Technologie

Le détournement de l’IA américaine est au «cœur» du développement des modèles chinois, selon les États-Unis

Pékin a réagi mercredi en appelant Washington à «s’abstenir de porter des accusations infondées et de diffamer la Chine».

Publié le 

ARCHIVES – Le site web d'Anthropic photographié à New York le 26 février 2026. Photo AP ARCHIVES – Le site web d'Anthropic photographié à New York le 26 février 2026. Photo AP (Patrick Sison)

Le détournement à grande échelle des modèles américains d’intelligence artificielle (IA) les plus avancés est au «cœur» de la stratégie de développement des grands modèles d’IA chinois, selon plusieurs agences du gouvernement Trump.

Anthropic, OpenAI, ainsi que le conseiller scientifique et technologique de Donald Trump, Michael Kratsios, ont déjà accusé de pillage plusieurs entreprises chinoises de l’IA depuis le début de l’année.

Mais le document publié conjointement mardi par l’Agence de sécurité informatique et des infrastructures (CISA), l’Agence de renseignement NSA et le FBI (police fédérale) est de loin le plus exhaustif et le plus détaillé à ce jour.

Sont cités tous les acteurs importants de l’IA chinoise, d’Alibaba à DeepSeek, en passant par Moonshot AI ou Z.ai. Pour éviter de se faire repérer, ces fleurons chinois passent par des plateformes intermédiaires, selon le rapport.

Sont visés par les pointures chinoises de l’IA les modèles d’OpenAI, Anthropic, xAI (Grok) et Google.

«L’échelle de ces campagnes et leur sophistication indiquent que la distillation n’est pas un complément dans le développement des modèles d’IA de ces sociétés, mais leur fondement», affirment les agences.

La «distillation» consiste à étudier en détail un modèle d’IA, en lui faisant générer un nombre très important de réponses et de données. Cette base est ensuite utilisée pour développer sa propre interface en imitant le comportement du modèle d’origine.

Pour le gouvernement américain, le secteur chinois de l’IA s’est lancé dans une stratégie de distillation massive «pour combler le retard de technologie et de performance entre ses modèles et l’IA de pointe américaine».

Les agences estiment que les autorités chinoises sont «vraisemblablement» informées de ces agissements.

Un modèle d’IA est trop dangereux pour être rendu public, selon ses développeurs Les dirigeants des banques canadiennes et les autorités de régulation se sont réunis le 10 avril dernier pour discuter des risques posés par Claude Mythos Preview, le nouveau modèle d’IA d’Anthropic, que l’entreprise juge si puissant qu’elle a décidé de ne pas le rendre public.

Pékin a réagi mercredi en appelant Washington à «s’abstenir de porter des accusations infondées et de diffamer la Chine».

«La Chine et les États-Unis sont tous les deux des pays majeurs dans le domaine de l’IA. Nous devrions renforcer notre coopération», a déclaré la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Mao Ning.

En juillet, après l’intervention publique de Michael Kratsios, le ministère chinois du Commerce avait déjà rejeté les allégations de distillation proférées à l’encontre des entreprises chinoises de l’IA.

Il avait également retourné l’accusation, reprochant aux sociétés américaines de piller les modèles chinois.

Le gouvernement américain a recommandé mardi aux grands noms américains de l’IA de prendre des mesures pour perturber ou empêcher la distillation de grande ampleur.

Il suggère notamment de donner des réponses tronquées à des requêtes dès qu’une tentative de distillation est repérée.

Autre piste, instaurer une collaboration entre grands laboratoires d’IA, prestataires d’informatique à distance («cloud») et agrégateurs d’accès aux modèles.