Santé

Des chercheurs créent un jeu vidéo qui aide à étudier comment les personnes autistes traitent l’information

«On a découvert qu’on pouvait amener ces enfants à s’impliquer et à nous dire, dans leur propre langage, comment ils perçoivent le monde.»

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Un élève joue à un jeu vidéo à Sapulpa, en Oklahoma, le 3 avril 2019. LA PRESSE CANADIENNE/AP, Stephen Pingry-Tulsa World Un élève joue à un jeu vidéo à Sapulpa, en Oklahoma, le 3 avril 2019. LA PRESSE CANADIENNE/AP (STEPHEN PINGRY)

Des chercheurs de l’Université de Boston ont créé un jeu vidéo qui leur permet de mesurer la façon dont les personnes autistes traitent l’information. Le jeu a été conçu pour être facile d’accès, pour que les personnes autistes puissent y jouer, même celles qui ne parlent pas.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Les chercheurs sont convaincus que ce jeu aidera à mieux comprendre comment fonctionne le cerveau autiste et que leurs résultats influenceront les essais et le développement de médicaments et de thérapies à l’avenir.

Selon le Système canadien de surveillance des maladies chroniques, en 2023-2024, un enfant sur 44 au Canada (2,25 %) a reçu un diagnostic d’autisme. Les symptômes varient d’une personne à l’autre, mais affectent souvent la communication et les compétences sociales, et comprennent des comportements restreints et répétitifs. Du coup, les chercheurs comptent souvent sur les membres de la famille des patients, surtout ceux qui ont des difficultés de communication importantes, pour les aider à étudier ces enjeux.

Une véritable révolution dans la recherche

Les chercheurs pensent que ce jeu vidéo pourrait changer la donne, comme ils l’ont indiqué dans leurs résultats publiés dans Science Advances.

«On a découvert qu’on pouvait amener ces enfants à s’impliquer et à nous dire, dans leur propre langage, comment ils perçoivent le monde», a déclaré le chercheur Benjamin Scott, professeur adjoint en sciences psychologiques et cérébrales à l’Université de Boston.

Le jeu a été utilisé dans le cadre d’un essai pour aider à déterminer un déclencheur potentiel des troubles de la perception, connu sous le nom d’« intégration bruyante des preuves ». Ce phénomène est lié à la façon dont le cerveau traite une abondance d’informations sensorielles.

Helen Tager-Flusberg, chercheuse spécialisée en autisme, explique que le fait de pouvoir inclure un plus large éventail d’enfants dans les études est très encourageant pour les familles. Souvent, les enfants présentant des symptômes autistiques extrêmes sont exclus des études, car ils ne parviennent pas à mener à bien les tâches demandées.

«Mieux comprendre les types de difficultés que rencontrent les personnes autistes est toujours utile», a-t-elle affirmé.

«En fin de compte, le jeu a donné de bons résultats sur l’ensemble du spectre de l’autisme, y compris chez les personnes classées dans la catégorie de l’autisme profond ou atteintes de syndromes génétiques connus.»

—  Helen Tager-Flusberg, chercheuse spécialisée en autisme

Une étude examine comment les personnes autistes gèrent les stimuli sensoriels

Le jeu vidéo invite les joueurs à partir à la chasse aux pierres précieuses en suivant une carte au trésor. Lorsqu’un flash apparaît au bord de l’écran, ça indique une pierre précieuse cachée. Au fur et à mesure que les joueurs ramassent les pierres précieuses, les chercheurs évaluent leur capacité à repérer les flashs, dont la durée, le moment d’apparition et le nombre varient.

«On peut recueillir des renseignements très détaillés sur la façon dont tu prends des décisions, perçois le monde et apprends à jouer au jeu», a expliqué Benjamin Scott.

Le jeu ne nécessite pas d’instructions, ce qui offre des conditions équitables à tous les joueurs de l’ensemble du spectre autistique, en particulier à ceux qui présentent des symptômes liés à la communication.

L’étude a porté sur 300 enfants âgés de 11 à 17 ans, dont 200 présentaient un trouble du spectre autistique. Les autres enfants étaient des frères et sœurs neurotypiques.

La plupart des joueurs de l’étude ont rapidement compris les règles du jeu et se sont adaptés à mesure que celui-ci devenait plus difficile. Cependant, la courbe d’apprentissage était très différente entre ceux qui étaient autistes et ceux qui ne présentaient pas de trouble neurodéveloppemental.

Lorsque les éléments du jeu ont été modifiés, comme les impulsions lumineuses chronométrées, les joueurs autistes ont eu plus de difficulté à utiliser tous les indices sensoriels qui leur étaient présentés. Au final, les joueurs autistes ont mis plus de temps à comprendre comment jouer et ont montré une précision moindre par rapport aux joueurs non autistes.

«Le déficit semble se situer au niveau d’une composante de la perception appelée intégration perceptuelle, où tu accumules de l’information au fil du temps pour te forger une idée complexe du monde», a indiqué M. Scott.

Le jeu a le potentiel d’évoluer, selon eux

Bien que le jeu ne soit pas conçu pour servir d’outil de diagnostic, les chercheurs affirment qu’il pourrait aider à comprendre comment les gens perçoivent le monde qui les entoure et apprennent. Cependant, Benjamin Scott pense qu’il pourrait un jour être utilisé de manière plus avancée, par exemple pour comprendre toute une gamme de traits ou de déficits liés à différents troubles.

«Des essais cliniques sont en cours pour divers médicaments ciblant l’autisme et les troubles neurodéveloppementaux connexes», dit-il. «Et ce jeu pourrait servir à mesurer les résultats.»