Société

Les refuges pour femmes du Québec sont pleins alors que les besoins continuent d’augmenter

«Lorsque les femmes viennent ici, nous sommes leur dernier espoir.»

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La nouvelle annexe du Chainon La nouvelle annexe du Chainon (photo : CTV News/Kelly Greig)

Alors que les signalements de violence conjugale sont en hausse, les refuges pour femmes du Québec affirment que la demande dépasse largement leur capacité d’accueil.

«Au cours des six derniers mois, nous avons offert un refuge à 650 femmes différentes. C’est un chiffre très élevé», a souligné Sonia Côté, PDG de l’organisme Le Chaînon. «La moitié d’entre elles disent être victimes de violence, mais nous savons que ce chiffre est en réalité plus élevé.»

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

La demande est si forte que l’annexe de l’organisation, qui a ouvert ses portes au début de l’année, est déjà pleine.

Le Chaînon gère quatre bâtiments offrant 142 places, ainsi que 60 autres places dans des logements subventionnés.

Mme Côté explique que le refuge offre divers services, notamment des soins médicaux, à 2 300 femmes chaque année.

Il accueille des victimes de violence conjugale, des femmes qui ont dépassé l’âge limite pour bénéficier de la protection de la jeunesse et celles qui sont sur le point de se retrouver sans abri.

«Lorsque les femmes viennent ici, nous sommes leur dernier espoir.»

—  Sonia Côté, PDG de l’organisme Le Chaînon.

La coordonnatrice des urgences, Krystel Drouin, ajoute qu’il peut être long de gagner la confiance des femmes qui viennent chercher refuge.

«Certaines d’entre elles ont toujours leurs agresseurs au téléphone, car ceux-ci contrôlent leurs téléphones», explique-t-elle. «Nous supprimons les services de localisation afin de garantir leur sécurité.»

Elle ajoute que les victimes peuvent mettre des mois, voire des années, à se remettre après avoir fui.

Le Chainon L'annexe Le Chainon vient d'ouvrir ses portes afin d'aider davantage de femmes.

D’autres retournent auprès de leurs agresseurs, parfois à cause des enfants, de la pression familiale ou de difficultés financières.

«Nous leur répétons sans cesse : “Faites-nous signe, vous pouvez toujours nous écrire, vous pouvez toujours nous appeler”», ajoute-t-elle.

Six cas présumés de féminicides en six semaines

Au cours des six premières semaines de 2026, six cas de féminicides présumés ont été recensés au Québec.

Hélène, conseillère au refuge pour femmes West Island Women’s Shelter, estime que ce chiffre est alarmant.

Helene Hélène, conseillère au refuge pour femmes de l'Ouest-de-l'Île.

Elle explique qu’en raison de sa surcharge, l’organisation a dû refuser des femmes.

«Lorsque nous recevons un appel, nous devons répondre : “Désolée, nous sommes complets. Nous n’avons pas de place.” Alors, quand nous entendons parler de féminicides, cela nous touche souvent parce que nous nous demandons: “Est-ce quelqu’un que nous aurions pu aider ?”», explique-t-elle.

Outre les services de conseil, d’aide juridique et d’urgence, le refuge dispose de 14 appartements pour des séjours de moyenne durée, mais il est en train d’en obtenir huit autres afin de répondre à la demande croissante.

Sa ligne d’urgence, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, est submergée d’appels.

«Nous recevons plus de 11 000 appels par an», explique Helene. «Nous avons par exemple suivi environ 325 familles au cours de l’année dernière.»

Fait-on face à une recrudescence de la violence conjugale au Québec? Par Marika Simard | L'année 2026 est à peine commencée qu’on recense déjà quatre féminicides présumés au Québec. Partout en province, la violence conjugale continue de faire des victimes et d'inquiéter.

Elle ajoute qu’il arrive que les victimes ne sachent pas si leur cas relève de la violence.

«Parfois, ce n’est pas tout noir ou tout blanc», dit-elle. «Il y a beaucoup de nuances différentes. Parfois, cela peut être simplement un regard, un ton de voix que vous savez pertinemment être incorrect. Il y a ce sentiment de peur.»

Elle explique qu’elle constate chez ses clients de nombreux cas de manipulation émotionnelle ou d’abus qui peuvent être des signes avant-coureurs d’une violence physique imminente.

Prévention et financement

Le Chaînon et le Refuge pour femmes de l’Ouest-de-l’Île offrent tous deux des programmes de prévention destinés aux femmes en milieu de travail et aux élèves afin de leur enseigner ce qu’est une relation saine.

Mme Drouin affirme qu’il est extrêmement gratifiant de voir une victime qui a reconstruit sa vie franchir leurs portes.

«Elles me disent : “Merci d’avoir cru en moi à un moment où je ne croyais pas en moi-même, où je n’avais pas la force de m’en sortir”», raconte-t-elle.

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Les refuges affirment qu’il faut toujours plus de financement, en particulier de la part du gouvernement provincial.

«Il n’y a pas de place dans les refuges, explique Hélène. Nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Il n’y a tout simplement pas de place. Nous avons beaucoup de femmes et d’enfants qui se trouvent dans une situation très difficile et qui ne peuvent pas attendre un mois [pour avoir une place]. Ils ne peuvent pas attendre une semaine. Ils doivent partir maintenant. Alors, que faire ?»

Demander de l’aide

Appelez le 911 si vous êtes en danger immédiat. Si le 911 n’est pas disponible là où vous vous trouvez, appelez la police locale.

Consultez un médecin si nécessaire. Si vous avez été victime d’agression sexuelle, envisagez de consulter un médecin. Toutes les blessures ne sont pas visibles. Vous pouvez également vous renseigner sur la contraception d’urgence, les tests de dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST) et les tests de grossesse.

Trouvez un service d’aide. Une assistance téléphonique ou par chat est disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Découvrez où obtenir de l’aide

Autres ressources (bilingues)

  • Votre CLSC local ou Info-Santé : 811
  • SOS violence conjugale : 514-873-9010 ou 1-800-363-9010. SMS au 438-601-1211 ou courriel sos@sosviolenceconjugale.ca
  • Ligne d’aide contre la violence sexuelle : 514-933-9007 ou 1-888-933-9007. Il existe également un service de clavardage en ligne.
  • Centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle de Montréal : 514-731-8531, poste 47456 ou info@cvasm.ca
  • Centre d’aide aux victimes de crimes : 1-888-933-9007 ou 514 933-9007 (Grand Montréal)
  • Assistance aux femmes : 514-270-8291
  • Shield of Athena : 514-274-8117
  • Trouvez le refuge le plus proche sur le site de Refuges pour femmes Canada.
  • RÉZO Santé : 514 521 7778
  • Centre de solidarité lesbienne : 514-526-2452 ou info@solidaritelesbienne.qc.ca