Santé

Cas présumé de peste en Russie: ce que cela signifie pour le Canada

«À l’heure actuelle, aucun risque pour le Canada n’a été identifié», a indiqué l’Agence de la santé publique du Canada.

Publié le 

Cette photo non datée diffusée en 2019 par l’Institut de recherche antipeste d'Irkoutsk, en Sibérie, montre des laborantins au travail. (L’Institut de recherche antipeste d'Irkoutsk via AP) Photo diffusée en 2019 Cette photo non datée diffusée en 2019 par l’Institut de recherche antipeste d'Irkoutsk, en Sibérie, montre des laborantins au travail. (L’Institut de recherche antipeste d'Irkoutsk via AP) Photo diffusée en 2019 (AP Third Party)

Une jeune technicienne de laboratoire travaillant dans un institut russe spécialisé dans l’étude de la peste est décédée d’une pneumonie dont, selon les autorités, la cause n’a pas encore été identifiée. Les médias russes rapportent que ce décès a conduit à la mise en observation médicale de centaines de personnes et à la mise en quarantaine d’au moins un hôpital en Sibérie.

La ministre de la Santé du Canada affirme qu’Ottawa suit la situation de près, bien que les autorités soulignent qu’il n’y a aucun risque pour les Canadiens. Marjorie Michel précise que le Canada collabore avec l’Organisation mondiale de la santé et d’autres pays afin de suivre de près l’évolution de la situation.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a affirmé à CTV News qu’elle suivait ce cas par l’intermédiaire de son Réseau mondial de renseignements en santé publique afin de mieux cerner le risque et le contexte de l’exposition potentielle.

«À l’heure actuelle, aucun risque pour le Canada n’a été identifié», a-t-on indiqué.

Selon l’agence fédérale, la peste humaine est très rare au Canada. Le dernier cas remonte à 1939.

Cependant, un expert canadien fait cette mise en garde: de nombreux aspects du décès de cette jeune femme restent encore un mystère.

«Nous ne savons même pas s’il s’agissait bien de la peste. Tout ce que nous savons, c’est qu’elle travaillait dans un laboratoire où cet agent pathogène était probablement présent», a expliqué le Dr Isaac Bogoch, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général de Toronto.

Qui était cette technicienne de laboratoire russe?

La femme travaillait à l’Institut de recherche sur la peste d’Irkoutsk, en Sibérie et en Extrême-Orient.

Cet établissement étudie la peste en Sibérie, où la maladie circule encore chez les rongeurs sauvages tels que les marmottes.

Le décès d'une chercheuse dans un institut russe de recherche sur la peste suscite l'inquiétude au niveau international. Le décès d'une chercheuse dans un institut russe de recherche sur la peste suscite l'inquiétude au niveau international.

Les médias russes ont identifié la technicienne décédée comme étant Daria Shipilova, âgée de 28 ans. Elle a été transportée à l’hôpital de la petite ville de Shelekhov, près d’Irkoutsk, souffrant d’une pneumonie grave, et qu’elle est décédée quelques jours plus tard.

Une version qui évolue

Selon les médias russes, Alexei Tsydenov, chef de la république voisine de Bouriatie, a d’abord écrit qu’elle était décédée de la peste, puis a modifié son message pour indiquer qu’elle «aurait pu» en mourir.

L’organisme russe de surveillance sanitaire, Rospotrebnadzor, affirme désormais qu’elle souffrait d’une «pneumonie d’étiologie inconnue», ce qui signifie que la cause n’est pas connue.

L’agence précise que les analyses n’ont révélé aucun micro-organisme lié à son travail et qu’aucun accident impliquant des agents pathogènes dangereux n’a été détecté à l’institut de recherche.

Le gouverneur d’Irkoutsk affirme qu’aucun nouveau cas de maladie infectieuse n’a été signalé parmi le personnel de l’institut.

Une capture d'écran du site web de l'Institut de recherche antipeste d'Irkoutsk. Les autorités russes indiquent que la cause de la pneumonie mortelle dont a été victime un membre du personnel n'a pas encore été identifiée. Une capture d'écran du site web de l'Institut de recherche antipeste d'Irkoutsk. Les autorités russes indiquent que la cause de la pneumonie mortelle dont a été victime un membre du personnel n'a pas encore été identifiée.

