Travail

Punis pour un barbecue: un syndicat d’employés de Cascades dénonce des «représailles injustifiées»

Trois représentants syndicaux affirment avoir été sanctionnés pour avoir tenu un évènement le 30 juin dernier devant l’usine Cascades à Témiscouata-sur-le-Lac.

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Activité «BBQ» tenue le 30 juin 2026 par le Syndicat des travailleuses et travailleurs de Cascades Cabano–CSN.
BBQ du syndicat de Cascades Cabano Une activité barbecue a été tenue le 30 juin 2026 par le Syndicat des travailleuses et travailleurs de Cascades Cabano–CSN. (Facebook | Conseil central du Bas-Saint-Laurent CSN)

Des représentants syndicaux affiliés à la CSN affirment être pris à partie par la direction de l’usine Cascades située dans le secteur de Cabano à Témiscouata-sur-le-Lac, dans le Bas-Saint-Laurent, et subir des représailles injustifiées.

«On sait que l’employeur ne digère pas encore qu’on ait voulu se syndiquer», a partagé à Noovo Info Pierre-Luc Pelletier, président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs de Cascades Cabano–CSN.

Trois représentants syndicaux, dont M. Pelletier, affirment avoir récemment été sanctionnés pour avoir tenu un «barbecue de solidarité» le 30 juin dernier devant l’usine Cascades.

«C’est notre droit de faire une activité syndicale pour échanger avec les membres et parler des négociations», a soutenu le représentant syndical.

Activité «BBQ» tenue le 30 juin 2026 par le Syndicat des travailleuses et travailleurs de Cascades Cabano–CSN.
BBQ du syndicat de Cascades Cabano Activité «BBQ» tenue le 30 juin 2026 par le Syndicat des travailleuses et travailleurs de Cascades Cabano–CSN. (Facebook | Conseil central du Bas-Saint-Laurent CSN)

Selon Pierre-Luc Pelletier, le syndicat aurait fait fi d’une demande de la direction de reporter l’événement en raison de la présence d’un nouveau vice-président de Cascades à l’usine ce jour-là. «C’était dans une ambiance cordiale, on discutait, il n’y avait pas de provocation là, vraiment.»

Les trois officiers du syndicat – le président, le vice-président et le secrétaire-trésorier – ont reçu un avis disciplinaire. «J’ai eu trois journées “off” sans solde.»

—  Pierre-Luc Pelletier, président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs de Cascades Cabano–CSN

Mesures disciplinaires «disproportionnées»

Le président de la Fédération de l’industrie manufacturière (CSN), Kevin Gagnon, a confié à Noovo Info que les syndicats organisent «régulièrement» des activités avec leur membres, que ce soit pour «renforcer l’esprit d’équipe» ou «favoriser la mobilisation».

«Les mesures disciplinaires prises à la suite du barbecue tenu chez Cascades Cabano sont disproportionnées et témoignent du climat de travail difficile qui prévaut depuis la syndicalisation des employé-es», a-t-il écrit.

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Interrogé par Noovo Info, Me Marc Boudreau, avocat spécialiste dans le droit du travail, a indiqué que dans l’ordre des choses, si les gens qui ont organisé le barbecue l’ont fait dans le cadre de leurs fonctions de représentants syndicaux, l’employeur n’aurait pas dû imposer des mesures disciplinaires aux individus, mais aurait dû agir contre le syndicat.

«En réalité, même s’ils avaient été désagréables, même s’ils avaient posé des gestes de représailles, même s’ils avaient décidé de faire le pique-nique sur le balcon du bureau de l’employeur, on ne devrait pas imposer des mesures disciplinaires contre les employés, mais plutôt agir en réclamation contre le syndicat, notamment par des procédures judiciaires», a-t-il expliqué.

«Aucun commentaire»

La direction de Cascades ne fera aucun commentaire concernant les demandes du Syndicat des travailleuses et des travailleurs de Cascades Cabano–CSN ou leurs allégations de représailles «injustifiées», a fait savoir jeudi après-midi par téléphone à Noovo Info François David, vice-président Communications, Affaires publiques et Développement durable chez Cascades.

M. David a précisé que la direction de Cascades et le syndicat s’étaient entendus pour mettre de l’avant le processus d’arbitrage afin d’établir la première convention collective des travailleurs syndiqués, et que deux jours de réunion étaient prévus les 10 et 11 septembre prochains. «Tout le monde va être à la table des négociations ces deux journées-là pour s’entendre.»

La syndicalisation, un long chemin

La syndicalisation à l’usine Cascades de Cabano est relativement récente, puisqu’elle s’est concrétisée en juillet 2024 avec la CSN.

Au départ, Cascades s’est opposée à la démarche. Pour ce faire, l’entreprise a notamment contesté le libellé de l’unité d’accréditation. Le Tribunal administratif du travail a finalement rejeté cette demande.

«On s’est syndiqués pour les bonnes raisons, soit afin d’établir une ligne directrice pour qu’il n’y ait plus de zones grises entre la direction et les employés», a tenu à préciser Pierre-Luc Pelletier.

Si les quelques 80 travailleurs de Cascades à Cabano sont syndiqués depuis deux ans, ils n’ont toujours pas signé leur première convention collective. «Deux ans, ce n’est pas déraisonnable, mais ça démontre que les parties ne s’entendent pas», a souligné Me Marc Boudreau.

Le syndicat affirme par ailleurs avoir eu «de bonnes discussions» à la table de négociation. «Une grande partie du travail est faite, mais les pourparlers ont bloqué lorsqu’il a été question d’augmentation de salaire», a raconté le président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs de Cascades Cabano–CSN.

Selon M. Pelletier, Cascades offrait des baisses de salaire de deux dollars de l’heure pour certains postes. «Dans le contexte économique actuel, c’est inconcevable.»

Les demandes salariales initiales du syndicat étaient une augmentation de 5% par année, avec un réajustement de 10%. Le syndicat a ensuite revu sa demande à la baisse, proposant une hausse annuelle de 3,5%.

Jugeant les négociations dans une impasse, le syndicat a demandé l’intervention d’un arbitre. «L’arbitrage était prévu pour le 10 juin dernier, mais la direction a demandé un report en septembre pour étudier l’offre à la baisse, ce qui a été accepté», a précisé Pierre-Luc Pelletier.

Outre le salaire, un autre point est en litige. «Nous avons le dimanche à temps double à l’usine. L’employeur veut l’enlever pour du temps et demi», a expliqué le président syndical. «C’est un acquis que nous avons depuis de nombreuses années et c’est inconcevable qu’on perde cet acquis.»

Une décision du TAT défavorable à Cascades

Le processus de syndicalisation à l’usine Cascades de Cabano semble ne pas avoir été le seul à être difficile. La CSN a également fait son entrée chez Cascades Inopak à Drummondville en 2023, non sans heurts.

En juillet 2023, le Tribunal administratif du travail (TAT) concluait que Cascades avait entravé la campagne de syndicalisation de la CSN.

L’entreprise aurait notamment envoyé deux lettres à ses employés non syndiqués pour interdire toute sollicitation, en plus d’intimider et d’entraver le travail des personnes favorables au syndicat.

Cascades avait contesté cette décision en Cour supérieure du Québec, où elle a finalement été déboutée.

Chez Cascades, la CSN représente également le Syndicat des employés de Cascades Emballage Carton Caisse - Viau, le Syndicat des employés de bureau de Papiers Lachute, ainsi que le Syndicat national des employés du papier de Candiac.