Une manifestation a eu lieu jeudi à Montréal pour dénoncer l’idéologie «incel», à la suite de la fusillade de lundi qui a fait trois morts.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
L’idéologie «incel», ou «célibat involontaire», s’articule autour du sentiment d’injustice que ressentent certains hommes lorsqu’ils sont rejetés par les femmes.
Un doctorante de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) qui a étudié ce phénomène explique que les «incels», qui sont principalement des hommes hétérosexuels, attribuent souvent leur incapacité à nouer une relation amoureuse à l’émancipation des femmes.
C’est l’un des nombreux thèmes abordés dans le manifeste du tireur présumé de la fusillade meurtrière survenue lundi dans le quartier de Côte-des-Neiges, à Montréal. Le tireur a été identifié comme étant Seth Hatfield, âgé de 25 ans, originaire de Lethbridge, en Alberta.
La manifestation de jeudi a été organisée par un groupe appelé «Pour Elles Montréal» et ses sympathisants afin de dénoncer également les féminicides et d’autres formes de violence fondée sur le genre. Elle s’est déroulée au mémorial dédié au massacre de la Polytechnique de 1989, au cours duquel un tireur animé par sa haine du féminisme avait tué 14 femmes.
Celeste Trianon, militante des droits de la personne basée à Montréal, a affirmé à CTV News avant le début de la manifestation que l’idéologie «incel» préoccupait les organisateurs de la manifestation et qu’il fallait la dénoncer.
«Cela empêche [les hommes] d’être entourés, cela les empêche de faire partie d’une communauté, et cela les pousse à commettre des actes insensés», a déclaré Mme Trianon.
Une analyse par CTV News du manifeste du tireur, qui a été retrouvé dans une chambre d’hôtel près du lieu de la fusillade, montre qu’il fait référence à plusieurs reprises à l’état du monde occidental et qu’il véhicule une rhétorique principalement misogyne.
Le tireur suggère des moyens de restreindre les femmes, par exemple en les retirant du marché du travail pour les remplacer par des robots. CTV News a pris la décision éditoriale de ne pas citer directement le manifeste, ni de le publier ou d’y inclure un lien.
Ce document, qui compte plus de 100 pages, se termine par un appel à la violence contre plusieurs autres cibles, notamment les grandes agences immobilières, les sociétés de capital-investissement, les partisans du sionisme, les chefs de direction des compagnies d’assurance maladie, les «artistes de la drague», les chirurgiens esthétiques et ceux qui tirent profit de l’immigration de masse.
Les femmes et les hommes qui ont pris la parole lors de la manifestation de jeudi ont dénoncé les formes systémiques de violence et ont accusé les politiciens de fermer les yeux sur le problème.
Mme Trianon a expliqué que les organisateurs avaient choisi de se rassembler au mémorial de la Polytechnique, car ils estiment que la fusillade de lundi rappelle que la violence alimentée par la haine des femmes demeure une menace.
«(La fusillade de lundi) aurait pu être un autre drame de la Polytechnique», a déclaré Trianon. «C’est par pure chance qu’aucune femme n’a été tuée.»
Avec des informations de Matt Grillo et Rachel Aiello pour CTV News et de La Presse Canadienne
