Santé

L’élargissement des pouvoirs des pharmaciens dans le PL67 tarde à être mis en place

«On comprend qu’il y a d’autres négociations pour le gouvernement, mais il faudrait que les choses s’accélèrent.»

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La pharmacienne Cathy Wang travaille à la pharmacie une pharmacie de Vancouver, en Colombie-Britannique, le lundi 3 octobre 2022. La pharmacienne Cathy Wang travaille à la pharmacie une pharmacie de Vancouver, en Colombie-Britannique, le lundi 3 octobre 2022. (DARRYL DYCK)

L’élargissement des pouvoirs des pharmaciens, prévu dans le projet de loi 67 qui a été adopté en 2024, tarde à être appliqué sur le terrain, dénonce l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).

Le projet de loi 67 vise à élargir certaines pratiques professionnelles dans le domaine de la santé, dont celle des pharmaciens. Ces derniers pourront notamment administrer des médicaments à des fins thérapeutiques et substituer des médicaments dans plus de circonstances.

Mercredi, le cabinet du ministre de la Santé a annoncé le dépôt d’un projet de règlement modifiant la Loi sur l’assurance maladie et le Règlement sur le régime général d’assurance médicaments afin justement d’implanter progressivement de nouvelles activités en pharmacie.

Le cabinet évalue que la première année d’application du règlement 360 000 services pharmaceutiques additionnels pourront être offerts aux Québécois. Après cinq ans, ce nombre dépasserait le million de services. On parle entre autres d’évaluer des problèmes de santé courants et pouvoir prescrire les traitements, de faire des prélèvements et de pouvoir prescrire advenant un résultat positif ainsi que prolonger plus facilement certaines ordonnances.

Le règlement doit d’abord être adopté avant que les changements n’entrent en vigueur. Il a été prépublié dans la Gazette officielle pour une période de consultation de 20 jours.

«Comme plusieurs situations pourront être évaluées et traitées en pharmacie, gratuitement sur présentation de la carte d’assurance maladie, de nombreuses personnes n’auront plus à se présenter en clinique médicale ou à l’urgence pour des enjeux de santé courants. Cela contribuera à un meilleur accès aux soins pour l’ensemble de la population», a déclaré par voie de communiqué le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Les nouveaux actes pour les pharmaciens doivent être encadrés dans une nouvelle entente globale, la dernière étant échue depuis le 31 mars 2025. L’AQPP négocie avec le gouvernement depuis plusieurs mois pour établir un cadre de rémunération entourant les nouvelles activités qui découlent du projet de loi 67.

Or, les négociations avancent «à pas de tortue», déplore le président de l’AQPP, Benoit Morin. Le gouvernement a déposé une proposition à la table il y a environ un mois et demi, que M. Morin a qualifiée de décevante.

«On comprend qu’il y a d’autres négociations pour le gouvernement, mais il faudrait que les choses s’accélèrent. [...] Il faut que ça prenne une autre tendance pour vraiment qu’on puisse arriver à utiliser les 1900 pharmacies du réseau à leur pleine valeur, qu’on puisse investir dans les services cliniques pour donner ces services à la population», plaide M. Morin.

Soutien financier demandé pour les activités cliniques

L’AQPP demande une rémunération à la hauteur de la nouvelle charge de travail. L’élargissement des pouvoirs aux pharmaciens dans le contexte du projet de loi 67 a pour but de désengorger la première ligne et que tout ne repose pas sur les épaules des médecins.

«Actuellement, on a la loi 31 et 41 qui nous donne certaines autonomies pour des conditions courantes, comme [traiter] une infection urinaire, mais avec certaines restrictions administratives. Il faut que ça fasse quelques années que la personne a eu une prescription tandis que dans le projet de loi 67, il va y avoir plus de conditions courantes et moins de restrictions sur ce qu’on fait déjà», indique M. Morin. Pour l’exemple de l’infection urinaire, il y aurait moins de critères pour qu’un patient soit admissible à recevoir un traitement de la part de son pharmacien.

Autre exemple, les pharmaciens pourraient prescrire un traitement antibiotique pour une cellulite non compliquée (une infection à l’intérieur de la peau) — un problème relativement fréquent dans la population, selon M. Morin.

«Tout ça va favoriser l’autonomie du pharmacien, mais ce sont de nouveaux actes qui ne sont pas inscrits dans la loi et qui doivent être négociés. Et c’est assez complexe de trouver une formule qui va faire en sorte que les actes qui vont être faits vont être pertinents et que ça sera au service de la population», fait valoir le président de l’AQPP.

Une rencontre entre le gouvernement et les pharmaciens est prévue cette semaine. L’AQPP souhaite entre autres un soutien financier adéquat pour mettre en place les infrastructures et les aspects logistiques nécessaires pour développer les nouvelles activités cliniques en pharmacie.

Katrine Desautels

Katrine Desautels

Journaliste