Environnement

Fonderie Horne: les émissions d'arsenic ont augmenté en 2025

La concentration moyenne d’arsenic dans l’air en 2025 mesurée par la fonderie a atteint une moyenne de 40,9 nanogrammes (ng) par mètre cube (m3), selon les données enregistrées à la station légale Horne, dans le quartier Notre-Dame, et publiées par l’entreprise mardi.

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La fonderie Horne, propriété de Glencore, à Rouyn-Noranda (Québec), le 29 octobre 2022. LA PRESSE CANADIENNE/Stéphane Blais La fonderie Horne, propriété de Glencore, à Rouyn-Noranda (Québec), le 29 octobre 2022. (Stephane Blais/La Presse Canadienne)

Les émissions d’arsenic mesurées par la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda ont augmenté dans la dernière année, selon le bilan effectué par l’entreprise qui appartient à la multinationale Glencore.

La concentration moyenne d’arsenic dans l’air en 2025 mesurée par la fonderie a atteint une moyenne de 40,9 nanogrammes (ng) par mètre cube (m3), selon les données enregistrées à la station légale Horne, dans le quartier Notre-Dame, et publiées par l’entreprise mardi.

Le bilan de l’année dernière faisait état d’une moyenne de 39,1 ng/m3; il s’agit donc d’une augmentation de 4,6 % en un an.

«Il est normal et attendu que les résultats puissent varier légèrement d’une année à l’autre en raison de plusieurs facteurs, dont des conditions météorologiques différentes, comme les vents», a écrit Glencore Canada dans un communiqué.

Dans un communiqué qui accompagne les résultats, la fonderie souligne que la quasi-totalité (96 %) de la zone urbaine de Rouyn-Noranda affiche une concentration d’arsenic dans l’air ambiant inférieure ou égale à 15 ng/m3, alors que la norme provinciale est de 3 ng/m3 depuis 2011.

«Je suis fier du travail accompli et de l’engagement continu de nos équipes. Nous sommes convaincus que les opérations de la Fonderie Horne sont sécuritaires pour la population. Elles l’étaient il y a 20 ans alors que les concentrations d’arsenic dans l’air étaient beaucoup plus élevées, et demeurent sécuritaires aujourd’hui», a indiqué le directeur général de la Fonderie Horne, Vincent Plante.

La directrice de santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue, Omobola Sobanjo, ne partage toutefois pas l’optimisme de M. Plante si on se fie à une lettre qu’elle a envoyée en octobre 2025 à la directrice nationale de santé publique, Caroline Quach-Thanh. 

«Considérant les moyennes annuelles d’arsenic enregistrées historiquement dans le quartier Notre-Dame, certaines personnes résidant dans ce quartier pourraient avoir vécu pratiquement leur vie entière dans un environnement où le niveau de risque cancérigène est considéré comme inacceptable», écrivait la docteure Sobanjo.

Plus de 13 fois la norme provinciale

À l’été 2022, un rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) révélait que, sur une période de 70 ans, un nombre excédant de citoyens de Rouyn-Noranda, entre 1 et 14, développeraient un cancer si l’entreprise Glencore ne diminuait pas la concentration d’arsenic dans l’air produit par la fonderie.

Depuis 2022, la fonderie a fait passer les émissions d’arsenic de 73 à 40,9 ng/m3.

Malgré les améliorations, la concentration d’arsenic dans l’air demeurait, en 2025,  13,6 fois plus élevés que la norme provinciale.

Une situation jugée inacceptable par le groupe Mères au front de Rouyn-Noranda. «Personne ne souhaite que des gens perdent leur emploi, personne ne souhaite que la fonderie ferme, mais après, si le modèle d’affaires implique d’empoisonner une population, il faut se questionner. Il y a un problème», a réagi Isabelle Fortin-Rondeau, résidente de Rouyn-Noranda et mère de deux adolescents.

Des ententes particulières

Même si la norme annuelle fixée par le Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère est de 3 nanogrammes (ng) par mètre cube (m3) pour l’arsenic pour les usines construites avant 2011, au fil des ans, la Fonderie Horne, construite en 1927, a bénéficié d’ententes particulières avec le gouvernement.

Dans la plus récente autorisation ministérielle accordée par Québec en 2023, la fonderie devait atteindre une cible de 45 ng/m3 en 2024 et de 15 ng/m3 d’arsenic à partir de la fin de 2027.

Mais il y a quelques semaines, un amendement à un projet de loi accorderait de nouveaux sursis pour atteindre des cibles de réduction des émissions d’arsenic, mais aussi de plomb, de cadmium et d’autres métaux.

L’autorisation ministérielle actuelle, accordée de 2023 à 2028, serait repoussée jusqu’en 2033, malgré les mises en garde de la Direction régionale de la santé publique, qui avait indiqué, en mars dernier, que le gouvernement sous-estime «le risque sanitaire réel dans un contexte environnemental unique au Québec».

Pas plus tard que la semaine dernière, l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) appuyait les 118 médecins de l’Abitibi-Témiscamingue, qui demandent à la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette de renoncer aux concessions accordées à la Fonderie Horne.

«On a une nouvelle première ministre, on a une nouvelle ministre de l’Environnement, donc on a envie de les inviter à faire mieux que leurs prédécesseurs, puis sinon, on se prend un peu à espérer qu’un prochain gouvernement qui ne serait pas de la CAQ ferait mieux, puis prenne enfin ce dossier-là en main», a indiqué mardi la porte-parole de Mères au front de Rouyn-Noranda, Isabelle Fortin-Rondeau.

Une cible «impossible à atteindre»

Selon la plus récente autorisation ministérielle, la  fonderie devrait non seulement atteindre une cible de 45 ng/m3 en 2024 et respecter un objectif de 15 ng/m3 à partir de 2027, mais elle devrait également présenter un plan d’action visant à atteindre la norme québécoise.   

En juillet dernier, le directeur général de la Fonderie Horne, Vincent Plante, avait indiqué qu’il jugeait que cette norme de 3 ng/m3 était «techniquement impossible» à atteindre.

Stéphane Blais

Stéphane Blais

Journaliste