Société

Buttes de neige:  que reste-t-il aux enfants?

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Buttes de neige (Noovo Info)

Hauteur maximum de trois mètres. Angle de la pente à 25%. Aires d’attente et de récupération. Inspection et registre. Surveillance. Et calendrier d’utilisation. Est-ce que je parle d’un site minier ? D’une prison ? D’un protocole militaire ? Non, non – simplement des buttes de neige dans les cours d’école.

La gestion des buttes s’ajoute donc à celle de toutes les autres règles, interdictions et politiques dans les écoles primaires.

On ne peut pas parler en lunchant. Il faut se dépêcher.

On ne peut pas courir dans le gymnase sur l’heure du dîner. Trop dangereux. Jouer à la tag ? Ça ne va pas ?

On ne peut pas faire une bataille de boules de neige dans la cour. Trop dangereux, mon dieu.

On ne peut pas se donner un câlin; un bec, encore moins. Le consentement, voyons.

On ne peut pas marcher dans une cour glacée. Rampez, s’il vous plaît. Restez donc à l’intérieur au fond.

On ne peut pas regarder le phénomène rare d’une éclipse. Fermez les rideaux, fermez vos yeux.

Ces interdictions (et combien d’autres ?) existent pour vrai. Elles ponctuent le quotidien et la routine des enfants, tous les jours, dans les écoles du Québec.

Surprotection

Non seulement ils vivent au rythme des sons de cloche, qui leur dictent à quel moment faire quoi en tout temps, en groupe, en silence, ne pas trop bouger, ne pas s’énerver, mais en plus, nos petits se plient à toutes sortes de règles qui se multiplient… sans nécessairement faire de sens.

On enferme la petite enfance dans un carcan de conventions, un système qui les contraint, les restreints, un système que je ne comprends pas.

Certains pointent du doigt les parents. C’est vrai que toute une génération de parents hélicoptères, ces parents qui « planent » au-dessus de leurs enfants, allant au-devant de leurs besoins, aplanissant tout obstacle, toute difficulté, a tendance à verser dans la surprotection.

Voyez le reportage d’Étienne Ouellet sur le sujet:

Buttes de neige: pas de nouvelles règles, mais des recommandations Les recommandations de l’Union réciproque d’assurance scolaire du Québec concernant les buttes de neige sur les terrains des écoles font encore beaucoup réagir. Si certains ont cru à une nouvelle réglementation, alors que ce n’est pas le cas, d’autres estiment que certains conseils de sécurité ne sont pas à négliger et pas mal tout le monde s'entend pour le «gros bon sens».

Mais je suis un peu tannée, écœurée même, qu’on pointe du doigt les parents qui font, quand on y pense, du mieux qu’ils le peuvent, dans une vie exigeante et un rythme de vie effréné.

Si on va dans cette direction, il faut parler de la société dans laquelle on vit, de notre époque, de l’eau dans laquelle on baigne.

Hyperactivité

Nos enfants sont surmédicamentés pour des problèmes d’hyperactivité, d’anxiété, de troubles de comportement. On leur reproche de ne pas être assez autonomes, de manquer de confiance et d’estime, on leur dit qu’ils sont incapables de gérer leurs émotions, de s’autoréguler.

Le voyez-vous, le paradoxe ?

Il est là, béant, criant, absurde, devant nous. Et pourtant, on continue de s’enfoncer.

On interdit les buttes et le jeu du roi de la montagne alors que les enfants ont besoin, viscéralement besoin, de jouer, de déconner, de prendre des risques, de faire les fous, de transgresser – oui, oui, un peu, quand même.

Hey, gang : les enfants ont besoin d’être des enfants !

À force de vouloir les protéger, on les empêche de vivre. Il me semble que c’est nous tous, adultes, citoyens, travailleurs, parents, institutions, qui sommes à mourir tranquillement, à petit feu. On s’éteint dans les rigidités. Dans les formalités. Et dans nos peurs.

Et le jeu risqué ?

Même si les pédiatres ont indiqué il y a un an que les enfants devaient, pour leur bon développement, participer à des jeux risqués, les assureurs, eux, croient bon d’indiquer aux centres de services scolaires, soixante-trois en tout, qu’il est important de gérer les buttes.

Et même si la ministre de l’Éducation Sonia Lebel invite les directions à faire preuve de « jugement » dans l’application des nouvelles règles hivernales, le représentant de l’Union réciproque d’assurance scolaire du Québec rappelle qu’il s’attend à ce que « les recommandations soient suivies » 1.

Quitte à ce que les enfants mettent un casque (!) pour jouer sur la butte.

Que reste-t-il aux enfants ? Marcher en « jasant » dans la cour. Pas trop fort, de grâce. Et les mains dans les poches, si possible.

Ou alors, qu’ils restent à l’intérieur. On leur mettra un film.

Ah, mais non attendez, on ne veut pas qu’ils fassent trop d’écran…

Que reste-t-il, alors, aux enfants ?

1. Tel que rapporté dans un article de La Presse