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Débats des chefs: une préparation nécessaire pour un exercice exigeant

«Je ne suis pas surprise d’apprendre qu’il y a de chefs qui ont commencé à se pratiquer, à se préparer pour les débats dès cet été.»

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Débat des chefs (Bell Média)

La campagne électorale québécoise passera bientôt à une autre vitesse avec trois débats télévisés au cours des deux prochaines semaines. Les cinq chefs de parti se prêteront à cet important exercice, qui, selon d’ex-stratèges politiques, demande une très bonne préparation.

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Un de ces débat des chefs en français sera présenté en direct sur la plateforme d’écoute en continu Crave et à la télé sur les ondes de Noovo.

Tous les chefs des principaux partis politiques québécois seront réunis le mercredi 16 septembre à 20h pour un débat dont le format sera inspiré de l’émission Les Débatteurs de Noovo.

La première ministre Christine Fréchette (CAQ), Charles Milliard (PLQ), Paul St-Pierre Plamondon (PQ), Ruba Ghazal (QS) et Éric Duhaime (PCQ) auront l’occasion d’exposer leur vision pour le Québec de demain, avant les élections provinciales du 5 octobre.

Les chefs de parti doivent se préparer à toutes les éventualités, indique Antonine Yaccarini, qui a notamment été directrice des communications du Parti québécois lors des élections de 2018, avec comme chef Jean-François Lisée.

Mme Yaccarini est collaboratrice politique pour Noovo Info.

«Il faut savoir que les débats, c’est un exercice qui est très exigeant. Ça prend du temps de préparation. Tout peut arriver. (...) Les chefs ont une pression incroyable sur les épaules», évoque Mme Yaccarini en entrevue.

Les attaques potentielles, les répliques, les engagements, les prises de position des adversaires, les messages clés et les stratégies à adopter: les chefs et leur entourage doivent penser à plusieurs éléments.

Le temps de préparation avec les aspirants premiers ministres dépend de chacun, selon leur niveau d’expérience ou d’aisance, mentionne Mme Yaccarini.

«Il y a des chefs qui vont se préparer peu d’avance, mais il y en a qui vont se préparer très longtemps d’avance. Je ne suis pas surprise d’apprendre qu’il y a de chefs qui ont commencé à se pratiquer, à se préparer pour les débats dès cet été.»

—  Antonine Yaccarini, collaboratrice politique pour Noovo Info

Harold Fortin, l’ancien directeur des communications et porte-parole de l’ex-premier ministre libéral Philippe Couillard, abonde dans le même sens. Il ajoute que le contexte politique influence également le calendrier de préparation.

Il se remémore l’époque du gouvernement minoritaire de Pauline Marois de 2012 à 2014.

«À l’automne 2013, il y avait de fortes rumeurs d’élections, ce qui a forcé notre équipe à travailler sur un cahier qui allait rassembler des informations factuelles qui seraient nécessaires ou qui seraient intéressantes que M. Couillard ait en sa possession, dans le but de pouvoir un peu étudier les choses», relate M. Fortin.

Renaud Poirier-St-Pierre, qui a été directeur de cabinet de l’ex-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois, confirme que les équipes s’attellent à la tâche bien avant le déclenchement de la campagne électorale.

«Comme une campagne est quelque chose de super chargé, et que la précampagne est un peu moins intense, on peut déjà avoir des discussions sur la stratégie avec le chef pour déjà développer un peu l’approche globale qu’on va avoir dans le débat», explique M. Poirier-St-Pierre, qui a fait la préparation des débats en 2018 avec Manon Massé et en 2022 avec son successeur.

Le contenu versus le non-verbal

La maîtrise des dossiers demeure importante dans la préparation d’un chef, indique M. Fortin.

«Il faut connaître son programme de A à Z», mais également celui de ses rivaux, et être capable d’en démontrer les contrastes avec ses propres engagements, affirme-t-il.

Les chefs doivent aussi avoir en tête certains détails bien précis selon les propositions mises de l’avant. Si l’on suggère de construire davantage de logements, il faut savoir combien s’en sont construits dans la dernière année. Ou si on s’avance sur les seuils d’immigration, il faut connaître le nombre d’immigrants accueillis ces dernières années, donne en exemple M. Fortin.

