Santé

«Surchargé et labyrinthique»: le lancement du Dossier santé numérique «va très mal aller», dénoncent des professionnels de la santé

Un médecin croit que la date de mise en service sera repoussée.

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Dossier santé numérique: inquiétudes chez des travailleurs de la santé Des médecins et des travailleurs de la santé croient fermement que le lancement du Dossier santé numérique (DSN) «va très mal aller». Bien qu’ils estiment qu’un virage informatique est nécessaire, ils dénoncent la complexité de la nouvelle plateforme qui, selon Santé Québec, sera mis en service le 9 mai.

Des médecins et des travailleurs de la santé croient fermement que le lancement du Dossier santé numérique (DSN) «va très mal aller». Bien qu’ils estiment qu’un virage informatique est nécessaire, ils dénoncent la complexité de la nouvelle plateforme qui, selon Santé Québec, sera mis en service le 9 mai.

«Le 9 mai, je ne pense pas qu’on va être prêt. Ça va surement être repoussé», a répliqué un médecin de la région de Montréal. Sous le couvert de l’anonymat, il martèle que les problèmes sont réels.

Estomaquée de la manière que la plateforme est déployée, une travailleuse de la santé de Montréal rencontrée par Noovo Info partage l’avis du médecin. À ses yeux, le système ne répond tout simplement pas aux besoins des employés.

«Il y a des centaines d’options, on se perd. C’est surchargé, labyrinthique», a-t-elle lancé d’emblée. «Il y a beaucoup de découragement dans mon équipe.»

Elle ajoute avoir suivi les formations pour comprendre la nouvelle plateforme. «Mais je ne suis pas fonctionnelle! Les gens fabriquent des manuels de formation maison pour essayer de s’entraider.»

Des travailleurs de la santé disent avoir reçu des téléphones cellulaires. Ces iPhones permettront notamment «une plus grande mobilité de plusieurs intervenants», indique Santé Québec.

Or, des travailleurs de la santé répliquent que la plateforme ne permet pas de prendre des notes médicales. L’écriture serait minuscule.

«Les techniciens sont venus à plusieurs reprises mesurer la taille de nos écrans d’ordinateur. C’est un peu broche à foin», a renchéri la travailleuse de la santé.

Selon certains experts, le dossier a été géré de façon chaotique et pourrait impacter la livraison de soins de santé.

«Je ne pense pas qu’on est prêt. On utilise encore des FAX. J’ai peur que ça ajoute du travail pour les professionnels de la santé», a expliqué Samira Rahimi, de la Chaire de recherche du Canada en soins de santé numériques avancés à l’Université McGill.

Carole Duperré, de la Fédération de la santé et des services sociaux (CSN) affirme que ce changement majeur crée «beaucoup d’insécurité et d’anxiété sur le plancher». Elle martèle que sur le terrain, il y a un manque d’équipement important permettant un virage informatique adéquat.

La réaction de Santé Québec

Interrogé à ce sujet, Santé Québec admet qu’il est certain que «dans un déploiement de cette envergure, des enjeux ponctuels peuvent survenir à différentes étapes».

Erika Bially, vice-présidente technologies de l’information chez Santé Québec, soutient qu’il y aura des enjeux le 9 mai, mais qu’il y aura «une énorme équipe d’accompagnement» afin de faire face à la situation.

Nathalie Petitclerc, du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec mentionne qu’il faudra laisser le temps aux employés de s’approprier le système».

La veille, dans une entrevue avec La Presse canadienne, la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, s’est réservé un droit de veto sur le lancement des deux projets pilotes. Questionnés quant à cette éventualité mercredi, les représentants de Santé Québec ne se sont pas étalés sur cette possibilité.

Une baisse des activités cliniques est prévue dans les deux régions où le nouveau DSN sera testé à compter du 9 mai, soit en Mauricie-Centre-du-Québec et dans le nord de l’île de Montréal.

La présidente du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, Adelaide De Melo, a expliqué qu’à partir du lundi 27 avril, les activités allaient baisser de 75 % par rapport au volume habituel, puis de 50 % à compter du 4 mai, pour deux semaines, avec une remontée à 75 % à compter du 18 mai et un retour à 100 % à compter du 25 mai.

On assure toutefois que les activités urgentes ou «importantes», comme l’oncologie, ne subiront pas de baisse et que des mesures d’atténuation sont prévues.

Avec de l’information de La Presse canadienne