Environnement

Le Port de Montréal obtient l’autorisation d’agrandir dans l’habitat du chevalier cuivré

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Paul Bird, vice-président du projet Contrecoeur, à gauche, et Julie Gascon, présidente de l'Administration portuaire de Montréal s'adressent aux journalistes sur le chantier d'agrandissement du port de Montréal à Contrecoeur, au Québec, le mardi 21 o... Paul Bird, vice-président du projet Contrecoeur, à gauche, et Julie Gascon, présidente de l'Administration portuaire de Montréal s'adressent aux journalistes sur le chantier d'agrandissement du port de Montréal à Contrecoeur, au Québec, le mardi 21 octobre 2025 (Stéphane Blais/La Presse canadienne)

Pêches et Océans Canada a émis une autorisation à l’Administration portuaire de Montréal (APM) pour lui permettre d’effectuer des travaux d’expansion dans l’habitat du chevalier cuivré, une espèce en voie de disparition. La Société pour la nature et les parcs entend contester cette décision en cour. 

Jeudi avant-midi, l’APM a annoncé avoir obtenu du ministère Pêches et Océans Canada (MPO) le permis «pour les travaux d’expansion des installations portuaires à Contrecœur et la poursuite de la construction du nouveau terminal à conteneurs».

L’expansion du port fait partie de la liste des projets d’infrastructure que le premier ministre fédéral Mark Carney espère voir approuvés et réalisés de façon accélérée dans le cadre de la Loi visant à bâtir le Canada.

L’APM compte augmenter la capacité annuelle du port de 60 % grâce à l’agrandissement de son terminal à Contrecœur.

Draguer le fond du fleuve

Ces travaux d’expansion impliquent de draguer le fond du fleuve Saint-Laurent dans l’aire de distribution du chevalier cuivré, une espèce menacée.

On ne retrouve le chevalier cuivré nulle part ailleurs sur la planète que dans un tronçon restreint du fleuve Saint-Laurent et quelques affluents, comme la rivière Richelieu, où il se reproduit.

Immédiatement après l’annonce d’APM jeudi, la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) a indiqué qu’elle entend contester en Cour fédérale le permis autorisant la destruction d’une partie de l’habitat essentiel du chevalier cuivré. 

«Le permis ne respecte pas, selon nous, l’esprit et la lettre de la loi sur les espèces en péril», a indiqué le directeur de la SNAP Québec, Alain Branchaud, en faisant référence plus précisément à l’article 73 de cette loi.

Cet article stipule qu’il n’existe que trois objectifs pour lesquels Ottawa peut accorder un tel permis: le projet doit avoir une vocation scientifique; l’activité doit «profiter à l’espèce» ou «améliorer ses chances de survie»; l’activité «ne touche l’espèce que de façon incidente».

Le projet d’expansion du port de Montréal à Contrecœur «aura des impacts dramatiques sur le rétablissement, voire même la survie du chevalier cuivré», a indiqué le biologiste Alain Branchaud.

L’agrandissement du port implique la destruction de certaines zones écologiques importantes pour l’espèce, comme de grands herbiers qui sont essentiels à son alimentation, mais aussi à toutes les étapes de son cycle de vie.

Au delà de la «destruction de l’habitat du chevalier cuivré, il faut aussi voir les impacts du projet dans son ensemble», car il y aura «plusieurs perturbations» qui mettront encore plus en danger cette espèce en péril, soutient Alain Branchaud.

Il avance, par exemple, que le «relargage de sédiments» pendant les travaux va libérer des contaminants qui affecteront «les composantes biophysiques de l’habitat essentiel, donc les plantes, mais aussi le chevalier cuivré».

Un plan de compensation

Pour compenser la perte d’habitat de cette espèce en voie de disparition, Pêches et Océans Canada a accepté le plan d’APM qui prévoit la plantation d’herbiers couvrant une superficie initiale de 3,29 hectares, à partir de l’été 2026, une superficie qui devrait quadrupler sur un horizon de 15 ans.

M. Branchaud qualifie de «peu élevées» les chances de réussite du plan.

De son côté, Julie Gascon, présidente-directrice générale de l’APM, a déclaré, dans un communiqué, que «les échanges constructifs avec les experts de Pêches et Océans Canada demeurent au cœur de l’évolution du projet et témoignent de notre engagement à poursuivre sa réalisation dans le respect des exigences environnementales, tout en s’appuyant sur un plan de compensation déjà amorcé».

Un projet nécessaire pour la diversification des marchés

L’APM souhaite utiliser le site de Contrecœur pour augmenter sa capacité de manutention de conteneurs. On estime que jusqu’à 1,5 million de conteneurs par année pourraient transiter par ce futur terminal et le site pourrait recevoir jusqu’à 1200 camions par jour.

Deux postes à quai, une aire de manutention de conteneurs, une cour ferroviaire intermodale, un portail d’accueil pour les camions et des installations de soutien doivent notamment être construits.

Dans le communiqué publié jeudi par APM, il est écrit que l’année 2026 marquera le début des travaux en eau et la poursuite des travaux d’aménagement du site et que la mise en service du nouveau terminal est prévue pour 2030.

Stéphane Blais

Stéphane Blais

Journaliste