«Ça doit être sur le bout de tes doigts. Si tu ne connais pas ça, ça vient faire tomber la force de ton argument», soutient-il.

À l’approche des débats, la tâche tourne surtout autour des messages clés que le chef et son parti souhaitent mettre de l’avant, évoque M. Poirier-St-Pierre.

Quelques jours avant le premier débat, les partis travailleront également sur la manière dont ils veulent livrer leurs messages, mentionne Mme Yaccarini.

«Le non-verbal est d’une extrême importance», dit-elle. Le ton, la posture et les expressions du visage sont notamment passés au peigne fin.

«Il faut connaître son contenu. Mais si on veut connecter avec le public et passer notre message, ça passe beaucoup par le non-verbal, par l’attitude, par le ton. Puis ça, sans pratique, c’est difficile», souligne Mme Yaccarini.

Les simulations revêtent une grande utilité à ce chapitre afin d’ajuster le tir sur certains aspects. Ces pratiques permettent aussi de bien maîtriser les différents formats des débats, avance M. Poirier-St-Pierre.

«Je suis de l’école qu’il faut faire une simulation de A à Z. C’est-à-dire un vrai débat de deux heures qui suit le fonctionnement, le format au complet, avec des gens qui vont personnifier les différents chefs», dit-il.

Les politiciens peuvent s’entraîner à faire face à certaines attaques ou essayer certaines ripostes, par exemple. Mme Yaccarini se souvient d’avoir déjà réussi à mettre en colère un candidat en interprétant l’un de ses adversaires, lors d’une simulation.

«On joue le jeu. On essaye de les mettre en situation. C’est vraiment comme du théâtre», explique-t-elle.

De l’avis de M. Fortin, si les chefs maîtrisent bien leurs dossiers et leurs messages, la gestion du langage corporel devrait se faire assez facilement.

«J’ai toujours pensé que plus quelqu’un maîtrisait son contenu, plus ça le libérait pour être à l’écoute des adversaires et de l’animateur, et plus ça le libérait pour être capable de pouvoir être dans le moment présent et de gérer les émotions qui viennent avec», soutient-il.

Trois débats, même stratégie?

Trois débats sont prévus au cours de cette campagne. D’abord, aura lieu mardi le «Face-à-Face» de TVA. Le lendemain, Noovo et Crave présenteront pour la première fois Le grand débat des chefs.

Une semaine plus tard, Christine Fréchette, Charles Milliard, Ruba Ghazal, Paul St-Pierre Plamondon et Éric Duhaime croiseront le fer sur les ondes de Radio-Canada.

Les chefs et les partis devront-ils ajuster leur stratégie en fonction de la joute précédente?

Pour M. Poirier-St-Pierre, des adaptations sont possibles. «Mais si on a eu un bon débat la première fois, il ne faut pas trop essayer de changer la formule pour le deuxième», précise-t-il.

Selon Mme Yaccarini, un bilan avec le chef peut être nécessaire entre les joutes oratoires pour ajuster certaines choses. Le format différent d’un débat à l’autre peut aussi demander certains ajustements.

Revisionner avec le chef certains extraits en vue du prochain débat peut aussi être utile pour identifier les forces et les faiblesses, mentionne M. Fortin.

Les ex-stratèges politiques soulignent que prendre part à deux débats dans un intervalle d’environ 24 heures risque de s’avérer particulièrement exigeant pour les chefs.

«C’est drainant, c’est fatigant, dit Mme Yaccarini. Ce n’est pas évident d’être à 100 %, même à 120 % d’énergie deux soirs de suite.»

Dans les heures qui précèdent un débat, M. Fortin suggère aux chefs de fermer leur cahier de notes, et de faire «quelque chose qui te rend heureux, de bonne humeur».

«Mon meilleur conseil aux chefs, c’est de se faire confiance. Ce serait de leur dire que personne ne s’attend à ce qu’ils soient parfaits», affirme-t-il.

Frédéric Lacroix-Couture

Frédéric Lacroix-Couture

Journaliste