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IMAGES | Vers la décriminalisation du travail du sexe? Une grève en plein Grand Prix à saveur de victoire pour des travailleuses

«Celles qui sont là aujourd’hui sont des battantes.»

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Les travailleuses du sexe en grève la veille du Grand Prix de Montréal Les danseuses de club pour adultes ou les masseuses érotiques feront la grève le 23 mai, la veille du Grand Prix de Formule 1 à Montréal.

«Les gens vont se souvenir des travailleuses du sexe qui ont fait la grève pendant le Grand Prix.» C’est ce qu’a lancé fièrement l’organisatrice Adore Goldman, émue, devant plus d’une centaine de manifestantes et manifestants qui se sont rassemblés samedi à la place de la Paix, à Montréal.

Avec cet appel à la grève qui a suscité une grande attention médiatique, le Comité autonome du travail du sexe (CATS) dit envoyer un message fort: les danseuses, masseuses et escortes de la province méritent de meilleures conditions de travail. Et, selon le CATS, ça commence avec la décriminalisation du travail du sexe.

«Celles qui sont là aujourd’hui sont des battantes. Elles contredisent ceux qui disent que le travail du sexe n’est pas un travail. Dès aujourd’hui, les travailleuses du sexe se mettent en grève», a lancé Adore Goldman à la foule sur place.

Dès 15h, des travailleuses du sexe - dont plusieurs étaient masquées afin de préserver leur anonymat - montraient des affiches arborant différents slogans. On demande notamment la décriminalisation du travail du sexe, mais aussi que les travailleuses obtiennent un statut de salariées dans le but d’avoir droit à la CNESST et à l’assurance chômage.

Manif travail du sexe 4

«La demande d’avoir un statut de salariées, elle est importante, car elle nous permet de créer des syndicats. Sans cette organisation collective, ça nous empêche d’avoir de meilleures conditions de travail.»

—  Adore Goldman, du Comité autonome du travail du sexe
Adore Goldman Adore Goldman, du Comité autonome du travail du sexe (Noovo Info)

Les manifestants, pancartes, tambours et autres instruments de musique à la main, ont ensuite emprunté le boulevard Saint-Laurent, avant de se diriger vers la rue Sainte-Catherine pour ensuite déambuler sur le boulevard René-Lévesque.

Manif travail du sexe 1 (Noovo Info)

Plusieurs policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont été déployés afin de surveiller le bon déroulement de l’événement.

SPVM manif travail du sexe (Noovo Info)

Devant un tel engouement, Adore Goldman crie mission accomplie. Elle mentionne à l’auteur de ces lignes que le boycott a déjà un impact bien avant le début de la manifestation.

«On a eu écho que les clubs sont plus low, qu’il y a moins de clients et que moins de travailleuses sont rentrées aussi. Donc pour nous, c’est une victoire», a-t-elle lancé.

Manifestation travail du sexe

Elle ajoute que 57 organisations – dont des syndicats, des groupes féministes et des groupes communautaires – ont signé la demande d’appui du CATS.

Plusieurs membres du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES), affilié à la FTQ, étaient d’ailleurs sur place.

«Le travail du sexe, c’est un travail qui existe depuis toujours et qui va continuer d’exister. Il faut donc mettre des conditions pour que (les travailleuses du sexe) puissent travailler en sécurité et dans la dignité», a lancé la Sophie Lonergan, vice-présidente au service aux membres à la SQEES-FTQ.

De son côté, Mme Goldman ajoute qu’elle et plusieurs travailleuses se battent depuis plusieurs jours pour mettre fin à l’exploitation financière qu’elles subissent.

Se confiant à Noovo Info il y a quelques jours, celle qui est également danseuse et escorte à Montréal raconte que les stripteaseuses commencent leur soirée en devant payer les propriétaires de bar pour pouvoir y travailler.

Cette taxe appelée «service bar» peut varier entre 15$ et 100$ et a un impact considérable sur le portefeuille des danseuses. Et pendant ce temps, les propriétaires de bar s’en mettent plein les poches pendant le Grand Prix, indique-t-on.

«Pas de honte» à payer pour des services sexuels

Sur le terrain, Noovo Info a rencontré le fondateur du Bloc Pot et activiste, Marc-Boris St-Maurice. Il compare l’interdiction du travail du sexe à la consommation du cannabis il y a quelques années.

«C’est la même situation. On en consommait pareil et on était des criminels», a déclaré qui ne se cache pas pour dire qu’il est un client de l’industrie du sexe «depuis longtemps». «Il n’y a pas de honte à demander ces services-là.»

Client travail du sexe (Noovo Info)

Il voit que la population se sensibilise davantage face au travail du sexe, ce qui est un énorme pas vers la décriminalisation du travail du sexe.

Un mouvement qui divise?

Malgré cette demande de boycott, ce ne sont pas toutes les travailleuses du sexe qui peuvent se permettre de faire la grève en plein Grand Prix. Certaines n’auraient pas le confort financier pour ne pas travailler lors du moment le plus lucratif de l’année, a souligné Francine Tremblay.

La chercheuse en sociologie du travail du sexe à l’Université Concordia espère que cela ne créera pas une division et de la discorde au sein du mouvement.

En entrevue avec le Noovo.Info, Mme Tremblay avance que la création d’une sorte de charte des droits des travailleuses du sexe est nécessaire pour permettre à ces femmes d’avoir plus de droits.

«Ça serait le moment rêvé de créer une charte. La meilleure chose, ce serait que les patrons s’assoient avec les filles et discutent de ce qu’elles veulent.»

—  Francine Tremblay, chercheuse à l'Université Concordia

Un article d’Urbania rapporte par ailleurs que des danseuses refusent catégoriquement de faire la grève pendant le Grand Prix et clament que le «service bar» permet de protéger les travailleuses plus vulnérables. Des travailleuses expliquent qu’«un retour au salaire horaire mettrait davantage à risque les danseuses les plus marginalisées».

Interrogée à ce sujet, Adore Goldman soutient que, «même si cette grève ne fait pas l’unanimité, ça n’empêche pas le fait que ça a un impact aujourd’hui».

Francine Tremblay conclut que la manifestation ne pouvait pas tomber à un meilleur moment. À ses yeux, elle fera mal aux bars, certes, mais «peut-être que lundi matin, les gens vont s’apercevoir qu’il y a groupe de femmes qui existent et qui travaillent dans ce domaine».

Travail du sexe 3 (Noovo Info)