C’est l’heure du déjeuner au Cubano Kings, un café du centre-ville de Toronto qui sert des plats cubains traditionnels depuis une modeste fenêtre donnant sur le trottoir. Les clients affluent en continu et le son des commandes livrées retentit régulièrement sur une tablette.
Mais tandis que le propriétaire, Felix King Risco, badigeonne de beurre un sandwich cubain, il ne peut s’empêcher de penser à sa famille à La Havane.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Ils ne vont pas très bien», a-t-il dit. «Le courant est coupé à 6h du matin et ne revient qu’à 17h ou 18h, parfois même à 23h. Ils sont soumis à un stress énorme.»
King Risco est né et a grandi à La Havane, mais il a déménagé au Canada en 2004. Sa mère, ses tantes et ses cousins vivent toujours à Cuba, où l’électricité est limitée, la nourriture est chère et l’essence est rare.
Si les conditions sont difficiles depuis des années, la situation s’est aggravée depuis que les États-Unis ont bloqué toute importation de pétrole à Cuba en janvier, déclenchant une crise énergétique qui a touché tous les aspects de la vie cubaine.
«Il n’y a personne dans les rues», avance Felix King Risco. «Les gens ont peur de se faire agresser. Ils ont peur de se faire poignarder.»
King Risco précise que sa mère possède une carte de crédit à La Havane qu’il paie, ce qui est un énorme soulagement pour lui, mais que d’autres n’ont pas cette chance.
«Peu importe comment vous pouvez leur faire parvenir l’argent, vous devez les aider», a-t-il lâché.
8 M$ ne suffiront pas
Mercredi, le Canada a annoncé une aide de 8 millions de dollars à Cuba, qui sera versée immédiatement par l’intermédiaire de «partenaires humanitaires de confiance», le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’UNICEF, selon Affaires mondiales Canada.
«Cuba va avoir besoin d’une aide massive de toutes sortes, et l’aide alimentaire sera très importante», a expliqué Archibald Ritter, professeur émérite à l’Université Carleton. «Donc, 8 millions de dollars de nourriture ne suffiront pas pour une population d’environ 10 millions d’habitants.»
Mais M. Ritter ajoute que le Canada se trouve dans une position délicate, car il tente d’apporter son aide aux Cubains sans aggraver les tensions avec les États-Unis, qui ont promis d’imposer des droits de douane à tout pays qui envoie du pétrole à l’île.
Interrogée sur la question de savoir si Ottawa avait obtenu l’accord des Américains pour ce programme d’aide, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a répondu sans détour.
«Je n’ai pas discuté de nos intentions en matière d’aide avec le secrétaire Rubio ou les États-Unis», a-t-elle dit aux journalistes. «Il s’agit de la politique étrangère canadienne.»
Si Felix King Risco se réjouit que le Canada aide Cuba, il n’est pas certain que l’aide promise aujourd’hui aura un impact significatif.
«Je ne pense pas que ce soit suffisant, mais c’est une aide appréciable», a-t-il estimé.
Le gouvernement fédéral affirme qu’il continue de surveiller la situation à Cuba et qu’il réagira en conséquence si la crise humanitaire persiste.

