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«Parlons-nous d’égal à égal»: lettre ouverte au chef du Parti québécois

Voici un message du chef Lucien Wabanonik de la Nation Anishnabe de Lac Simon, à l’attention du chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon.

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Lucien Wabanonik, à droite, est l'actuel chef de la communauté de Lac-Simon. Lucien Wabanonik, à droite, est l'actuel chef de la communauté. (Lac-Simon)

Monsieur St-Pierre Plamondon,

Les Premières Nations seraient consultées, mais leur appui ne serait pas indispensable pour adopter une constitution provisoire d’un Québec souverain, dites-vous. Voilà une affirmation bien mal avisée, surtout à la veille de devenir possiblement le prochain premier ministre du Québec.

Mal avisée, puisqu’elle fait fi d’une réalité dont la portée va bien au-delà des considérations légales qu’un juriste comme vous peut soulever pour justifier une position.

Les Premières Nations ne sont pas des parties prenantes. Nous ne sommes pas de simples acteurs de la société. Nous sommes des peuples et des Nations souverains et détenteurs de droits. Nous avons nos propres gouvernements, nos propres institutions, nos propres responsabilités et notre propre droit à l’autodétermination.

C’est à partir de cette réalité politique et juridique que toute nouvelle relation devra être construite.

Le Québec ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans l’accès à nos territoires, trop souvent obtenu sans notre consentement et encore aujourd’hui parfois sans notre accord.

Nous ne serons pas consultés sur les conditions d’une relation dont les balises auront été déterminées d’avance sans nous. Cette relation devra être discutée avec nos gouvernements, dans le respect de nos droits, de notre droit à l’autodétermination et de notre statut politique.

Si les Québécois décident de vous donner les clés de l’Assemblée nationale le 5 octobre prochain, je m’attends minimalement à ce que votre gouvernement applique, reconnaisse et mette en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

—  Le chef de la Nationa Anishnabe de Lac-Simon

La première étape ne consiste pas à créer une nouvelle table de consultation ni à déterminer les détails techniques d’une éventuelle constitution provisoire comme vous l’appelez. La première étape consiste à élever la relation.

Élever la relation, c’est reconnaître que nos gouvernements doivent se parler d’égal à égal, de gouvernement à gouvernement. Je ne dénote pas, dans votre discours, une reconnaissance de notre statut de gouvernement autochtone. Cela est primordial. Il n’y a pas trois ordres de gouvernements en ce moment. Il y en a quatre. Et nous sommes le premier et le plus ancien. Nous sommes des Peuples, souverains sur nos territoires non cédés et titulaires de droits ancestraux.

Je ne suis pas canadien. Je ne suis pas québécois non plus. Je suis Anishnabe et fier de l’être. Cela ne veut pas dire que je refuse toute discussion sur l’avenir du Québec.

Comme leader de ma Nation, je suis prêt à écouter; je suis prêt à discuter avec vous d’égal à égal.

Monsieur St-Pierre Plamondon, vous avez devant vous une occasion inouïe de partir du bon pied.

Nous ne vous demandons pas de nous faire une place dans votre projet politique. Nous vous demandons de reconnaître notre statut de gouvernement et notre droit à l’autodétermination. Une fois la relation établie, nous pourrons poser la première pierre d’un avenir commun.

Avant de parler des mécanismes, parlons de la relation. Avant de définir l’avenir politique du Québec, reconnaissez pleinement notre droit de définir le nôtre. Élevez d’abord la relation. Ensuite, nous pourrons discuter, d’abord de gouvernement à gouvernement, puis de nation à nation.

Lucien Wabanonik

Chef de la Nation Anishnabe de Lac Simon