Trente femmes et filles ont été tuées «de manière violente» au Canada depuis le début de l’année 2026, selon l’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Ces données préliminaires pour 2026 ont été communiquées à CTVNews.ca au début du mois, à la suite de la publication du dernier rapport de l’observatoire sur les féminicides en 2025.
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L’année dernière, 147 femmes et filles auraient été tuées au Canada, selon un rapport de deux pages publié par l’observatoire. Les accusés dans la plupart de ces affaires sont des hommes, indique l’observatoire.
Il s’agit de la première baisse du nombre de féminicides au Canada depuis 2019, selon le rapport.
Le nombre de femmes et de filles tuées était en hausse depuis 2020, dans le contexte des restrictions liées à la pandémie de COVID-19, selon les données de l’observatoire.
Cependant, l’observatoire indique que les chiffres actuels pour 2026 suggèrent un besoin constant de sensibilisation, de prévention et d’action pour lutter contre les féminicides au Canada.
«Même un seul décès est un problème s’il aurait pu être évité», a affirmé Myrna Dawson, fondatrice et directrice de l’observatoire, lors d’une entrevue accordée à CTVNews.ca.
«Depuis que nous avons commencé à collecter des données en 2018, cela fait 1500 femmes. Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. C’est le nombre de femmes qui sont tuées à la suite de violences masculines à leur encontre.»
— Myrna Dawson, fondatrice et directrice de l’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation
Le féminicide est le meurtre intentionnel d’une femme ou d’une fille motivé par des préjugés à l’encontre de ce groupe de personnes ou par la misogynie, a expliqué Mme Dawson, professeure de sociologie à l’Université de Guelph qui consacre depuis trois décennies ses recherches au féminicide, à la violence envers les femmes et les filles, à la prévention de la violence, à la justice pénale et aux politiques publiques.
Si l’auteur peut être un membre de la famille, un ami, une connaissance ou un inconnu, le féminicide est le plus souvent commis par un partenaire intime actuel ou ancien de la victime, selon Mme Dawson.
Sur les 147 femmes et filles tuées en 2025, l’auteur était, dans 34 % des cas, un partenaire intime actuel ou ancien, selon les données de l’observatoire. Mme Dawson a indiqué que le taux de féminicides impliquant un partenaire intime actuel ou ancien comme accusé s’élève en moyenne à 55 % à l’issue des enquêtes policières.
Environ 72 % des femmes et des filles ont été tuées dans un lieu privé, tel que leur propre domicile ou celui de l’accusé, selon le rapport sur les décès de 2025. Dix-huit pour cent des hommes accusés de féminicide par un partenaire intime se seraient suicidés.
Pression sur les refuges
Un féminicide est souvent précédé de violences conjugales et de violences domestiques, en particulier lorsqu’une femme décide de quitter ou a déjà quitté la relation, selon Anuradha Dugal, directrice générale d’Hébergement femmes Canada.
Elle affirme que le nombre de femmes accédant à des refuges au Canada est en hausse, et que la gravité des préjudices s’intensifie.
«Les types de préjudices subis par les survivantes semblent se multiplier», a soutenu Mme Dugal à CTVNews.ca lors d’un entretien.
«La situation est plus complexe, multiforme — physique, psychologique, financière et sexuelle.»
— Anuradha Dugal, directrice générale d’Hébergement femmes Canada
En conséquence, la demande pesant sur le personnel de première ligne des refuges s’est accrue, a ajouté Mme Dugal, soulignant que la sensibilisation et la prévention exigent des efforts continus de la part de tous les secteurs.
«La prévention doit avoir lieu partout et tout le temps : dans les écoles, sur les lieux de travail, dans les équipes sportives, à l’université — dans toutes sortes de contextes», a souligné Mme Dugal.
«La jeune génération est très sensibilisée à des questions telles que le consentement, mais les féminicides touchent toutes les générations de manière égale. Les données de l’observatoire montrent que la répartition est assez équilibrée entre les trois générations.»
