Suzuki et ses «chums» n’ont pas seulement résisté à la tempête. Ils l’ont contenue dans un verre d’eau.
Les quatre buts consécutifs marqués en guise de riposte ont prouvé que le Canadien ne répéterait pas l’erreur commise lors du premier match face aux Sabres en deuxième ronde. Qu’ils ne regarderaient pas ce premier match leur glisser entre les mains!
Caufield a nivelé les chances 27 secondes plus tard. Phillip Danault, Alexandre Texier et Ivan Demidov ont suivi.
En 11 min 32 secondes, Frederik Andersen qui n’avait jamais accordé plus de deux buts dans l’un ou l’autre de ses huit premiers matchs disputés en séries avait été déjoué quatre fois.
Rien de moins!
Quand Juraj Slafkovsky a redonné une avance de trois buts au Tricolore en troisième période (5-2), il a permis à son équipe de marquer autant de buts, en un match, que les Sénateurs et les Flyers en ont marqués aux dépens des Hurricanes en première et deuxième rondes.
Juraj Slafkovsky se moque d’Andrei Svechnikov et porte la marque à 5-2 avec un but spectaculaire.
Le but dans un filet désert qui a couronné cette soirée faste en offensive a donc éclipsé les totaux des « Sens » et des Flyers.
Impressionnant? Mettez-en!
Avec vitesse, avec équilibre, avec conviction, le Canadien a profité de l’agressivité bien mal contenue des Hurricanes qui se sont compromis une, cinq, dix fois en zone neutre pour tenter de neutraliser le Canadien. L’ennui pour les « Canes » c’est qu’ils ont ouvert toute grande leur zone défensive ce qui a permis au Canadien de s’y aventurer sans crainte. De s’y amuser.
Pas rouillés, neutralisés!
Aussi impressionnant soit le nombre de buts marqués par le Canadien aux dépens d’une aussi bonne équipe défensive que les Canes, contre un gardien qui affichait des statistiques intimidantes – 8 victoires, aucun revers, 1,12 but alloué par match, 95 % d’efficacité – c’est la qualité du jeu défensif du Canadien qui représente le principal fait saillant de cette première partie de la finale de l’Est.
Jakub Dobes a bloqué 24 des 26 tirs des Canes. C’est très bien. Mais Dobes, pour une rare fois depuis le début des séries, n’a pas eu à multiplier les gros arrêts et d’y aller de quelques petits miracles pour faire gagner le Canadien.
Ses coéquipiers ont excellé en défensive devant lui.
Et non! La « rouille » ne peut servir d’excuse de la part des Hurricanes. Ce serait bien trop facile. Surtout après le début de rencontre aussi explosif qu’ils ont connu. Sans oublier les très bonnes séquences qu’ils ont générées en période médiane. Des séquences au cours desquelles la Caroline a emboîté le Canadien dans son territoire.
Si la tempête des Canes a été contenue dans un verre d’eau, c’est d’abord et avant tout en raison de la qualité du jeu défensif de leurs adversaires. De fait, le Canadien a bien davantage enrayé la machine des «Canes» que la machine des «Canes» était rouillée. Où qu’elle manquait d’huile!
Lane Hutson n’a pas récolté de point. Mais ne vous laissez pas berner par cette statistique. Il a été impérial dans ce match. L’un de ses meilleurs des séries. Il a orchestré de belles poussées offensives. Comme toujours. Mais il s’est imposé de plusieurs façons dans son territoire. Il a gagné des batailles pour des rondelles. Il a contenu, le long de la bande, des adversaires plus gros et plus forts que lui prouvant que la qualité première d’un jeu physique est de séparer l’adversaire de la rondelle et pas seulement de le « visser » dans la bande.
Mieux encore, Hutson a bloqué cinq tirs. Il a été le meilleur du Canadien a ce chapitre alors que globalement le Tricolore a bloqué 30 des 82 tirs décochés par les Canes.
Mike Matheson et Noah Dobson, réunis sur une base régulière pour la première fois depuis le retour au jeu du défenseur droitier, ont donné du hockey de grande qualité au Canadien.
Et que dire que Kaiden Guhle et Alexandre Carrier? Ils nous ont ramenés aux performances sensationnelles multipliées par ce duo après l’acquisition du défenseur québécois il y a deux ans. Carrier joue son meilleur hockey depuis que Kent Hughes l’a acquis des Predators de Nashville.
Danault et le premier trio
Les défenseurs ont obtenu de l’aide. Beaucoup d’aide! De l’aide qui est venue de l’avant.
Le premier trio a fait du bruit à l’attaque. Suzuki (3 passes), Caufield (1 but, 1 passe), Slafkovsky (2 buts, 1 passe) ont récolté huit points... à forces égales. Ils ont terminé avec un différentiel de +7. Un différentiel qui confirme qu’ils ont été aussi efficaces en défensive qu’à l’attaque. Suzuki surtout, comme toujours... ou presque.
Et si Slafkovsky a scellé l’issue du match dans un filet désert, c’est justement parce qu’il s’est grandement amélioré en défense. Il est maintenant envoyé dans la mêlée parce qu’il a convaincu Martin St-Louis qu’il peut couper des passes, bloquer des tirs, compliquer la vie de l’adversaire à un tel point qu’il peut être récompensé par un but «facile» qui couronne du travail loin d’être facile à effectuer.
Parce qu’on garde souvent le meilleur pour la fin, je termine avec quelques mots sur Phillip Danault. Non! Avec des éloges à l’endroit de Phillip Danault qui utilise son intelligence, son sens du jeu, sa vision pour faire contrepoids à une baisse de vitesse normale associée au poids des années.
«Tu n’as pas besoin d’être rapide quand tu es toujours bien placé, quand tu sais où aller», que le collègue et ami Denis Gauthier m’a souligné avant le premier match de la finale. Je m’inquiétais des ennuis potentiels que pourrait connaître Danault contre des adversaires aussi rapides et incisifs que ceux des Hurricanes.
Quand Danault a marqué au terme de son échappée, quand Danault a gagné des mises en jeu importantes en zone offensive et en zone défensive, quand il a fait une passe savante à Alexandre Texier qui a marqué le troisième but du Canadien, quand il a éteint des poussées de l’ennemi, Denis s’est contenté de sourire au lieu de me rappeler ses observations d’avant-match.
