Santé

«Pas grand-chose à faire»: ce qui arrive aux passagers de croisière pris dans une éclosion d’hantavirus

La situation avec le MV Hondius a suscité des comparaisons avec le Diamond Princess.

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Le bateau de croisière MV Hondius amarré dans un port de Praia, au Cap-Vert, le mardi 5 mai 2026. Le bateau de croisière MV Hondius amarré dans un port de Praia, au Cap-Vert, le mardi 5 mai 2026. (Misper Apawu)

Le MV Hondius n’est certainement pas le premier navire à se retrouver bloqué en mer, se voir refuser l’accès à un port et se retrouver pris dans un no man’s land juridique — et selon les experts, ce ne sera probablement pas le dernier.

Ce navire de croisière de luxe néerlandais, qui transporte 149 passagers et membres d’équipage, est ancré au large de Praia, la capitale du Cap-Vert, depuis que les autorités lui ont refusé l’accès à la suite d’une épidémie présumée d’hantavirus mortel qui a fait trois victimes.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

La situation a suscité des comparaisons avec le Diamond Princess, le paquebot de croisière mis en quarantaine dans le port de Yokohama au Japon pendant deux semaines au début de la pandémie de COVID-19 en 2020.

«C’était une situation assez horrible», a lancé Loren Christie, expert en voyages basée à Toronto.

Les navires de croisière se trouvent dans une zone grise juridique et juridictionnelle inhabituelle lorsque la maladie frappe. Lorsqu’une maladie contagieuse est détectée, les autorités portuaires invoquent fréquemment ce qu’on appelle le «principe de précaution», refusant le droit d’accoster afin de protéger leur propre population.

Il s’agit d’une pratique aux racines historiques profondes. Au cours de la peste noire au XIVe siècle, la cité-État de Venise obligeait les navires arrivants à jeter l’ancre au large pour voir si l’équipage développait des symptômes, et ce pendant 40 jours — quaranta giorni en italien. Le mot «quarantaine» est né de cette pratique.

En février 2020, le Spirit of Discovery s’est vu refuser l’entrée à Gibraltar après une épidémie de norovirus à bord.

Les refus d’accès aux ports sont rares, mais ils arrivent. Lorsqu’ils se produisent, les passagers n’ont guère de recours.

«Je ne pense pas que ces situations se produisent très souvent, mais malheureusement, si elles se produisent, on ne peut pas faire grand-chose», a expliqué M. Christie. «En fin de compte, une compagnie de croisière a un devoir de diligence envers tous ses passagers. Elle a un devoir de diligence envers les ports qu’elle visite. Avant tout, elle doit garantir la sécurité de tout le monde. Et malheureusement, cela peut signifier que vous vous retrouvez coincé sur un bateau de croisière.»

Les experts affirment que les autorités doivent trouver un équilibre entre les risques pour la santé publique et les besoins humanitaires.

En ce qui concerne l’indemnisation, l’expert estime que les passagers devraient modérer leurs attentes — même s’il pense que les passagers du MV Hondius pourraient s’en sortir mieux que la plupart des autres.

«L’affaire bénéficie d’une large couverture médiatique et d’une grande attention, donc je ne serais pas surpris qu’ils prennent des mesures», a-t-il ajouté.

Le Dr Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses, affirme que la situation, bien que préoccupante pour les personnes à bord, n’est pas le signe avant-coureur d’une menace plus large.

«C’est la première fois que l’hantavirus est détecté sur un bateau de croisière», a-t-il dit. «Cela semble être un événement triste, mais très rare.»

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Maladie qui aurait tué plusieurs personnes à bord d’un bateau: ce qu’il faut savoir du hantavirus Une maladie transmise par les rongeurs est soupçonnée d’être à l’origine d’une épidémie à bord d’un bateau de croisière qui a fait trois morts et de nombreux malades.

Pourtant, le Dr Bogoch précise que la période d’incubation — qui peut s’étendre jusqu’à six semaines — complique la tâche tant pour les passagers que pour les autorités sanitaires, qui tentent de déterminer qui a pu être exposé.

Daniel Bausch, professeur au Centre de santé mondiale de l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève, affirme que le cas du Hondius rappelle les risques inhérents au confinement d’un grand nombre de personnes dans des espaces restreints.

«Nous savons que les bateaux de croisière et autres événements où l’on entasse beaucoup de monde dans des espaces restreints comportent toujours un risque de transmission interhumaine de différents agents pathogènes», a-t-il expliqué à Reuters. «Je suppose que l’hantavirus doit être ajouté à la liste des maladies que l’on peut potentiellement contracter sur un bateau de croisière.»

«Mais ce ne sera pas un événement courant, et ce n’est pas quelque chose dont la population en général doit s’inquiéter», a-t-il poursuivi. «Si vous avez des billets pour une croisière, je ne pense pas que vous deviez l’annuler.»

Loren Christie partage ce sentiment, même s’il reconnaît les épreuves auxquelles les passagers sont confrontés lorsqu’un voyage tourne mal.

«À mon avis, ce sont simplement les risques que l’on prend», a-t-il avoué. «C’est désagréable et tout le reste, mais je pense que ce n’est pas quelque chose à quoi il faut s’attendre ou dont il faut trop s’inquiéter. Mais cela pourrait arriver.»

Avec des informations de Reuters et de l’Associated Press