Société

De la frustration à l’opportunité: pourquoi cette médecin américaine s’est installée au Canada

«J’ai commencé à avoir l’impression que les services de santé, la recherche, la médecine, la science — j’ai commencé à avoir l’impression que tout cela commençait à être pris pour cible.»

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Dr. Jennifer Carnahan La Dre Jennifer Carnahan est une gériatre qui a récemment quitté les États-Unis pour s'installer à Ottawa afin de travailler à l'Hôpital d'Ottawa. 24 avril 2026. (Leah Larocque/CTV News Ottawa)

Lorsque la Dre Jennifer Carnahan repense aux raisons qui l’ont poussée à devenir médecin, ce ne sont pas les manuels scolaires qui lui viennent à l’esprit, mais sa grand-mère.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Atteinte de la maladie d’Alzheimer, sa grand-mère avait autrefois été une professeure d’anglais pleine de vie qui avait contribué à façonner ses premières années. Assister à son déclin progressif l’a profondément marquée.

«Je l’ai vue s’éteindre petit à petit», se souvient-elle. «Cela m’a amenée à réfléchir sérieusement à ce que je voulais faire. Je voulais aider des personnes comme ma grand-mère à vivre dans la dignité.»

Cette vocation l’a conduite vers la gériatrie, puis vers une carrière médicale aux États-Unis.

Mme Carnahan explique qu’une grande partie de son travail aux États-Unis consistait à s’y retrouver dans un paysage d’assurance complexe et souvent fragmenté.

«Une grande partie de ce que nous devons faire aux États-Unis consiste à très bien connaître le système d’assurance maladie afin de pouvoir obtenir les meilleures ressources pour nos patients.»

—  Dre Jennifer Carnahan, gériatre

Elle explique que chaque patient peut avoir un régime d’assurance complètement différent, et que les médecins doivent savoir ce qui est couvert, ce qui ne l’est pas, et comment obtenir les meilleurs soins dans ces limites.

Même pour les personnes âgées — dont beaucoup sont couvertes par Medicare —, l’essor des régimes privatisés comme Medicare Advantage a ajouté des niveaux de complexité.

«Je trouvais ça frustrant», dit-elle.

À cette frustration s’ajoute un système politique en pleine mutation sous l’administration Trump.

«Cela peut sembler un peu extrême à dire, mais j’ai commencé à avoir l’impression que les services de santé, la recherche, la médecine, la science — j’ai commencé à avoir l’impression que tout cela commençait à être pris pour cible.»

Cette frustration, combinée à un intérêt de longue date pour les politiques de santé, a conduit Carnahan à explorer d’autres possibilités. C’est alors qu’elle est tombée sur une offre d’emploi de l’Hôpital d’Ottawa et de l’Université d’Ottawa, qui cherchaient tous deux à recruter des gériatres.

L’opportunité s’est immédiatement imposée à elle.

Ottawa jouit d’une réputation internationale en médecine gériatrique — en partie grâce à l’élaboration du cadre des «cinq M», une approche largement utilisée pour la prise en charge des personnes âgées. Pour la Dre Carnahan, c’était l’occasion de travailler dans un système en phase avec ses valeurs.

«Il y a ici une philosophie des soins très différente», dit-elle.

«L’approche canadienne semble très axée sur la communauté», ajoute-t-elle. «Les patients, les aidants, les infirmières, les médecins — on a l’impression que tout le monde travaille ensemble. Il y a un véritable sentiment de respect mutuel.»

L’Ontario connaît une forte augmentation du nombre de professionnels de la santé formés aux États-Unis qui traversent la frontière. Le gouvernement provincial affirme avoir pris des mesures pour accélérer cette transition.

«Notre gouvernement a pris des mesures pour renforcer notre main-d’œuvre en santé en facilitant le déménagement et l’exercice de la profession en Ontario pour les infirmières titulaires d’un permis américain et les médecins certifiés par un conseil de l’ordre», a indiqué la province dans un communiqué.

Cette mesure permet aux médecins, infirmières praticiennes, infirmières autorisées et infirmières auxiliaires autorisées qualifiés et titulaires d’un permis américain de commencer à travailler dans les établissements de santé de l’Ontario sans inscription préalable auprès du Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario ou du Collège des infirmières de l’Ontario. Cette politique est entrée en vigueur le 5 juin 2025.

En 2025, 570 médecins américains se sont inscrits pour travailler en Ontario — une augmentation de 174 % par rapport à 2024, année où 208 médecins américains avaient fait le saut.

L’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario (OCMO) est chargé de délivrer les permis d’exercice et de réglementer les médecins et les assistants médicaux, de définir les attentes professionnelles et de mener des enquêtes auprès des membres inscrits à l’Ordre en Ontario.

L’OCMO indique avoir constaté une augmentation des inscriptions de médecins formés aux États-Unis ces dernières années. Entre autres changements, ces mises à jour permettent aux médecins certifiés par l’American Board d’exercer de manière indépendante sans avoir à suivre de formation ou à passer d’examens supplémentaires.

Comme le rapporte le rapport annuel 2025 de l’OCMO, 1 259 médecins formés aux États-Unis ont obtenu leur permis d’exercice en Ontario depuis 2023. Parmi eux, 628 se sont inscrits entre 2023 et la fin de 2024, à la suite des changements de politique visant à éliminer les obstacles pour ces médecins.

Pour des médecins comme Carnahan, cette transition offre plus qu’une simple opportunité d’emploi — elle représente un changement dans la façon dont les soins sont dispensés.

«Nous voulons simplement faire ce qu’il y a de mieux pour la santé des gens», dit-elle.

Leah Larocque

Leah Larocque

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