Société

Réseaux sociaux: quels sont vos droits à la frontière américaine?

«Si vous refusez une fouille, vous devez donc vous attendre à ce que l’entrée vous soit refusée.»

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Des véhicules s'approchent du poste frontalier américain, vu depuis Saint-Bernard-de-Lacolle, au Québec, le jeudi 10 avril 2025. Des véhicules s'approchent du poste frontalier américain, vu depuis Saint-Bernard-de-Lacolle, au Québec, le jeudi 10 avril 2025. (Graham Hughes/The Canadian Press)

La nouvelle selon laquelle certains voyageurs se rendant aux États-Unis pourraient bientôt être appelés à partager des renseignements personnels, comme leurs comptes de médias sociaux et leurs courriels, laisse de nombreux Canadiens inquiets quant à ce qui pourrait se passer à la frontière.

Un avis publié mercredi dans le registre fédéral américain indique que le service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis recommande de collecter cinq ans d’informations sur les réseaux sociaux des voyageurs provenant de certains pays qui n’ont pas besoin de visa pour se rendre aux États-Unis. Il s’agit de la dernière mesure prise par l’administration Trump en matière de surveillance des voyageurs internationaux et des immigrants.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Mais selon un expert en immigration, cette mesure s’inscrit dans une tendance qui existe depuis des décennies.

Le nombre de Canadiens en voyage aux États-Unis a chuté en 2025 Les voyages aller-retour des résidents canadiens en provenance des États-Unis ont diminué de près de 30% d'une année sur l'autre en août, selon les nouvelles données de Statistique Canada. Les nouvelles conditions imposées à la frontière américaine contribuent à renforcer le sentiment d'incertitude des Canadiens, qui décident de retarder leur voyage ou de l'annuler.

Comment le Canada est-il affecté?

Me Benjamin Green est associé principal chez Green and Spiegel LLP, un cabinet d’avocats basé à Toronto et spécialisé dans les services d’immigration.

Il précise que l’avis indique que l’historique des réseaux sociaux fera l’objet d’une recherche explicite pour les personnes qui ont besoin d’un visa pour entrer aux États-Unis. Les Canadiens sont exemptés de visa.

Cependant, les agents frontaliers américains peuvent demander à consulter le contenu des cellulaires. Ainsi, même si les Canadiens ne sont pas directement concernés par ce changement, il peut être utile de connaître les politiques existantes.

Pas nouveau

Me Green affirme qu’à bien des égards, les exigences éventuelles n’ont rien de nouveau, mais qu’elles sensibilisent davantage les gens au type de questions auxquelles ils peuvent s’attendre dans une situation plus conflictuelle à la frontière.

Il a expliqué vendredi à CTVNews.ca que lorsque les Canadiens se rendent aux États-Unis, ils n’ont pas besoin d’un visa officiel dans leur passeport, contrairement à des pays comme la Chine, l’Inde et bien d’autres.

Étant donné que l’évaluation des réseaux sociaux se fait lors des entretiens pour l’obtention d’un visa de voyage, le seul endroit où les Canadiens peuvent se voir imposer cette mesure est à la frontière.

«Ce sont des questions qui ont été soulevées l’année dernière lorsque les gens ont commencé à être interrogés sur leur cellulaire et leur ordinateur portable (à la frontière)», a-t-il expliqué à CTVNews.ca. «Mais en réalité, c’est en quelque sorte la politique en vigueur depuis 20 ans, cela ne se produit simplement pas aussi souvent qu’aujourd’hui.»

Faut-il effacer les données?

Certains voyageurs qui se rendent au sud de la frontière choisissent d’effacer toutes les applications de réseaux sociaux de leur cellulaire ou de voyager avec un cellulaire jetable afin d’éviter d’être signalés. Mais M. Green a précisé que cela pouvait parfois être un signal d’alarme pour les agents frontaliers.

«Si je suis un agent et que je vois quelqu’un avec un cellulaire effacé ou un cellulaire sans réseaux sociaux ou sans courriels personnels, cela ne me fait pas penser: “C’est quelqu’un qui n’a rien à cacher.” Cela me fait plutôt penser que c’est quelqu’un qui a quelque chose à cacher», a-t-il indiqué.

Me Green a affirmé que la réalité est que des centaines de milliers de Canadiens peuvent voyager vers et depuis les États-Unis sans aucun problème chaque jour.

«Ce type de fouille ne se produit que dans le cadre d’une série d’événements plus importants. Lors d’une entrée donnée, vous avez dit quelque chose qui a amené un agent à se poser des questions, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il vous fasse passer à un deuxième contrôle et examine votre téléphone», a-t-il dit. «Mais pour la personne moyenne, tant qu’elle reste calme, sereine et posée, tout se passe en grande partie comme d’habitude.»

Il est également important que les voyageurs canadiens sachent qu’ils ont le droit de refuser de montrer leur téléphone ou leur ordinateur portable aux agents des services frontaliers, mais qu’ils doivent alors s’attendre à se voir refuser l’entrée.

«Il s’agit toujours d’une frontière, vous n’avez pas le droit d’entrer aux États-Unis, ce droit est réservé aux citoyens américains», a soutenu l’avocat. «Si vous refusez une fouille, vous devez donc vous attendre à ce que l’entrée vous soit refusée.»

Avec des informations de l’Associated Press