MONTRÉAL — Bien que le nombre de conteneurs manutentionnés au Port de Montréal n’ait pas retrouvé les sommets d’avant la pandémie, le projet de port à Contrecœur, en Montérégie, est nécessaire pour répondre à la demande future, a plaidé la présidente-directrice générale de l’Administration portuaire de Montréal (APM), Julie Gascon, vendredi.
Il en faudrait de peu pour que le Port de Montréal dépasse sa capacité, a défendu Mme Gascon en mêlée de presse, vendredi, en marge de son discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
«Si seulement 6 % des exportations canadiennes prennent un autre chemin que les États-Unis, le port de Montréal devient plein», a-t-elle prévenu.
Le Canada tente de diversifier ses partenaires d’exportations. Dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis, le projet serait encore plus nécessaire, a fait valoir l’APM.
L’APM a présenté ses résultats préliminaires pour l’année 2025 aux gens d’affaires venus l’écouter. Le Port de Montréal a manutentionné 34,3 millions de tonnes de marchandises en 2025.
Si on exclut l’année 2021, période de perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale, ce volume est le plus bas en une décennie. L’année a été marquée par des sécheresses qui ont affecté le vrac solide et par les tensions commerciales.
Plus particulièrement, le secteur des conteneurs connaît une hausse de 3,6 % à 1,51 EVP (Équivalent Vingt Pieds). Ce chiffre est plus important dans le cadre du projet Contrecœur, prévu pour accueillir plus de conteneurs.
En 2019, l’APM concluait un cycle de croissance de six ans à 1,75 million de conteneurs EVP, selon le rapport annuel 2019.
L’achalandage du port ne justifie tout simplement pas la construction du projet de Contrecœur, a dénoncé la porte-parole de Vigie citoyenne Port de Contrecœur, Hélène Reeves, qui manifestait avec une vingtaine de personnes devant l’hôtel où avait lieu le discours.
«Le projet du port de Contrecœur est un projet non viable économiquement parce que le volume de conteneurs manipulés par le port n’est pas au rendez-vous», a-t-elle avancé.
Le chantier, qui est évalué à 2,3 milliards $, pourrait devenir «un fardeau financier pour les contribuables», selon une étude commandée par la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), publiée récemment.
Le rapport fait référence à des documents qui évoquaient la nécessité du projet de Contrecœur en 2017.
À cette époque, l'APM avait indiqué que «le trafic conteneurisé au Port de Montréal devrait presque doubler entre 2016 et 2030, passant de 1,45 million à 2,47 millions d’EVP» ) et qu’il fallait donc agrandir le port.
«Quand on regarde le trafic effectif, il y a un écart assez important entre ce qu'on a projeté comme croissance et la réalité», avait résumé l'un des auteurs de l'étude, Éric Pineault, professeur au département de sociologie à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM.
Lors de la publication du rapport, l’APM avait qualifié cette analyse «d’incomplète».
Mme Gascon persiste. Les volumes sont appelés à croître, a-t-elle répondu. «En 2026, une petite remontée tranquille, mais en 2027, ça va commencer à aller vite. Ce que j’ai peur, c’est que ça n’arrive pas assez vite.»
Pour elle, l’enjeu se situe au-delà des données les plus récentes. «La capacité de Contrecœur, je ne la bâtis pas pour demain. Je ne la bâtis pas pour l'année prochaine. Je la bâtis pour les 10, 15, 20, 30, 50, 100 prochaines années.»
L’impact du chantier de Contrecœur sur la faune et la flore préoccupe les opposants au projet.
«On détruit un environnement exceptionnel de berges dans le Saint-Laurent, a déploré Mme Reeves. C’était une plage naturelle magnifique qui était là. On aurait dû faire un parc fédéral parce que c'est situé à côté de la réserve faunique des îles de Contrecœur.»
Le chevalier cuivré, un poisson menacé, est devenu l’emblème du débat environnemental sur le projet portuaire.
On ne retrouve le chevalier cuivré nulle part ailleurs sur la planète que dans un tronçon restreint du fleuve Saint-Laurent et quelques affluents, comme la rivière Richelieu, où il se reproduit.
Mme Gascon a affirmé qu’elle prenait la préservation «de ce petit poisson qui est adorable» au sérieux. Elle affirme que l’APM a consacré 17 millions $ pour préserver l’espèce.
«On y tient à cette espèce-là, a-t-elle dit. On veut soutenir son succès.»
La destruction de son habitat lié au chantier serait minime par rapport à l’espace où vit le chevalier cuivré. «On va détruire environ un terrain de soccer et demi de son habitat d’alimentation», a-t-elle illustré.
- Avec des informations de Stéphane Blais
Stéphane Rolland, La Presse Canadienne