Projet de loi C-16
En décembre 2025, le gouvernement fédéral a renouvelé son engagement à mettre fin à la violence sexiste en allouant 223,4 millions de dollars sur cinq ans à compter de 2026-2027, dont 44,7 millions de dollars sur une base continue pour renforcer l’action fédérale en réponse à ce fléau.
Le projet de loi C-16 a été présenté le même mois, dans le but de renforcer la protection des victimes et d’introduire le terme «féminicide» dans le Code criminel du Canada. Le projet de loi vise à classer ces meurtres comme des meurtres au premier degré dans le Code.
L’observatoire faisait partie des nombreuses organisations qui militaient depuis près d’une décennie pour que le terme « féminicide » soit inclus dans le Code criminel.
«Un féminicide signifie que les femmes sont tuées de différentes manières, mais qu’il y a souvent des signes avant-coureurs similaires», a expliqué Mme Dawson.
«Le meurtre de femmes et de filles est distinct du meurtre d’hommes et de garçons, et nous devons reconnaître cette distinction afin de mettre en place une prévention plus nuancée.»
Selon Mme Dawson, la reconnaissance juridique du terme «féminicide» constitue la première étape pour garantir une sensibilisation, une prévention et une action adéquates.
«Beaucoup de travail a été accompli dans d’autres pays qui reconnaissent désormais les féminicides et ont mis en place des processus et des procédures pour enquêter sur les meurtres de femmes et de filles lorsqu’ils se produisent, afin de déterminer s’il s’agit d’un féminicide», a indiqué Mme Dawson.
«C’est important en termes de prévention, car cela permet d’adopter une perspective davantage axée sur le genre concernant ces meurtres, qui touchent plus spécifiquement les femmes, ce qui signifie que nous devons mieux les comprendre si nous voulons mettre en place des initiatives de prévention pour mieux les prévenir qu’à l’heure actuelle.»
Plusieurs provinces canadiennes, dont l’Ontario, le Québec, la Colombie-Britannique, la Saskatchewan, le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et la Nouvelle-Écosse, disposent de comités d’examen des décès liés à la violence domestique qui analysent les décès liés à la violence domestique et formulent des recommandations de prévention.
Le comité de l’Alberta, créé en 2013, a été dissous à la fin de l’année dernière.
Ces comités sont composés d’experts issus de tous les secteurs, ce qui, selon Mme Dawson, est nécessaire pour garantir une approche multidisciplinaire.
Le défi consiste à s’assurer que les recommandations sont mises en œuvre, a déclaré Mme Dawson.
«Nous devons agir davantage sur les recommandations formulées. Ces comités consacrent beaucoup de temps à enquêter et à examiner les décès survenus afin de déterminer où les systèmes ont failli (...) Nous devons savoir si les recommandations sont suivies», a-t-elle dit.
«Si la loi sur le féminicide est adoptée, c’est formidable, mais ensuite, tout est question de mise en œuvre.»
Avant tout, le défi le plus urgent consiste à changer les attitudes de la société envers les femmes, un changement qui pourrait contribuer à réduire la violence à l’égard des femmes, explique Mme Dawson.
« On s’inquiète pour la prochaine génération face à la montée de la manosphère, à la radicalisation de certains jeunes hommes et à leurs attitudes envers les jeunes femmes et les relations saines », a-t-elle déclaré.
«Si l’on pense à la prochaine génération d’hommes qui grandit actuellement, si la connaissance de cette question s’ancrera davantage dans la société et contribuera à lutter contre ces attitudes, cela aidera la prochaine génération.»
Méthodologie
L’observatoire a indiqué que ses données provenaient des médias et des rapports de police – parfois suivis par le système de justice pénale si les affaires sont poursuivies – puis recoupées avec celles de Statistique Canada lorsque les chiffres officiels sont publiés.
Les chiffres augmentent au fil du temps à mesure que les enquêtes aboutissent, que les décès suspects sont confirmés comme des homicides ou que de nouveaux décès sont enregistrés, selon l’observatoire.
Besoin d’aide?
- Les victimes de violences conjugales peuvent contacter SOS violence conjugale au 1-800-363-9010.
- En cas d’urgence, faites le 911.

