Un avion d’Air Canada parti de Montréal avec 76 personnes à bord a percuté un camion de pompiers lors de son atterrissage à l’aéroport LaGuardia de New York, tard dimanche, causant la mort du commandant et du premier officier, basés au Canada.
CTV News a appris qu’Antoine Forest était l’un des deux pilotes qui ont péri. MacKenzie Gunther, son copilote, est également décédé, a pu confirmer Noovo Info.

Noovo Info a appris que les deux autres membres de l’équipage étaient Solange Tremblay, cheffe de cabine, et François Grenier agent de bord.
Lors d’une conférence de presse tenue tôt lundi, la directrice générale de l’Administration portuaire, Kathryn Garcia, a indiqué que toutes les personnes qui se trouvaient dans l’avion – 72 passagers et les quatre membres d’équipage – avaient été retrouvées.
«Malheureusement, le décès des deux pilotes a été confirmé», a déclaré Mme Garcia devant les journalistes, précisant que le pilote et le premier officier étaient «établis au Canada». Le vol était parti de l’aéroport Montréal-Trudeau.
Quarante-et-une personnes ont été transportées à l’hôpital – 39 passagers et membres d’équipage, ainsi que deux travailleurs qui se trouvaient dans le camion de pompiers. Neuf personnes étaient toujours hospitalisées au moment du point de presse, dont certaines dans un état critique.
Une erreur humaine à l’origine de la tragédie?
Le président Donald Trump a laissé entendre qu’une erreur humaine était survenue avant le tragique accident.
Or, le National Transportation Safety Board (NTSB), l’organisation indépendante qui enquête sur tous les accidents impliquant des appareils aériens aux États-Unis, a indiqué lundi soir qu’il était trop tôt pour tirer des collisions, compte tenu du volume d’information à filtrer.
Jennifer Homendy, la présidente de du NTSB, a noté que de nombreuses équipes d’enquête ont été formées, incluant un groupe d’analyse de l’information sur la tour de contrôle.
«Nous avons beaucoup de données présentement, incluant de l’information sur le personnel de la tour de contrôle, [...] mais nous devons vérifier l’information» avant de conclure à quoi que ce soit, a dit Mme Homendy.
«Il y aura plus d’information à partager [mardi]», a ajouté Mme Homendy. D’ici là, la boîte noire a été récupérée, mais il faut aussi rechercher des preuves à travers le volume «incroyable» de débris sur la piste d’atterrissage.
«Il faudra des jours» pour refaire le fil des évènements, a précisé Mme Homendy, voire des semaines. «Mais je suis pas certaine», a-t-elle noté.
Un témoignage de l’intérieur
Peu avant minuit, alors qu’il atterrissait, l’avion percuté un camion de pompiers de l’Administration portuaire de New York-New Jersey qui traversait la piste pour intervenir sur un autre incident.
«Le pilote a freiné énormément» et «je pense qu’il nous a quand même un peu sauvé la vie», a indiqué Clément Lelièvre, un Français qui réside à New York et qui était sur le vol lors de l’accident, en soulignant les «réflexes» du pilote pour ralentir l’appareil avant la collision.
Alors que l’avion freinait, «le devant a collapsé, tout le front s’est détruit», a expliqué M. Lelièvre à La Presse Canadienne, en précisant que le vol s’était très bien passé jusqu’au moment où l’avion a touché le sol.
Les voyageurs étaient «tous un peu choqués par ce qui s’est passé, on a dû ouvrir les portes sur les ailes et aider les gens à sortir», a poursuivi M. Lelièvre, précisant que les passagers dans l’appareil se sont beaucoup entraidés.
Clément Lelièvre s’est blessé légèrement au genou et à la tête, comme plusieurs passagers de l’appareil de Jazz Aviation, un transporteur régional opérant sous le nom d’Air Canada Express.
La plupart se sont blessés «à la tête, parce qu’ils ont tous tapé le siège avant, donc ils avaient des saignements ou des commotions, ce genre de chose», a raconté Clément Lelièvre.
«On sait lorsqu’on est ministre des Transports qu’on est responsable que chaque employé du secteur des transports rentre dans la porte de sa résidence à tous les soirs, et, quand cela n’arrive pas, on cherche des réponses, a indiqué le ministre des Transports, Steven Mackinnon, lors de la période de questions à la Chambre des communes. J’ai parlé à mon homologue américain et les Canadiens sont aujourd’hui à LaGuardia pour aller au fond de cet accident.»
L’un des passagers, Christopher Pal, professeur à Polytehnique Montréal, «a perdu ses lunettes et s’est cogné le visage contre le siège devant lui», a expliqué sa femme, Sarah Dorner, décrivant ses blessures comme des contusions autour des yeux.
Mme Dorner, qui a rapporté ce que son conjoint lui a dit après l’accident, a expliqué que lorsque quelqu’un a réussi à ouvrir une porte de secours près de l’aile de l’avion, «il a pu grimper et glisser de l’aile pour s’échapper» de l’appareil.
«Certains passagers hésitaient, car tout le monde n’est pas en état de sauter d’une aile.»
Elle a ajouté que Christopher Pal encourageait ceux qui hésitaient à sauter à évacuer plus rapidement parce qu’il y avait une odeur de gaz dans l’air.
Sur des photos prises sur place, on pouvait voir l’avion de ligne au sol, entouré de véhicules de secours. Son nez cabossé était relevé vers le ciel. Le poste de pilotage était écrasé jusqu’à la première fenêtre des passagers.
À proximité, le camion de pompiers jaune fluo, fortement endommagé, était renversé sur le côté.
