Après six jours de délibérations, le jury n’arrive pas à trancher au procès de Lindsay Clancy, car c’est entre autres «extrêmement difficile» de prouver la responsabilité criminelle de la mère américaine de 36 ans qui a étranglé à mort ses trois enfants en 2023, affirme un psychiatre.
«C’est une question de faits», a expliqué le Dr Gilles Chamberland, jeudi entrevue avec Noovo Info, après la conclusion d’une sixième journée de procès sans verdict. Au cœur de l’impasse: la motivation du meurtre que ne nie pas Mme Clancy.
Or, l’avocat de cette mère du Massachusetts soutient que ses actes ont été commis dans une psychose post-partum, tandis que le ministère public affirme qu’elle savait ce qu’elle faisait lorsqu’elle a tué Cora, Dawson et Callan Clancy, âgés respectivement de 5 ans, 3 ans et 8 mois.
«On peut se dire que oui, elle avait des raisons de faire ça, donc que ce n’est peut-être pas la maladie qui lui a fait faire ça», dit d’abord le Dr Chamberland d’un côté de la médaille.
De l’autre côté de cette même médaille, «si quelqu’un fait quelque chose à l’opposé de ce qu’aurait fait normalement une mère qui aime ses enfants, qui se dévoue à ses enfants [et que ça surprend] tout le monde, normalement, c’est parce qu’il y a quelque chose qui est arrivé qui a fait agir cette personne-là».
D’un côté ou de l’autre, il faut se baser sur la preuve. C’est ce qui pourrait expliquer la longueur des délibérations dans le procès de Mme Clancy. L’avocat de la défense a demandé qu’on exclue l’un des jurés. Ce juré ne suivrait pas les instructions du juge concernant le doute raisonnable. Le juge a refusé la demande d’exclusion.
Perdre le contact avec la réalité
S’il fallait qu’il soit tranché que Lindsay Clancy n’est pas responsable du triple infanticide, cela pourrait vouloir dire qu’elle aurait totalement perdu le contact avec la réalité avant que ne meurent ses trois enfants dans le sous-sol de leur domicile.
«Mais ça, c’est beaucoup, beaucoup plus rare» qu’une dépression post-partum, souligne le Dr Chamberland.
«Ce qu’on appelle une psychose, c’est quand des gens vont halluciner des choses, entendre des voix, délirer, être convaincus de choses qui sont fausses», explique le psychiatre. «Et si le délire devient un déni de persécution ou de mission, c’est là que ça devient difficile, parce que ces personnes-là ont tendance à agir.»
Le Dr Chamberland tente de se faire rassurant pour les mères qui surveillent le procès Clancy avec attention, car «il ne faut pas penser que parce qu’on fait une dépression post-partum, nos enfants sont à risque; absolument pas».
«Pour avoir des symptômes dépressifs après une grossesse, c’est tout un jeu d’hormones avec une espèce de sensibilité que certaines personnes peuvent avoir», explique le psychiatre. Une mère sur sept en souffrira, calcule-t-il.
Les psychoses post-partum, «c’est un cas sur 1000 accouchements à peu près, où la dépression va s’accompagner de symptômes de perte de contact avec la réalité».
La différence entre une psychose post-partum et une dépression post-partum | La dépression post-partum est une forme de dépression majeure qui survient après l’accouchement, le plus souvent au cours de la première année suivant la naissance du bébé. La psychose post-partum est un trouble mental rare et extrêmement grave qui se déclare brusquement dans les jours ou les premières semaines suivant l’accouchement. Source : Naître et grandir
Il n’en demeure pas moins qu’il y a un caractère insidieux à l’apparition de la psychose, parce qu’on est «quand même dans la réalité», selon le Dr Chamberland. «On perçoit la réalité, on comprend la réalité, mais il y a quelque chose qui s’ajoute à la réalité, une conviction profonde que, par exemple, on est menacé, qu’on doit agir pour éliminer la menace ou entendre des voix qui nous disent de faire quelque chose.»
Que ce soit dans une telle situation ou à l’apparition de symptômes de dépression, «il faut demander de l’aide», dit le Dr Chamberland.
«C’est normal d’être fatigué après un accouchement, […] mais ce n’est pas normal de perdre l’opinion qu’on a de soi-même, de se mettre à douter, de dire des choses qu’on ne dit pas habituellement. Il ne faut pas hésiter à consulter.»
