Santé

Étude payée par Glencore: manger du riz expose davantage à l’arsenic la fonderie Horne

De l’urine de 81 enfants et 164 adultes ont été analysés ainsi que des rognures d’ongles.

Mis à jour le 

Publié le 

La fonderie Horne, propriété de Glencore, est photographiée à Rouyn-Noranda le 29 octobre 2022. LA PRESSE CANADIENNE/Stéphane Blais La fonderie Horne, propriété de Glencore, est photographiée à Rouyn-Noranda le 29 octobre 2022. (Stephane Blais/La Presse canadienne)

Manger du riz ou des fruits de mer expose davantage les habitants de Rouyn-Noranda à l’arsenic que les émissions de la fonderie Horne, selon une étude de biosurveillance financée par Glencore Canada, propriétaire de la fonderie. Cependant, cette étude, qui tranche par rapport aux données de la santé publique, a été qualifiée de médiocre par un médecin de la région.

L’étude réalisée par la firme ontarienne Intrinsik conclut que les niveaux d’arsenic chez les participants de Rouyn-Noranda sont «comparables ou inférieurs à ceux observés chez d’autres Canadiens».

La fonderie Horne avait annoncé le lancement d’un programme volontaire de biosurveillance à l’arsenic pour ses employés et leurs proches, en février 2025.

De l’urine de 81 enfants et 164 adultes a été analysée ainsi que des rognures d’ongles.

Mardi matin, le vice-président et toxicologue principal d’Intrinsik, Elliot Sigal, a présenté les résultats de l’étude commandée et payée par Glencore lors d’un breffage technique adressé aux médias.

«Les taux d’arsenic des participants étaient égaux ou inférieurs à la moyenne nationale canadienne» et «l’alimentation était le principal contributeur de l’exposition à l’arsenic, plus que la proximité de la fonderie», a indiqué M. Sigal.

«Nous ne sommes pas inquiétés par les niveaux d’arsenic dans l’air à Rouyn-Noranda et il y a des procédures que les gens peuvent faire pour réduire l’exposition aux contaminants dans l’environnement et cela inclut d’être conscient de la façon que l’on prépare du riz, et de rincer le riz délicatement avant de le cuisiner», a expliqué Elliot Sigal.

«Donc, selon vous, manger du riz est plus susceptible d’exposer une personne à l’arsenic que de vivre à côté d’une fonderie qui émet des taux d’arsenic 13,6 fois plus élevés que la norme provinciale?» a demandé La Presse Canadienne au vice-président de la firme payée par Glencore.

«Ce que notre étude montre est que l’alimentation cause une plus grande exposition que la fonderie et la forme de l’arsenic dans le riz est la même forme que laisserait s’échapper une fonderie», a répondu Elliot Sigal.

«Ces résultats sont rassurants et appuient ce dont la fonderie Horne a toujours été convaincue: ses installations sont sécuritaires pour la population», a réagi dans un communiqué Vincent Plante, directeur général exécutif, Filière cuivre Amérique du Nord, chez Glencore.

Un médecin qualifie la méthodologie de «médiocre»

Le docteur Tanguy Véret, médecin de famille au CLSC de Rouyn-Noranda, suit la saga de la fonderie Horne de près depuis plusieurs années.

Selon lui, l’échantillonnage de l’étude «n’est pas de bonne qualité» et la méthodologie est médiocre.

Une collecte d’urine, a expliqué le docteur Véret, ne va pas montrer «l’intoxication chronique», mais plutôt «l’arsenic auquel on est exposé dans les jours qui précèdent».

Or, les rejets d’arsenic de la fonderie peuvent varier d’une journée à l’autre.

Le fait que Glencore finance cette étude représente un «conflit d’intérêts majeur qui discrédite les résultats potentiels», a-t-il souligné.

Concernant l’échantillonnage, il a souligné que la firme embauchée par Glencore Canada a exclu des «travailleurs qui avaient déjà des enjeux de santé connus», qui pourraient être liés à l’arsenic, ce qui constitue «un biais», selon le médecin.

«Les personnes employées par Glencore et soumises à une biosurveillance dans le cadre d’un programme de surveillance de la santé et de la sécurité au travail existant n’étaient pas admissibles au programme», peut-on lire dans la méthodologie de l’étude.

«La qualité méthodologique, à mon avis, est très, très médiocre», a ajouté le médecin de famille au CLSC de Rouyn-Noranda.

Plus de risque de développer un cancer

L’étude payée et commandée par Glencore détonne aussi avec les informations fournies dans les dernières années par la santé publique.

À l’été 2022, un rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) révélait que, sur une période de 70 ans, un nombre excédant de citoyens de Rouyn-Noranda, entre 1 et 14, développeraient un cancer si l’entreprise Glencore ne diminuait pas la concentration d’arsenic dans l’air produit par la fonderie.

En 2022, les rejets d’arsenic de la fonderie s’établissaient à 73 nanogrammes (ng) par mètre cube (m3). La concentration moyenne d’arsenic dans l’air en 2025 mesurée par la fonderie a diminué pour s’établir à 40,9 ng/m3, selon les données enregistrées à la station légale Horne, dans le quartier Notre-Dame.

Malgré les améliorations, les rejets d’arsenic demeuraient, en 2025, 13,6 fois plus élevés que la norme provinciale.

À l’automne 2019, la Direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue avait mené une étude de biosurveillance qui indiquait que les concentrations d’arsenic dans les ongles des citoyens du quartier Notre-Dame étaient «en moyennes quatre fois plus élevées que celles observées auprès de la population témoin d’Amos, qui n’est pas exposée à des sources industrielles d’arsenic».

Parmi les participants du quartier Notre-Dame, «ceux résidant plus près de la fonderie Horne ont en général des concentrations plus élevées d’arsenic dans les ongles» et «les concentrations d’arsenic unguéal sont significativement plus élevées chez les enfants que chez les adultes», selon l’étude réalisée en 2019 par la Santé publique.

Au moment d’écrire ces lignes, la Direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue n’avait pas réagi aux résultats de l’étude de Glencore.

La Presse Canadienne a soumis l’étude et sa méthodologie à différents experts en santé publique. Comme la méthodologie, à elle seule, comporte 150 pages, plusieurs intervenants ont indiqué vouloir prendre le temps d’analyser les données avant de commenter.

Stéphane Blais

Stéphane Blais

Journaliste