Une salle de sport du Plateau à Montréal a définitivement exclu un membre qui, selon elle, portait un t-shirt arborant une propagande nazie, après avoir initialement annoncé publiquement qu’elle avait seulement demandé à cet homme de ne pas porter de tels symboles dans ses locaux.
C’est ce que Brandon, qui a signalé l’incident et qui a eu une confrontation tendue avec l’homme en question, avait demandé depuis le début.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Le dénouement d’aujourd’hui est idéal, mais le processus que j’ai dû suivre pour y parvenir ne l’est pas», a dit celui qui aa demandé à ce que seul son prénom soit utilisé par crainte de représailles pour s’être exprimé, lors d’une entrevue.
La controverse a éclaté après qu’il a confronté l’homme qui portait le t-shirt, puis écrit dans un message sur Reddit à quel point il était déçu de la manière dont la salle de sport avait géré la situation. Il a affirmé qu’il y avait un Totenkopf au-dessus de la phrase Never Lose Your Smile (Ne perdez jamais le sourire) — un code néonazi — au dos du t-shirt de l’homme lors d’une séance d’entraînement le 19 janvier.

Lorsqu’il a interpellé l’homme, il lui a demandé s’il était nazi, ce à quoi l’homme aurait répondu: «Oui. Qu’est-ce que tu vas faire?»
Dans un courriel envoyé jeudi et obtenu par CTV News, le Gym du Plateau a informé Brandon qu’il avait engagé un «consultant externe» pour enquêter sur l’incident survenu dans la salle de sport située sur l’avenue Mont-Royal.
Le courriel décrit les mesures prises par la salle de sport pour régler le problème, notamment l’examen des images des caméras de surveillance à l’intérieur de la salle et la prise de contact avec le membre qui portait le t-shirt. Mercredi, le consultant «a rendu ses conclusions, confirmant que le membre faisant l’objet de votre plainte portait effectivement un t-shirt faisant référence à un symbole nazi. En conséquence, nous avons décidé de rendre sa suspension permanente et nous avons résilié son abonnement».
«Nous sommes vraiment désolés pour cette situation troublante. La politique de la salle de sport à ce sujet est claire: nous n’acceptons aucune forme de discours haineux», peut-on lire dans une partie du courriel, qui présente également des excuses pour les problèmes techniques qui ont entraîné des «retards» dans la réception des courriels au cours des derniers jours.
Le courriel a été envoyé quelques minutes après la visite d’une équipe de CTV News à la salle de sport jeudi matin afin de s’entretenir avec le propriétaire, qui était absent. Personne d’autre n’était disponible pour une entrevue lors de la visite.
Ce courriel fait suite à la réaction de Brandon et d’autres personnes sur les réseaux sociaux, qui ont accusé la salle de sport d’adopter une position trop laxiste envers l’affichage public d’un symbole haineux qui, selon eux, ne devrait pas être toléré.
«Il m’a fallu publier un message sur Reddit qui a recueilli [2 500 votes positifs] et a été vu 700 000 fois pour que cette salle de sport se sente obligée de faire quelque chose.»
— Brandon à CTV News
«Je pense que les entreprises doivent être proactives dans ce domaine. Si vous voulez montrer que vous n’êtes pas un lieu où la haine est acceptée, vous devez la tuer dans l’œuf. Vous ne pouvez pas la laisser se développer», a ajouté Brandon en entrevue.
La communication de la salle de sport autour de cette controverse a été confuse: dans son message Facebook publié mardi, le Gym du Plateau avait affirmé que le membre qui portait le t-shirt s’était vu immédiatement demander de ne pas porter de symboles nazis, tandis que le courriel indique que l’homme a en fait été suspendu le lendemain de la confrontation.
Une recrudescence des attaques antisémites
Cette affaire fait suite à une recrudescence des attaques antisémites à Montréal au cours des dernières années, notamment des agressions physiques, des fusillades et des incendies criminels contre des institutions juives.
Selon le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), l’affichage public de symboles nazis est à l’origine de la recrudescence des incidents antisémites au Québec.
«Cela nous rappelle que personne ne veut que la haine s’enracine au Québec et sape le tissu social de notre société. Afficher des slogans à connotation néonazie est totalement contraire aux valeurs du Québec. Cela n’a pas sa place dans notre société», a écrit Eta Yudin, vice-présidente principale du CIJA pour le Québec, dans un courriel.
Dans une entrevue accordée mercredi, le directeur du Réseau canadien anti-haine a déclaré que l’affaire de Montréal n’était pas surprenante compte tenu de la montée du mouvement néonazi et suprémaciste blanc.
Evan Balgord a soutenu que ce mouvement «est le plus important de l’histoire de ce pays» et que les personnes qui y sont associées se sentent «plus enhardies et l’affichent davantage en public».
«Nous avons tous une sorte de responsabilité communautaire pour veiller à ce que ce genre d’actions ait des conséquences», a-t-il ajouté.

