Société

Veillée à Ottawa pour les femmes autochtones disparues et assassinées

Cette année marque le septième anniversaire du lancement de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

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Des femmes participent à la Journée de la robe rouge, à Ottawa, le 5 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Spencer Colby Des femmes participent à la Journée de la robe rouge, à Ottawa, le 5 mai 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Spencer Colby)

OTTAWA — Bridget Tolley a confié que l'idée de se rendre sur la colline du Parlement mardi matin l'avait profondément marquée.

«J'ai pleuré ce matin, parce que je ne voulais pas être ici. Je ne veux pas être ici, mais je dois y être. Non seulement pour ma mère, mais pour toutes nos sœurs», a-t-elle déclaré.

Mme Tolley est la fondatrice de Families of Sisters in Spirit, un groupe qui œuvre à sensibiliser le public au sort des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées.

Sa mère, Gladys Tolley, a été tuée en 2001 lorsqu’elle a été percutée par un véhicule de la Sûreté du Québec alors qu’elle traversait une autoroute dans sa communauté natale de Kitigan Zibi.

La famille a finalement obtenu des excuses de la police et du gouvernement du Québec en 2022 pour la façon dont l'enquête a été menée. Kayden, le neveu de 16 ans de Mme Tolley, a parlé de son arrière-grand-mère qu’il n’a jamais connue.

«Je porte en moi sa force, son histoire, et nous avons la responsabilité de nous souvenir», a-t-il affirmé.

Il a appelé les personnes présentes à «s’exprimer, à s’informer et à défendre ce qui est juste».

Quelques dizaines de personnes vêtues de chemises et de robes rouge vif se détachaient sur fond de ciel gris mardi après-midi, sur la colline du Parlement. Elles s’étaient rassemblées pour une veillée à l’occasion de la Journée de la robe rouge, en hommage aux femmes et aux filles autochtones disparues et assassinées.

Le chef de Kitigan Zibi, Jean Guy Whiteduck, dont la communauté a été bouleversée par un meurtre suivi d'un suicide en février — un homme ayant, selon la police, tué ses deux enfants avant de se donner la mort —, a plaidé pour un renforcement des mesures de prévention de la violence.

«Je suis convaincu que nous avons tous un rôle à jouer — en tant qu'individus, dirigeants, chefs communautaires et représentants du gouvernement — pour éradiquer la violence dans notre société et faire en sorte que justice soit rendue», a-t-il affirmé.

Cette année marque le septième anniversaire du lancement de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, et le cinquième anniversaire de la publication du plan d’action national et de ses 231 appels à l’action.

L'enquête a révélé que les femmes autochtones sont 12 fois plus susceptibles que les femmes allochtones de disparaître ou d'être assassinées.

«Nous nous sommes battues avec acharnement pour obtenir cette enquête. Nous voulions que les histoires des familles soient racontées», a déclaré Melanie Omeniho, présidente du groupe métis national Les Femmes Michif Otipemisiwak.

«Où sont ces histoires aujourd’hui? Elles ont disparu. C’est comme si elles s’étaient évaporées dans les airs, et ce n’était pas du tout le but recherché.»

Les Chefs de l’Ontario ont souligné que la journée de sensibilisation et d’action de cette année était marquée par une «préoccupation urgente», un financement fédéral essentiel étant sur le point d’expirer «sans préavis ni confirmation de renouvellement».

Le groupe a déclaré dans un communiqué de presse que la crise des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées se poursuivait.

«La décision de laisser ce financement prendre fin, alors que cette crise perdure, est inacceptable», a soutenu le chef régional de l’Ontario, Abram Benedict, dans un communiqué.

Des groupes activistes, dont le National Family and Survivors Circle, l’Association des femmes autochtones du Canada, Les Femmes Michif Otipemisiwak et Giganawenimaanaanig, ont tenu une conférence de presse le mois dernier pour réclamer d'Ottawa un financement stable et à long terme.

Ces groupes ont affirmé que les accords de financement fédéraux fragmentés entravaient leur travail de soutien aux femmes autochtones.

Divers financements

Un porte-parole de la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Rebecca Alty, a indiqué que certains groupes négocient toujours avec le gouvernement fédéral pour obtenir un financement continu et que les décisions concernant l'arrêt du financement n'ont pas encore été finalisées.

Dans un communiqué publié mardi, le premier ministre Mark Carney a annoncé un financement partiel, dont 2,6 millions $ sur trois ans pour le Cercle national des familles et des survivants, afin de lui permettre de poursuivre son travail de mise en œuvre des appels à l'action.

Le gouvernement fédéral a également annoncé l'allocation de 300 000 $ à un projet pilote d'alerte «Robe rouge», visant à informer le public lorsqu'une femme, une fille ou une personne autochtone 2ELGBTQI+ est portée disparue. Le projet pilote est lancé au Manitoba et le financement est accordé à Giganawenimaanaanig.

Mme Tolley s'est dite frustrée que les organismes qui reçoivent ce financement fédéral ne soutiennent pas toujours les familles comme la sienne.

«Cela fait 20 ans que nous sommes là, à défendre la cause des femmes autochtones disparues et assassinées, et nous sommes toujours là 20 ans plus tard», a-t-elle observé.

Durant cette période, a-t-elle ajouté, «j'ai vu beaucoup de gens arriver et partir, y compris des premiers ministres et des ministres».

M. Carney et Mme Alty, accompagnés de la ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, de la ministre des Affaires du Nord et de l'Arctique, Rebecca Chartrand, et de la ministre des Femmes et de l'Égalité des genres, Rechie Valdez, ont assisté mardi matin à une cérémonie privée sur la colline du Parlement pour souligner la Journée de la robe rouge.

L'artiste métisse Jaime Black a inspiré l'utilisation de robes rouges pour représenter les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées lors d'une exposition en 2010.

Mme Black a exposé plus de 100 robes rouges sur le campus de l'Université de Winnipeg afin de sensibiliser le public à cette question.

Mercedes Côté, représentante jeunesse du Conseil tribal de la Nation algonquine anichinabée, a expliqué que les robes vides représentent «les femmes et les filles qui devraient encore être parmi nous».

«Pendant bien trop longtemps, nos voix ont été ignorées, nos histoires rejetées et notre sécurité négligée. C'est la vérité à laquelle nous devons faire face et c'est la vérité qui nous appelle tous à agir», a-t-elle affirmé.

— Avec des informations d'Alessia Passafiume

Sarah Ritchie, La Presse Canadienne

Sarah Ritchie

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Journaliste