fabriqués en Chine sont arrivés au Canada depuis le 1er mars. Bien que les détails concernant les modèles précis qui sont arrivés au pays ne soient pas disponibles, des modèles Tesla construits à la Gigafactory de Shanghai du constructeur américain entraient déjà au pays avant que le Canada n’impose des droits de douane de 100 % en 2024.
Ottawa a affirmé vouloir que la moitié des véhicules électriques chinois importés au Canada coûtent moins de 35 000 $ d’ici 2030. Mais parmi ceux importés jusqu’à présent, 2 430 sont des véhicules électriques vendus à moins de 35 000 $, tandis que les autres sont des voitures et des VUS dont le prix dépasse ce seuil. Il s’agit du prix au moment où le véhicule est embarqué sur les navires en Chine, sans compter les autres coûts comme le transport, l’assurance et les droits de douane. Ottawa a déclaré vouloir que la moitié des véhicules électriques chinois importés au Canada coûtent moins de 35 000 $ d’ici 2030.
Dongfeng adopte une approche progressive pour vendre ses autos aux Canadiens. Le cocktail VIP à Montréal s’inscrivait dans le cadre de la première phase, qui consiste à faire connaître la marque et à recueillir les commentaires du public.