Pourtant, le Dr Bogoch estime que ces revirements dans le récit justifient une certaine prudence face aux déclarations des autorités russes.

«Je pense qu’il faut faire preuve d’un scepticisme raisonnable, d’autant plus que nous recevons manifestement des renseignements filtrés et limités», a-t-il dit. «C’est une période où l’on souhaite évidemment bénéficier de la plus grande transparence possible, non seulement envers le monde entier, mais aussi envers la communauté qui entoure ce laboratoire.»

Selon les médias russes, l’hôpital où l’employée est décédée a été placé en quarantaine, et les personnes qui ont été en contact avec elle sont sous surveillance médicale.

Par ailleurs, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a rapporté lundi aux journalistes qu’ils devaient se fier aux informations fournies par l’organisme officiel russe de surveillance de la santé publique, plutôt qu’aux «rumeurs» et aux «spéculations».

Un communiqué de Rospotrebnadzor relayé par Interfax qualifie la maladie de ce salarié de « pneumonie d'étiologie inconnue ». (Interfax) Un communiqué de Rospotrebnadzor relayé par Interfax qualifie la maladie de ce salarié de « pneumonie d'étiologie inconnue ». (Interfax)

«La peste n’est pas la COVID-19»

Cette affaire a ravivé les souvenirs liés à la COVID-19, ainsi que la question toujours en suspens de savoir si ce virus provenait d’une fuite d’un laboratoire à Wuhan, en Chine, ce que Pékin nie.

Mais les experts affirment que les deux cas ne sont pas vraiment comparables.

«La peste n’est pas la COVID», a rapporté le Dr Bogoch, soulignant qu’elle est causée par une bactérie et que des cas surviennent chaque année dans certaines régions du monde. «Nous savons comment prévenir, détecter et réagir face à la peste.»

Interrogé sur la possibilité d’une propagation à grande échelle, le Dr Bogoch a insisté sur le fait que beaucoup de choses relèvent encore de la spéculation, et a dit: «Un événement de ce type pourrait constituer un problème local et, au pire, un problème régional.»

Angela Rasmussen, virologue à l’Organisation des vaccins et des maladies infectieuses de l’Université de la Saskatchewan, a déclaré à CNN que la plupart des gens n’avaient pas à s’inquiéter outre mesure.

Elle a fait remarquer que la peste est endémique chez la faune sauvage dans cette partie de la Sibérie et de la Mongolie.

«C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il y a un institut de recherche sur place. Ils ont l’habitude de gérer ce genre de situation», a-t-elle dit.

Mme Rasmussen a expliqué que l’on contracte généralement la peste pneumonique en inhalant une forte dose de bactéries, et que les patients infectés n’en libèrent pas beaucoup.

«Ainsi, bien qu’elle puisse se transmettre en milieu hospitalier et à la maison, elle ne se comporte pas comme la COVID en ce sens qu’elle ne se propage pas rapidement au sein de la population», a-t-elle mentionné. «Elle n’est en réalité pas très contagieuse.»

Qu’est-ce que la peste pulmonaire?

La peste pulmonaire est causée par la même bactérie que celle responsable de la peste bubonique, cette maladie associée à la peste noire qui a fait des dizaines de millions de victimes au Moyen Âge.

On contracte généralement la peste par des piqûres de puces ou par contact avec des animaux infectés, en particulier des rongeurs.

La forme pulmonaire attaque les poumons. C’est la seule forme qui peut se propager d’une personne à l’autre, par la toux, généralement lors de contacts étroits.

L’Agence de la santé publique du Canada souligne l’importance d’un diagnostic précoce, car la peste se traite à l’aide d’antibiotiques largement disponibles.

Pour le Dr Bogoch, ce cas constitue un nouveau signal d’alarme concernant la sécurité des laboratoires à l’échelle mondiale. «Cela ne fait que souligner la nécessité de veiller à ce que les laboratoires du monde entier respectent les normes les plus élevées en matière de biosécurité et de biosûreté», a-t-il précisé.

Avec les informations de La Presse canadienne