L’aéroport de LaGuardia a rouvert comme prévu lundi à 14h locales. «LaGuardia est désormais ouvert ; prévoyez des retards et/ou des annulations», a indiqué sur X l’aéroport, pour lequel il s’agit du premier accident mortel depuis 1992.
«J’ai fait une erreur»
Le camion de pompiers traversait la piste alors qu’il se dirigeait vers un avion de la compagnie United Airlines. Le pilote de ce dernier avait signalé une odeur étrange à bord au décollage.
Selon une analyse des enregistrements du contrôle aérien accessibles au public, réalisée par La Presse Canadienne, cette odeur a rendu malades certains membres du personnel de bord.
Les contrôleurs de LaGuardia ont déployé le camion de pompiers, en plus de mobiliser un camion à escaliers au cas où l’avion aurait dû évacuer ses passagers.
Dans les instants précédant l’accident avec l’avion d’Air Canada, un contrôleur aérien a autorisé un véhicule à traverser une partie du tarmac, puis a tenté de l’arrêter.
«Stop, Truck 1. Stop», peut-on entendre sur la transmission radio.
Le contrôleur a ensuite détourné frénétiquement les autres avions en approche. Après le drame, un membre du personnel a tenté de consoler l’un de ses collègues.
«Ce n’était pas beau à voir», dit l’un d’eux.
«Je sais. J’ai essayé de les contacter», répond la deuxième personne.
«On a dû gérer une urgence tout à l’heure» et «j’ai fait une erreur».
«Tu as fait de ton mieux», dit le premier.
Le président américain Donald Trump a qualifié la collision mortelle de «terrible».
S’exprimant sur le tarmac de l’aéroport international de Palm Beach, Donald Trump a laissé entendre que l’accident était dû à une erreur humaine.
«Terrible. Ils ont fait une erreur. C’est un métier dangereux. C’est terrible.»
Une question cruciale pour les enquêteurs sera d’examiner la coordination entre les équipes de contrôle de la circulation aérienne et celles de contrôle du trafic au sol à l’aéroport au moment de l’accident, a déclaré Mary Schiavo, ancienne inspectrice générale du Département des transports des États-Unis.
« Je ne sais pas combien de fois l’Administration fédérale de l’aviation (FAA) a besoin d’être mise au pied du mur, mais ce genre de situation perdure depuis des années et, malheureusement, certaines des catastrophes aériennes les plus terribles de l’histoire se produisent au sol, à l’aéroport», a-t-elle indiqué à l’Associated Press.
Ligne téléphonique d’urgence
Michael Rousseau, président et chef de la direction d’Air Canada, a indiqué, dans une vidéo enregistrée lundi après-midi, qu’il s’agissait «d’une journée très sombre» pour le transporteur.
«Je souhaite exprimer à toutes les personnes touchées notre profonde tristesse», a fait savoir M. Rousseau, en ajoutant «qu’il y a beaucoup de questions, mais à ce stade précoce, nous n’avons pas toutes les réponses».
«Nous collaborons avec les autorités pour confirmer le nombre de blessés et déterminer s’il y a d’autres décès», a ajouté Michael Rousseau en milieu d’après-midi.
Air Canada a mis en place une ligne téléphonique d’urgence pour les proches des passagers impliqués. Il s’agit du 1 800 961-7099.
Des équipes d’Air Canada et de Jazz Aviation doivent arriver sur les lieux de l’accident lundi.
Air Canada travaille en étroite collaboration avec les autorités et les organismes locaux «pour vous fournir les renseignements les plus précis et les plus récents», a assuré le transporteur sur son site web.
De son côté, Jazz Aviation s’est dite «profondément attristée par la perte de deux employés».
«Nous nous engageons à collaborer avec les autorités compétentes tout au long de l’enquête afin de déterminer ce qui s’est passé. Nous fournirons de plus amples renseignements aussitôt qu’ils auront été vérifiés», a souligné le président de l’entreprise, Doug Clarke, dans un communiqué.
Pour sa part, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a offert ses pensées aux familles, aux proches et aux collègues des victimes.
«Le Canada travaille étroitement avec les autorités américaines alors qu’elles enquêtent sur cet incident, et nous suivons la situation de près. La sécurité aérienne demeure notre priorité absolue», a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
Aéroport fortement fréquenté
Lors de sa conférence de presse, Mme Garcia ne s’est pas avancée davantage sur la chronologie des événements et a invité les journalistes à poser leurs questions sur les circonstances de la collision au Conseil national de la sécurité des transports des États-Unis, qui a ouvert une enquête.
L’avion a été identifié comme un CRJ-900. Il s’agit d’avions régionaux pouvant accueillir entre 50 et 100 passagers.
L’avion à fuselage étroit est équipé de deux moteurs montés à l’arrière du fuselage et d’une queue en forme de T, ce qui lui confère un profil caractéristique.
LaGuardia est l’un des trois principaux aéroports desservant la région de New York. Situé dans l’arrondissement du Queens, il se trouve au bord de la baie de Flushing, à l’est de Manhattan, et dispose de deux pistes principales qui se croisent.
Il est extrêmement fréquenté en raison de sa proximité avec Manhattan et accueille un trafic important, composé principalement de vols intérieurs.
LaGuardia était le 19e aéroport le plus fréquenté en 2024 parmi plus de 500 aéroports américains, avec plus de 16,7 millions de passagers, selon une base de données de l’Administration fédérale de l’aviation des États-Unis datant de 2025.
— Avec de l’information de Sabrina Rivet et la collaboration de Julien Denis et de Guillaume Théroux pour Noovo Info, ainsi que des informations de l’Associated Press et de l’AFP.
