Santé

Nouvelle loi antitabac au Royaume-Uni: des experts espèrent que le Canada suivra

«C’est un pas dans la bonne direction et nous sommes vraiment encouragés de voir cela.»

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Cigarette AP ARCHIVE - Un homme tient une cigarette allumée alors qu'il fume à San Francisco, le mercredi 2 décembre 2020. (Jeff Chiu/AP)

Les experts en santé encouragent le gouvernement fédéral à envisager l’instauration d’une interdiction à vie d’acheter des cigarettes pour les personnes âgées de 17 ans et moins, après que les législateurs du Royaume-Uni ont approuvé un projet de loi allant dans ce sens.

Cet article est une traduction d’un contenu de CTV News.

Le projet de loi britannique, baptisé «Tobacco and Vapes Bill», vise à empêcher toute personne née après le 1er janvier 2009, aujourd’hui âgée de 17 ans, de commencer à fumer. Elle a été approuvée par les deux chambres du Parlement britannique, mais doit encore recevoir la sanction royale.

«C’est un pas dans la bonne direction et nous sommes vraiment encouragés de voir cela», a indiqué la Dre Lesley James, directrice des politiques et des systèmes de santé en Ontario pour la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC.

«Nous espérons que les responsables au Canada prendront note de cette initiative et examineront ce qui peut être fait ici, à l’intérieur de nos frontières, pour lutter contre le tabagisme.»

—  Dre Lesley James, directrice des politiques et des systèmes de santé en Ontario pour la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC

Le tabagisme demeure une cause évitable importante de décès prématuré au Canada, le gouvernement estimant qu’environ 46 000 personnes meurent chaque année de maladies liées au tabac.

«La grande majorité des fumeurs ont commencé à fumer alors qu’ils étaient mineurs», a expliqué Rob Cunningham, analyste principal des politiques à la Société canadienne du cancer. «Si nous pouvons empêcher les jeunes de commencer à fumer, nous aurons un impact considérable à long terme.»

Le Canada s’est fixé pour objectif de réduire le tabagisme à moins de 5 % d’ici 2035. L’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2024 estime que 11 % des Canadiens âgés de 18 ans et plus ont déclaré fumer.

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En ce qui concerne la vapotage, les données de Statistique Canada suggèrent qu’un Canadien sur dix âgé de 20 à 24 ans, et un sur 50 âgé de 25 ans et plus, utilise une cigarette électronique tous les jours.

Le Dr Hassan Mir, cardiologue à Ottawa, a longuement étudié les effets du tabagisme et de la vapotage, et affirme que c’est l’une des pires choses pour le corps humain.

«Il n’y a pas grand-chose, voire rien, que le tabagisme n’aggrave pas considérablement», a soutenu le Dr Mir.

«C’est pourquoi je dis souvent que fumer est la chose la plus nocive que vous puissiez faire pour votre santé et qu’arrêter est la meilleure chose que vous puissiez faire pour votre santé.»

—  Dr Hassan Mir, cardiologue

Le Dr Mir, qui connaît bien la loi britannique, estime qu’elle pourrait contribuer à réduire la consommation de tabac chez les jeunes. Selon lui, le Canada devrait envisager d’adopter un projet de loi similaire visant à empêcher les jeunes Canadiens de commencer à fumer.

«À l’Institut de cardiologie, nous aidons environ 30 000 personnes par année à cesser de fumer. Mais la réalité, c’est que nous les voyons arriver à un stade trop avancé de dépendance», a-t-il indiqué. «Nous avons besoin d’interventions en amont qui, espérons-le, permettront de réduire le nombre de personnes dépendantes à la nicotine.»

En restreignant l’accès aux cigarettes, il affirme qu’une génération de personnes ne pourra plus les acheter par les voies habituelles, ce qui réduira le risque que les jeunes deviennent dépendants à la nicotine.

«Je pense que la réalité est que, alors que nous essayons de lutter contre les méfaits du tabagisme et sa prévalence persistante, non seulement au Canada mais partout dans le monde, nous devons envisager des politiques et des réglementations plus strictes», a-t-il déclaré.

Quel est le contexte?

Le Royaume-Uni n’est pas le premier territoire à adopter une telle loi. En 2022, la Nouvelle-Zélande a présenté un projet de loi très similaire, mais celui-ci a été annulé en 2024 après l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement.

À l’époque, des experts en santé avaient écrit à Santé Canada pour les exhorter à envisager la mise en œuvre d’une interdiction similaire. Santé publique Ottawa figurait parmi ceux qui plaidaient en faveur de ce changement, en écrivant une lettre à Santé Canada pour les encourager à empêcher toute une génération d’acheter du tabac.

«En suivant une approche similaire, il est recommandé que le Canada s’inspire de l’approche de la Nouvelle-Zélande pour atteindre le même objectif de 5 %», indiquait à l’époque la note adressée à Santé Canada.

Cette note demandait également à Santé Canada de modifier les lois sur le tabac afin de porter à 21 ans l’âge minimum fédéral pour l’achat de tabac, à l’exception des produits d’aide au sevrage tabagique. La loi fédérale canadienne interdit actuellement la vente de produits du tabac aux moins de 18 ans, bien que certaines provinces aient adopté des règles plus strictes portant cet âge à 19 ans, voire à 21 ans.

Mercredi, Santé publique Ottawa n’a désigné aucun représentant pour répondre à une demande d’entrevue concernant sa note de service de 2023 et le projet de loi britannique.

Une étude publiée sur le site Web du gouvernement du Canada, qui visait à évaluer les impacts potentiels d’une «génération sans tabac» (GST), avec une interdiction permanente de la vente de cigarettes à toute personne née après 2009, a révélé qu’après 50 ans, cette politique entraînerait une réduction de 2,3 milliards de dollars des coûts de santé.

Selon le rapport, cette politique permettrait également de gagner près de 480 000 années de vie ajustées en fonction de la qualité supplémentaires, une mesure utilisée en économie pour quantifier les avantages des traitements médicaux.

«La mise en œuvre d’une PGST procurera des avantages considérables pour la santé de la population canadienne. Bien que les économies réalisées sur les coûts des soins de santé soient inférieures à la combinaison des pertes de recettes fiscales et de la baisse du PIB généré par l’industrie canadienne du tabac, la valeur des avantages pour la santé l’emporte sur les effets négatifs», conclut le rapport.

Interrogé sur la question de savoir si Santé Canada envisageait une interdiction à la britannique, le ministère a répondu que le gouvernement du Canada investissait 66 millions de dollars par an depuis 2018 pour aider les Canadiens à cesser de fumer et à réduire les méfaits de la dépendance à la nicotine. Le ministère n’a pas précisé s’il envisageait sérieusement, ou avait déjà envisagé, une interdiction à vie pour les personnes âgées de 17 ans et moins.

«Le gouvernement du Canada travaille en collaboration avec des partenaires et des intervenants clés pour protéger les Canadiens, en particulier les jeunes, contre les méfaits du tabagisme en s’appuyant sur les meilleures données et preuves disponibles», a déclaré Mark Johnson, porte-parole de Santé Canada.

Rob Cunningham affirme que le fait que la prévalence du tabagisme au Canada soit plus faible que jamais rend une politique de type britannique d’autant plus réalisable.

«Cela pourrait avoir un impact énorme à long terme», a affirmé M. Cunningham. «Ce qui est important, c’est que toute personne qui fume ou vapote actuellement serait exemptée… Donc, vous savez, c’est ce type de mise en œuvre progressive, à long terme, qui serait l’approche à adopter.»