Un total de 13 morts en 13 ans: c’est trop pour l’administration Martinez Ferrada. La Ville de Montréal a annoncé vendredi qu’elle amorce une «réflexion» pour renforcer la sécurité des citoyens sur l’avenue du Parc, axe routier nord-sud très achalandé.
C’est l’une des mesures du plan de mobilité sécuritaire annoncées par la mairesse, qui inclut notamment un élargissement du comité d’experts de Vision Zéro – la stratégie montréalaise qui vise l’élimination complète des décès et blessures graves sur la route d’ici 2040.
La Ville promet des travaux qui porteront sur des tronçons de l’avenue du Parc où des interventions peuvent être «réalisées rapidement» entre la rue Jean-Talon et l’avenue des Pins.
«Les Montréalaises et les Montréalais veulent des rues plus sécuritaires», a déclaré la mairesse Soraya Martinez Ferrada. «Ils veulent pouvoir marcher, pédaler, prendre le transport collectif ou conduire en toute confiance.»
Qui dit travaux et reconfiguration dit détours, congestion et, à terme, changement d’habitudes pour les automobilistes, qui doivent déjà composer avec les conséquences qu’occasionnent au quotidien la cinquantaine de chantiers routiers en cours sur le territoire montréalais cet été, selon le calcul de Mobilité Montréal.
«Notre responsabilité est d’écouter, de consulter et de prendre les décisions qui permettront à Montréal de mieux fonctionner pour tout le monde en respectant la grande diversité des besoins et des contextes sur l’île de Montréal», a commenté la mairesse.
«Une belle annonce» et des pistes de solutions
Or, si on s’en tient à la question de la sécurité des citoyens, l’amorce de réflexion est «une bonne nouvelle», du moins selon Piétons Québec et Vélo Québec.
Il faut savoir qu’au moins des dizaines des milliers de véhicules passent quotidiennement sur du Parc, où la limite de vitesse est généralement de 40 km/h. Avec cet achalandage élevé, les piétons et cyclistes sont très à risque.
L’intention de réduire ce risque semble réelle. «Ça fait depuis notre création, depuis 2015, qu’on demande des actions proactives sur les rues artérielles», a commenté la directrice générale de Piétons Québec, Sandrine Cabana-Degani, dans un entretien téléphonique avec Noovo Info. «Jusqu’à maintenant, on n’avait aucun mécanisme.»
«Depuis 20 ans, il n’y a pas grand-chose qui a été fait», a aussi dit le président-directeur général de Vélo Québec, Jean-François Rheault. «Le dernier grand mouvement datait de l’administration (du maire Gérald) Tremblay», quand avait été démoli l’échangeur autoroutier de l’avenue du Parc et de l’avenue des Pins.
«Aujourd’hui, c’est une belle annonce», a ajouté M. Rheault, qui s’attend à ce que son organisme soit consulté par la Ville dans les projets de reconfiguration qui doivent être entrepris, tout comme c’est le cas pour Piétons Québec.
Mme Cabana-Degani a d’ailleurs plusieurs pistes de solution en tête: condamner la voie centrale dont le sens de circulation alterne selon l’heure du jour et y aménager des îlot refuges, installer des saillies de trottoir sur les rues transversales pour forcer le ralentissement automobile, ériger des intersections surélevées...
«Il y a une panoplie de solutions qui pourraient être aménagées.»
— Sandrine Cabana-Degani, DG de Piétons Québec
Parmi les 13 décès survenus sur l’avenue du Parc depuis 2013, on compte 13 piétons et quatre cyclistes, selon les rapports du Bureau du coroner.
Au lendemain de la mort d’une cycliste après une collision avec un camion au nord de l’intersection avec la rue Bernard Ouest, en septembre 2025, des dizaines de cyclistes s’étaient rassemblés à Montréal pour un die-in symbolique afin d’attirer l’attention sur une route particulièrement dangereuse pour les cyclistes et les piétons.

L’administration de la prédécesseuse de Soraya Martinez Ferrada, Valérie Plante, avait déjà annoncé son intention de «faire passer l’avenue du Parc au 21e siècle» en matière de sécurité des usagers en septembre 2025, soit quelques semaines avant que le candidat de Projet Montréal à la mairie, Luc Rabouin, ne perde les élections municipales aux mains de Martinez Ferrada.
«Dans la campagne électorale, c’était un engagement, mais il n’y avait pas de projet concret», a rappelé Sandrine Cabana-Degani, de Piétons Québec. «On voit ça d’un très bon œil d’amorcer cette réflexion. [...] C’est sûr qu’on va collaborer. C’est intéressant de voir que l’intention est claire.»
Dans son annonce de vendredi, la Ville de Montréal a également parlé d’un réajustement du projet Berri, dans lequel «certaines intersections seront mises à l’étude pour en améliorer la sécurité, notamment dans le secteur Ontario/Berri», ainsi qu’une révision du Plan vélo, incluant une consultation publique qui devrait mener à la présentation d’un nouveau plan en 2027.
