Pour beaucoup, l’idée même d’un rendez-vous chez le dentiste déclenche une vive anxiété. Entre la peur de souffrir et la crainte d’une facture élevée, les raisons de repousser l’échéance ne manquent pas. Pourtant, loin de se limiter à l’esthétique d’un sourire, l’état de notre bouche serait une fenêtre ouverte sur notre santé globale et beaucoup de Canadiens ne le savent pas, découvre une étude.
«La santé buccale, c’est très important. Un dentiste peut détecter des anomalies anatomiques ou des changements à l’intérieur de votre bouche», a mentionné jeudi à Noovo Info Jeff Leger, président-directeur général de 123Dentiste, un grand réseau de cabinets dentaires partenaires au Canada.

Une étude de la firme Angus Reid, réalisée dans les derniers mois pour le compte de 123Dentiste, révèle que si une grande majorité de Canadiens (94%) comprennent qu’il y a un lien entre la santé buccodentaire et la santé globale, peu ont entendu parler d’un lien direct avec certaines maladies.
«Il y a de plus en plus de recherches qui font des liens entre l’inflammation et les infections buccales et les effets sur la santé cardiaque, le diabète, la démence ainsi que la possibilité de détecter les cancers de la bouche.»
— Jeff Léger, PDG de 123Dentiste
M. Léger rappelle que les dentistes et les hygiénistes dentaires sont à même de diriger un patient vers un autre professionnel de la santé s’ils détectent quelque chose d’anormal ou d’inquiétant lors de leurs examens et que les soins ne sont pas dans leur expertise.
M. Leger est d’ailleurs d’avis que nul ne devrait se priver de visites en hygiène pour maintenir la santé des dents et des gencives. «C’est aussi important que plein d’autres choses, dont l’exercice et l’alimentation. C’est un rôle de prévention important», a-t-il souligné.
Un rôle essentiel en santé globale
Des informations contenues sur le site web de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) abondent dans le même sens que ce qu’avance Jeff Leger et stipulent que «la santé buccodentaire joue un rôle essentiel dans la santé globale et la qualité de vie des individus».
On souligne qu’une bouche en santé nous permet de parler, sourire, manger, respirer et exprimer nos émotions «sans douleur ni gêne».
L’INSPQ ajoute qu’une bonne santé buccodentaire contribue à éviter les douleurs et infections, maintenir une bonne nutrition, favoriser le développement chez les enfants, renforcer l’estime de soi et la capacité de créer des liens sociaux et prévenir des complications médicales plus graves.
Selon l’Enquête québécoise sur la santé de la population 2020-2021 publiée par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), 55% de la population de 15 ans et plus estime que sa santé buccodentaire est excellente ou très bonne, alors que près de 14% la considère comme passable ou mauvaise.
Soins dentaires et inégalités sociales
Selon des données publiées par l’INSPQ, en 2020-2021, les ménages à faible revenu étaient proportionnellement moins nombreux à avoir consulté le dentiste (40%) comparativement à ceux ayant un revenu moyennement faible (55%) ou élevé (72%).
«L’écart se creuse davantage lorsqu’on tient compte des visites datant de 5 ans et il se prolonge également dans la nature des consultations», ajoute-t-on en précisant que les personnes issues de ménage à faible revenu sont plus susceptibles de consulter le dentiste en raison de problèmes aigus. «Par exemple, 35% d’entre elles consultent lorsque quelque chose ne va pas, dérange ou fait mal, comparativement aux personnes ayant un revenu moyennement faible (24%) à élevé (9%).»
Les données de l’INSPQ dévoilent aussi que les personnes à faible revenu ont tendance à consulter moins souvent pour des examens, des nettoyages ou des soins de routine (65%) que celles ayant un revenu élevé (91%).
Le Régime canadien de soins dentaires, une aide importante à bonifier
Le président-directeur général de 123Dentiste mentionne que l’arrivée du Régime canadien de soins dentaires (RCSD), lancé en 2023 et visant à rendre le coût des soins dentaires plus abordable pour les résidents canadiens admissibles, a été bénéfique pour l’accès aux soins au pays.
«C’est un régime important pour les gens. On voit des patients qui n’ont pas vu de dentiste ou d’hygiéniste dentaire depuis 10 ou 15 ans», dit-il.
Selon des données publiées sur le web, le RCSD comptait plus de 5 millions d’inscriptions pour la période de prestations de 2026-2027, dont environ 1,4 million de Québécois.
Si les inscriptions sont nombreuses, le nombre de Québécois et Québécoises ayant reçu des soins est moindre, soit un total de 326 697 personnes en date du 30 septembre 2026.
L’Association dentaire canadienne (ADC), qui a étudié le Régime canadien de soins dentaires et ses effets, a indiqué dans un récent rapport que cet écart s’expliquerait notamment par le fait que les tarifs du RCSD sont fixés en dessous du coût réel des soins, «laissant une partie de la facture à la charge des patients».
Un autre problème relevé par l’ADC est que 50% des demandes de préautorisation complètes sont refusées, et que seulement 17% des dentistes affirment que la plupart des soins recommandés ont été couverts pour leurs patients, ce qui, selon le rapport, indique que «les patients sont confrontés à des lacunes dans la couverture des traitements nécessaires».
Ce frein financier, qui rebute les gens à voir un dentiste, peut avoir des conséquences importantes sur la santé des citoyens, déplore le PDG de 123Dentiste.
«S’il y a un manque de couverture, les gens ne feront pas le suivi nécessaire, du moins pas tout de suite, et il y a aura un délai», a expliqué Jeff Leger, mentionnant qu’un délai dans les soins peut se traduire par le développement d’une infection plus importante et même une visite à l’urgence.
Avec des informations de Rachel Aiello, CTV News.

